mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2407159 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | LE GALL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. A de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe, situé 12 rue Alfred Nobel à Nantes (44300) et géré par l'HUDA ASBL;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- la mesure demandée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. A a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 5 décembre 2023, notifiée le 15 décembre 2023 ; il a été informé par courrier du 20 décembre 2023, remis en main propre le 22 décembre suivant, de la fin de sa prise en charge par l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à partir du
31 janvier 2024 ; s'étant maintenu, il a été mis en demeure, par une décision du 29 février 2024, de quitter les lieux, dans un délai d'un mois à compter de la notification intervenue le 13 mars suivant, restée infructueuse ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. A compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au dernier recensement de l'OFII daté de février 2024, le département de la Loire-Atlantique disposait de 1923 places d'hébergement effectives dédiées aux demandeurs d'asile, dont 595 sont occupées par des personnes en présence indue ; en outre, M. A est majeur et seul sur le territoire français, sans femme, ni enfant à charge ; ainsi, sa situation personnelle ne caractérise pas une situation exceptionnelle qui pourrait justifier son maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'il occupe ;
- il est nécessaire que M. A, qui ne peut se prévaloir d'un droit au maintien dans le logement qu'il occupe, quitte les lieux sans délai, ; sa présence dans ce logement fait obstacle à l'accueil de nouveaux arrivants bénéficiant du statut de demandeur d'asile ; il ne détient aucun titre lui permettant de se maintenir régulièrement sur le territoire ; il n'a entrepris aucune démarche en vue de son relogement alors qu'il a été mis en mesure de préparer et de mettre en œuvre sa sortie du lieu d'hébergement et a refusé l'aide au retour volontaire.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, M. A représenté par Me Le Gall, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que lui soit laissé un délai de six mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas satisfaites : l'urgence ne peut découler, comme le prétend le préfet, de la seule atteinte, non-établie en l'espèce, au bon fonctionnement du service public. La mesure d'évacuation demandée aurait pour conséquence de créer une atteinte disproportionnée à sa situation, dans la mesure où il ne dispose d'aucune solution alternative de logement et qu'une mesure d'expulsion renforcerait sa situation de précarité ;
- la demande fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'il vit seul sur le territoire français, qu'il n'a aucune solution d'hébergement et qu'il présente un état de détresse psychologique et sociale.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juin 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 juin 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Le Gall, avocate de M. A, en sa présence, qui fait valoir que le préfet ne justifie pas d'une urgence particulière et que l'intéressé va se mettre en recherche d'un logement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe, situé 12 rue Alfred Nobel à Nantes (44300).
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision "
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. A, ressortissant bangladais né le 3 septembre 1982, entré irrégulièrement sur le territoire français le 10 juin 2022, a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par décision de la cour nationale du droit d'asile du 5 décembre 2023, notifiée le 15 décembre 2023. Il a été informé par courrier du 20 décembre 2023, remis en main propre le 22 décembre suivant, de la fin de sa prise en charge par l'office français de l'immigration et de l'intégration à partir du 31 janvier 2024. S'étant maintenu dans les lieux, il a été mis en demeure, par une décision du 29 février 2024, de les quitter dans un délai d'un mois à compter de la notification intervenue le 13 mars suivant, restée infructueuse. Alors que l'intéressé, qui ne démontre au demeurant aucunement la situation de particulière vulnérabilité telle qu'alléguée, se maintient dans ces conditions dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération du logement par M. A, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. A, ainsi qu'à tout occupant de son chef, de quitter sans délai, dès la notification de la présente ordonnance, le lieu d'hébergement qu'il occupe et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressé, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à ses frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. A, ainsi qu'à tout occupant de son chef, de libérer sans délai, dès notification de la présente ordonnance, le logement qu'il occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 12 rue Alfred Nobel à Nantes (44300) et géré par l'HUDA ASBL.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. A, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. A présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. A et à Me Le Gall.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique
Fait à Nantes, le 12 juin 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
J. DIONISLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026