jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2407520 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mai et 12 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. B C et Mme D ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 8 rue Prince A à Savenay (44260), et géré par l'association Les Eaux Vives ;
2°) à défaut pour les intéressés de libérer les lieux, de l'autoriser à procéder à leur expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B C et Mme D, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- sa demande ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a définitivement rejeté les demandes d'asile de M. B C et Mme D par des décisions du 26 octobre 2022 ; ces derniers ont été avisés, par un courrier du 31 octobre 2022, notifié le 3 novembre suivant, qu'il serait mis fin à leur prise en charge à la date du 30 novembre 2022 ; une mise en demeure de quitter les lieux, dans un délai d'un mois, leur a été notifié le 9 août 2023 ; M. B C et Mme D ainsi que leurs deux enfants se maintiennent dans ce logement indûment depuis cette date ;
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien indu dans un logement pour demandeurs d'asile de la famille de M. B C et de Mme D compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au dernier recensement de l'OFII daté de février 2024, le département de la Loire-Atlantique dispose de 1 923 places d'hébergement effectives dédiées aux demandeurs d'asile, dont 595 sont occupées par des personnes en présence indue ; le logement en cause est occupé indûment, sans que la famille de M. B C et de Mme D ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle telle que définie par la jurisprudence, qui leur permettrait de prétendre au maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; en outre, l'octroi d'un délai supplémentaire pour quitter le logement serait contraire à l'esprit de la procédure prévue à l'article L. 521-3 du CJA ; par ailleurs, ils n'établissent pas avoir entamé des démarches en vue de leur relogement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, M. B C et Mme D, représentés par Me Bourgeois, concluent au rejet de la requête ou, à défaut, à ce que leur soit octroyé un délai de six mois avant de quitter les lieux. En tout état de cause, ils demandent de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros HT, à verser à leur conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi de 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le préfet ne démontre aucunement l'existence d'une perturbation grave du service public qu'occasionnerait leur présence dans ce CADA. Les chiffres avancés ne concernent que le département de la Loire-Atlantique, alors que le dispositif est national ; ils ne retrouveront probablement pas un hébergement d'urgence et vont se retrouver à la rue.
- la mesure sollicitée fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que :
* sur le vice de procédure tiré de la notification de la fin de prise en charge antérieure à la notification de la décision de la CNDA ; en leur notifiant la sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile avant qu'ils se voient notifier la décision de la CNDA, l'OFII les a privés de la garantie de pouvoir trouver une solution d'hébergement ;
* sur l'atteinte disproportionnée portée par la mesure à leur situation et notamment au regard du droit au respect de la vie privée et familiale : cette demande d'expulsion, en l'absence de proposition d'hébergement alternatif, porte une atteinte manifestement disproportionnée à leurs droits les plus fondamentaux.
M. B C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 12 juin 2024 à 14 heures :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- et les observations de Me Bourgeois, avocat de M. B C et de Mme D, en leur présence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
L'instruction de l'affaire a été rouverte pour être à nouveau close le 14 juin 2024 à 10 heures.
Une note en délibéré, enregistrée le 14 juin 2024 à 09h28, a été présentée par le préfet de la Loire-Atlantique. Il rappelle que la saturation du dispositif national d'accueil est de notoriété publique. Cette note en délibérée a été communiquée.
L'instruction de l'affaire a été rouverte pour être à nouveau close le 17 juin 2024 à 12 heures.
Une note en délibéré, présentée pour M. B C et Mme D, a été enregistrée le 17 juin 2024 à 18h01. Elle a été communiquée.
L'instruction de l'affaire a été rouverte pour être à nouveau close le 19 juin 2024 à 16 heures.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B C et de Mme D, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile, qu'ils occupent, situé 8 rue Prince A à Savenay (44260), et géré par l'association Les Eaux Vives.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. B C et Mme D, tous deux ressortissants béninois, sont nés respectivement les 24 février 1989 et 3 février 1992 et ont déclaré être entrés irrégulièrement en France respectivement les 22 janvier et 22 juillet 2020. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 8 rue Prince A à Savenay (44260), et géré par l'association Les Eaux Vives. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 26 octobre 2022, dont le préfet démontre leur notification aux intéressés. Ils ont été avisés, par un courrier du 31 octobre 2022, notifié le 3 novembre suivant, qu'il serait mis fin à leur prise en charge à la date du 30 novembre 2022. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, leur a été notifiée le 9 août 2023. M. B C et Mme D se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par la famille de M. B C et de Mme D, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, et alors que rien au dossier ne permet de penser que les indications du préfet, du reste de notoriété publique, seraient inexactes, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Toutefois, il ressort de l'instruction du dossier que le foyer des intéressés est composé de trois enfants mineurs âgés de 7, 5 et 3 ans, et qu'il est établi qu'ils sont scolarisés pour l'année scolaire en cours. Ces circonstances justifient que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. B C et à Mme D, ainsi qu'à tout occupant de leur chef, de quitter dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance, le lieu d'hébergement qu'ils occupent et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les frais d'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B C et de Mme D présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B C, à Mme D et à tous occupants de leur chef, de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement pour demandeur d'asile qu'ils occupent, situé 8 rue Prince A à Savenay (44260), et géré par l'association Les Eaux Vives.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B C, de Mme D et de tous occupants de leur chef, dans le délai fixé à l'article 1er, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. B C et de Mme D présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. B C, à Mme D et à Me Bourgeois.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 20 juin 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
G. PEIGNE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026