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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2407525

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2407525

mercredi 19 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2407525
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantTOUCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. C A, à Mme D B et à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 47 rue Charlie Chaplin à Bouguenais (44340) ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A et de Mme B, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. A, de Mme B et de leurs trois enfants fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, compromettant ainsi le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 31 janvier 2024, 1 388 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département ; les intéressés ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle telle que définie par la jurisprudence, qui leur permettrait de prétendre au maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ;

- la mesure demandée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. A et Mme B ont déposé des demandes d'asile qui ont été définitivement rejetées par décisions de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 9 janvier 2023, notifiées le 28 janvier 2023 ; ils ont été informés par courrier du 22 mars 2023, remis en main propre le même jour, de la fin de leur prise en charge par l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à partir du 28 février 2023 ; s'étant maintenus, ils ont été mis en demeure, par une décision du 9 août 2023, de quitter les lieux, dans un délai d'un mois à compter de la notification intervenue le 10 août suivant, restée infructueuse.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, M. C A et Mme D B, agissant en leur nom et en tant que représentants légaux de leurs trois enfants mineurs, représentés par Me Touchard, concluent :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de s'assurer, avant toute expulsion, qu'ils disposeront d'une solution d'hébergement provisoire hors CADA ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que leur soit accordé un délai de trois mois pour quitter le CADA ;

4°) en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à leur conseil par application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du

10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : les éléments énoncés par le préfet dans sa requête ne sauraient être considérés comme probants et justifiant de l'état du dispositif. Il convient également de souligner le fait que la mise en demeure adressée par le préfet a été notifiée le 09 août 2023, soit il y a dix mois ;

- la demande fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'ils justifient de circonstances exceptionnelles, notamment compte tenu de la présence à leurs côtés de trois enfants mineurs, dont l'un n'est âgé que de 16 mois. Les deux aînés sont scolarisés. De plus, Monsieur a déposé une demande de titre de séjour santé qui est actuellement en cours. Par conséquent, en procédant à leur expulsion, le préfet les place dans une situation d'extrême vulnérabilité.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 12 juin 2024 à 14 heures :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- les observations de Me Touchard, avocate de M. C A et de Mme D B, en leur présence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

L'instruction de l'affaire a été rouverte pour être à nouveau close le 14 juin 2024 à 10 heures.

Une note en délibéré, enregistrée le 14 juin 2024 à 09h31, a été présentée par le préfet de la Loire-Atlantique. Celui-ci rappelle que la saturation du dispositif national d'accueil est de notoriété publique. Cette note en délibérée a été communiquée.

L'instruction de l'affaire a été rouverte pour être à nouveau close le 17 juin 2024 à 12 heures.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A et de Mme B, ainsi qu'à tout occupant de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 47 rue Charlie Chaplin à Bouguenais (44340) et géré par le CADA Trajet.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, M. A et Mme B, ressortissants géorgiens nés les 20 juin 1987 et 21 juillet 1988, sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 47 rue Charlie Chaplin à Bouguenais (44340) et géré par le CADA Trajet. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par décisions de la CNDA du 9 janvier 2023, notifiées aux intéressés le 28 janvier 2023. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge à compter du 28 février 2023 par un courrier de l'OFII du 22 mars 2023, remis en main propre le même jour. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, leur a été adressée par le préfet de la Loire-Atlantique par courrier du 9 août 2023, notifié le 10 août 2023. M. A et Mme B se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. Par suite, cette mesure ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par M. A et Mme B, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, et alors que rien au dossier ne permet de penser que les indications du préfet, du reste de notoriété publique, seraient inexactes, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que le foyer des intéressés est composé de trois enfants, âgés de 15, 14 ans et 16 mois, dont deux poursuivent leurs études jusqu'à la fin de l'année scolaire. Ces circonstances justifient que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. A et à Mme B, ainsi qu'à tout occupant de leur chef, de quitter dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance, le lieu d'hébergement qu'ils occupent et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les frais d'instance :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de M. A et de Mme B présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. A et à Mme B, ainsi qu'à tout occupant de leur chef, de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 47 rue Charlie Chaplin à Bouguenais (44340) et géré par le CADA Trajet.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. A et de Mme B dans le délai imparti à l'article 1er, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions présentées par M. A et par Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. A, à Mme B et à Me Touchard.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 19 juin 20224.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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