jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2407756 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | KHATIFYIAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. D C et Mme B C, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 13 quartier Le Val Fleuri à Venansault (85), et géré par l'association VISTA ;
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes les instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques A et Mme C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien indu dans un logement pour demandeurs d'asile A et Mme C compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 29 février 2024, 2 310 demandeurs d'asile et leurs familles étaient en attente d'un hébergement dans la région, et 88 dans le département et qu'au 31 décembre 2022, le dispositif d'accueil des demandeurs d'asile totalisait 6 102 places d'hébergement dans la région et 922 dans le département ; le logement en cause est occupé indûment, sans que la famille A et Mme C ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle telle que définie par la jurisprudence, qui leur permettrait de prétendre au maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile ; ils ont été informés, par une lettre du SIAO 85 du 3 mai 2024, qui leur a été remise en main propre le 7 mai suivant, de la possibilité d'appeler le 115 pour bénéficier d'un hébergement d'urgence pour une durée maximale de quinze jours afin d'organiser leur sortie du lieu d'hébergement ; aucun délai ne saurait leur être accordé pour leur départ volontaire ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse, dès lors que le contrat de séjour A et Mme C limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction de leurs demandes d'asile, qui ont été définitivement rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 16 janvier 2024, qui leur ont été notifiées le 24 janvier suivant ; le gestionnaire du logement les a informés, par un courrier qui leur a été notifié le 16 février 2024, de la fin de leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à compter du 29 février suivant ; s'étant maintenus dans le logement, une mise en demeure de quitter les lieux dans un délai de quinze jours leur a été adressée par un courrier du 26 mars 2024, notifié le 28 mars suivant ; le 19 avril 2024, le gestionnaire du logement a constaté le maintien des intéressés au-delà de ce délai et cette situation se prolonge jusqu'à ce jour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, M. et Mme C, représentés par Me Khatifyian, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai d'au moins 6 mois pour libérer le logement concerné, et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros hors taxes à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils font valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : l'atteinte au bon fonctionnement du service public, invoquée par le préfet de la Vendée n'est pas suffisamment établie ; en outre ; la condition d'urgence ne peut être regardée comme satisfaite au regard de l'atteinte portée aux intérêts A C ; il ressort de l'avis des médecins de l'OFII que l'état de santé A C, atteint d'une maladie grave et chronique, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce qui place sa famille en situation de précarité qui ne serait qu'accentuée par une mesure d'expulsion ; la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé est contestée devant le tribunal ; de plus, Mme C présente également un état de santé fragile et ils ne disposent d'aucune solution de relogement ;
- la condition d'utilité n'est pas satisfaite : il n'est pas allégué que leur comportement serait violent, ni qu'ils auraient commis un manquement grave au règlement de leur lieu d'hébergement ; de plus, ils sont atteints de pathologies graves et ne disposent pas de solution de relogement ;la situation de détresse médicale, sociale et psychique dans laquelle ils seront placés en cas d'expulsion de leur logement justifie leur maintien dans le lieu actuel ; le préfet n'a pas tenu compte de la demande de titre de séjour pour motif de santé formée par M. C ; la décision par laquelle l'OFII a mis fin à leur prise en charge ne tient pas compte de leur vulnérabilité ; ni le préfet, ni l'OFII n'ont tenu compte de leur situation ; l'autorité administrative a ainsi méconnu les dispositions de l'article L. 552-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* la mesure sollicitée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle méconnait le droit au respect de leur domicile ;
* à titre subsidiaire, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de leur état de particulière vulnérabilité, il convient de leur accorder un délai d'une durée minimale de six mois, avant qu'ils puissent être expulsés de leur logement.
Mme B C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 17 juin 2024 à 9 heures 30.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion A et Mme C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 13 quartier Le Val Fleuri à Venansault (85), et géré par l'association VISTA.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. et Mme C, ressortissants géorgiens, nés respectivement les 17 mai 1975 et 1er juin 1973, sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 13 quartier Le Val Fleuri à Venansault (85), et géré par l'association VISTA. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 16 janvier 2024, qui leur ont été notifiées le 24 janvier suivant. Ils ont été informés par un courrier notifié le 16 février 2024, de la fin de leur prise en charge par l'OFII à compter du 29 février 2024. Ils se maintiennent indument dans le logement qu'ils occupent en dépit de la mise en demeure par le préfet de quitter les lieux dans le délai de quinze jours à compter de la notification, intervenue le 28 mars 2024. M. et Mme C, se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte dès lors à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par M. et Mme C, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, laquelle est suffisamment établie par les éléments dont se prévaut le préfet de la Vendée, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. A cet égard, les circonstances invoquées par les intéressés, tenant, d'une part, à l'illégalité de la décision préfectorale portant refus de titre de séjour et de celle de l'OFII mettant fin à leur prise en charge, d'autre part, à leur vulnérabilité et à la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne sauraient suffire à dénuer la mesure sollicitée d'urgence et d'utilité.
7. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des pièces produites en défense, que M. C est atteint d'un diabète de type II et d'une hépatite B chronique depuis 2016 impliquant des soins quotidiens, dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Cette circonstance justifie que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai, qui ne saurait toutefois excéder un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, compte tenu de l'urgence et de l'utilité de la mesure sollicitée. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai d'un mois, le préfet la Vendée est autorisé à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques A et Mme C, les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les frais d'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions A et Mme C, présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la M. et Mme C de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de cette ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 13 quartier Le Val Fleuri à Venansault (85), et géré par l'association VISTA.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire A et Mme C à l'issue du délai fixé à l'article 1er, le préfet de la Vendée pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions A et Mme C présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. D C, Mme B C et à Me Khatifyian.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 11 juillet 2024.
La juge des référés,
O. Robert-Nutte
La greffière,
M-C. Minard
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026