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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2408890

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2408890

lundi 8 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2408890
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantTOUCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 13 juin et 4 juillet 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme C A de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe situé 3 rue d'Aquitaine à Saint-Herblain (44800) et géré par l'HUDA ASBL ;

2°) à défaut pour l'intéressée de libérer les lieux, d'autoriser son expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien indu dans un logement pour demandeurs d'asile de Mme A, définitivement déboutée de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'en février 2024, le dispositif d'accueil pour les demandeurs d'asile du département de la Loire-Atlantique totalise 1923 places dont 595 sont indument occupées, et qu'au 31 janvier 2024, 1388 demandeurs d'asile sont en attente d'une place d'hébergement ; l'intéressée ne saurait se prévaloir de la tardiveté de la saisine de la juridiction de céans, dès lors que le délai écoulé a été nécessairement favorable à son maintien ; elle ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle telle que définie par la jurisprudence qui lui permettrait de prétendre au maintien dans le lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, dès lors qu'elle est seule et sans enfant à charge ; elle se prévaut d'avoir été atteinte d'un cancer du sein, lequel a conduit à son opération et sa rémission suite aux soins qui lui ont été prodigués, de sorte que rien n'indique qu'elle souffre encore à ce jour d'une maladie grave et, en tout état de cause, la mesure sollicitée n'a ni pour objet ni pour effet de mettre un terme à l'éventuel suivi médical ou traitement médicamenteux qu'elle suivrait encore pour cette affection ou les autres maladies dont elle est atteinte ; aucun délai de départ volontaire ne saurait lui être accordé dès lors qu'elle a déjà bénéficié d'un délai de maintien supplémentaire, qu'elle n'a pas effectué, malgré son maintien dans le logement, de démarches en vue de trouver une solution de relogement et qu'elle ne dispose d'aucun titre lui permettant de se maintenir sur le territoire français ; la circonstance qu'elle ait formé un recours contre la décision du 17 février 2022 portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre est sans incidence sur la perte de son droit au maintien dans le logement pour demandeur d'asile ; elle ne peut prétendre au dispositif d'hébergement d'urgence de droit commun et a été informée de la possibilité de solliciter auprès de l'OFII le bénéfice d'un hébergement et d'une prise en charge par le centre de préparation au retour ;

- la mesure demandée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que Mme A a déposé une demande d'asile qui a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 23 mai 2022, notifiée 30 mai suivant ; elle a été informée par courrier du 31 mai 2022, remis en main propre et qu'elle a signé le même jour, de la fin de sa prise en charge par l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à partir du 23 juin 2022 ; s'étant maintenue, elle a été mise en demeure, par un courrier du 19 juillet 2022, de quitter les lieux, dans un délai d'un mois à compter de la notification intervenue le 21 juillet 2022, restée infructueuse ; elle se maintient indument dans le logement qu'elle occupe depuis deux ans ; il n'est aucunement porté atteinte à son droit à un hébergement d'urgence de droit commun.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, Mme C A représentée par Me Touchard conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce que le préfet s'assure qu'une solution d'hébergement provisoire mais stable lui soit proposée ou, à tout le moins, à ce que lui soit accordé un délai de six mois pour quitter le lieux, en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la mise en demeure de quitter les lieux lui a été notifiée depuis près de deux ans ;

- la mesure demandée n'est pas utile dès lors que les besoins d'accueil des demandeurs d'asile ne sont pas établis :

- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que le droit à un hébergement d'urgence constitue une liberté fondamentale, son expulsion ne devant pas être mise en œuvre en raison de circonstances exceptionnelles tenant à son cancer du sein actuellement traité et jusqu'en 2026, à un diabète de type II, une hypertension ainsi que d'un syndrome dépressif sévère qui témoignent de sa vulnérabilité et de son besoin de logement adapté incompatible avec une mise à la rue :

Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 4 juillet 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,

- et les observations de Me Touchard, avocate de Mme C A, en sa présence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme C A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé 3 rue d'Aquitaine à Saint-Herblain (44800) et géré par l'HUDA ASBL.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, Mme C A, ressortissante érythréenne née le 20 octobre 1962, déclare être entrée en France le 10 février 2020. Elle est hébergée depuis le 13 mars 2020 dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 3 rue d'Aquitaine à Saint-Herblain (44800) et géré par l'HUDA ASBL. Elle a déposé une demande d'asile qui a été enregistrée par l'OFPRA le 12 janvier 2021, puis a effectué une demande de titre de séjour par un courrier notifié aux services de préfecture de la Loire-Atlantique le 5 janvier 2022. Le préfet a rejeté sa demande de titre de séjour en tant qu'elle est irrecevable car formée plus de deux mois après l'enregistrement de sa demande d'asile. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 mai 2022, qui lui a été notifiée le 30 mai suivant. Elle a été avisée, par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 31 mai 2022, qui lui a été remis en main propre et qu'elle a accepté de signer le jour même, de la fin de sa prise en charge à compter du 23 juin 2022. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, a été adressée à l'intéressée par le préfet de la Loire-Atlantique le 19 juillet 2022. Mme A se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par Mme A, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité, qui reste d'actualité alors même qu'il s'est écoulé deux années depuis que la mise en demeure de quitter son logement a été notifiée à l'intéressée, et apparaît ainsi comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A, âgée de 62 ans, souffre d'incontinence urinaire sévère, d'hypertension et de diabète, alors que les suites du cancer du sein dont elle a souffert impliquent de lourds traitements et un suivi médical qui engendre une grande fatigue et son isolement social quand bien même cette maladie serait actuellement en rémission. Eu égard à ces circonstances particulières, il y a lieu de lui accorder, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'elle occupe indûment, un délai qui, compte tenu de son maintien indu pendant deux années, ne saurait excéder trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, afin de lui permettre, avec l'aide des services sociaux, de trouver une solution de relogement. En l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme A, les biens meubles qui s'y trouveraient.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme C A de libérer, dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 3 rue d'Aquitaine à Saint-Herblain (44800) et géré par l'HUDA ASBL.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire Mme C A dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de Mme A sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme C A, et à Me Touchard.

Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 8 juillet 2024.

Le juge des référés,

B. Echasserieau

La greffière,

J. Dionis

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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