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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409285

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409285

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409285
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin et 12 juillet 2024, le préfet de Maine et Loire demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. E B et Mme A C de libérer, dans un délai de quinze jours le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 959 rue Schweitzer, appartement 2, à Saumur (49400) et géré par l'association ASEA ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. B et Mme C, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. B et Mme C, définitivement déboutés de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2024, 338 demandeurs d'asile, auxquels s'ajoutent les membres de leur famille, sont en attente d'un hébergement dans le département ; la mesure d'expulsion n'a pas vocation à séparer les membres de la famille ni d'empêcher la scolarisation des enfants ; le suivi médical dont se prévalent les requérants n'est pas établi ; les intéressés n'ont pas sollicité de titres de séjour en qualité d'étrangers malades.

- la mesure demandée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu par M. B et Mme C avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitait la durée de l'hébergement à l'instruction de leurs recours, et celui de leurs trois enfants, auprès D nationale du droit d'asile (CNDA), laquelle a définitivement rejeté les demandes d'asile déposées par les intéressés par une décision du 9 novembre 2023, notifiée le 13 novembre suivant ; ils ont été informés par courrier du 23 novembre 2023 de la fin de leur prise en charge par l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à partir du 9 décembre 2023 ; s'étant maintenu, ils ont été mis en demeure, par une décision du 12 avril 2024 de quitter les lieux, dans un délai de quinze jours francs à compter de la notification, réputée intervenue le 25 avril suivant, restée infructueuse ; les intéressés occupent indûment un logement depuis plus de six mois ; en outre, ces derniers ont refusé de solliciter le dispositif de nuitées d'hôtel qui aurait permis leur sorti du CADA ; par ailleurs, M. B et Mme C ont, chacun, fait l'objet d'une décision du 12 décembre 2023, notifiées le 2 janvier suivant, portant obligation de quitter le territoire français ; enfin, les intéressés sont convoqués en préfecture le 1er juillet 2024 afin de leur proposer d'intégrer le centre de préparation au retour volontaire (CPAR) de la Pommeraye ; l'administration ne peut être tenue comme responsable de l'absence d'hébergement pour les intéressés.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2024, M. B et Mme C, représentés par Me Roulleau, concluent à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion pendant un délai de quatre mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et à ce que soit mis à la charge de l'Etat les entiers dépens ainsi que la somme de 1 500 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : ils sont parents de trois enfants scolarisés et intégrés en France ; M. B est atteint d'une paralysie cérébrale ayant entrainé une atrophie du membre inférieur droit et un déficit sensitif moteur ; ils justifient de la situation de vulnérabilité de Mme C ;

- la demande fait l'objet d'une contestation sérieuse : une demande de réexamen au titre de l'asile est en préparation.

Par un mémoire en réplique enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de Maine et Loire conclut aux mêmes fins que dans sa requête.

Il soutient que :

- la circonstance que les intéressés ont l'intention de déposer une demande de réexamen de leurs demandes d'asile est sans incidence dès lors que les conditions matérielles d'accueil peuvent être retirées dès lors qu'un demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile, tel que prévu par les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'état de vulnérabilité invoqué par les requérants ne fait pas obstacle à la mesure d'expulsion, dès lors, d'une part, que l'OFII tient compte de la vulnérabilité des demandeurs dans les décisions qu'elle rend et, d'autre part, que cette mesure n'a pas pour objet ni pour effet de séparer les membres de la famille et ne fait pas non plus obstacle à la scolarisation des enfants.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Tavernier, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 15 juillet 2024 à 9h30 :

- le rapport de M. Tavernier, juge des référés,

- les observations de la représentante de la préfecture de Maine et Loire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. B et Mme C du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 959 rue Schweitzer, appartement 2 à Saumur (49400) et géré par l'association ASEA.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, M. B et Mme C, ressortissants azerbaïdjanais, respectivement nés les 29 janvier 1985 et 25 juin 1985, sont hébergés, avec leurs trois enfants, dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 959 rue Schweitzer, appartement 2, à Saumur (49400) et géré par l'association ASEA. Les demandes d'asile des intéressés, ainsi que celles de leurs enfants, ont été définitivement rejetées par décisions D nationale du droit d'asile du 9 novembre 2023, notifiées le 13 novembre suivant. Ils ont été avisés par un courrier de l'office française de l'immigration et de l'intégration du 23 novembre 2023 de la fin de leur prise en charge à partir du 9 décembre suivant. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de Maine-et-Loire le 12 avril 2024, réputée notifiée le 25 avril 2024. M. B et Mme C se maintiennent ainsi indûment dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile. Les circonstances invoquées par les intéressés, tenant, à leurs difficultés de santé, à la scolarisation de leurs enfants, et à leur projet de demande de réexamen de leurs demandes d'asile, au demeurant non établi, ne sauraient caractériser l'existence d'une contestation sérieuse, faisant obstacle au prononcé de la mesure sollicitée.

6. En second lieu, la libération des lieux par M. B et Mme C, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. A cet égard, les circonstances invoquées par les intéressés, énoncées au point précédent, ne sauraient dénuer la présente demande de caractère urgent.

7. Toutefois, la circonstance que les intéressés sont parents de jeunes enfants nés en 2006, 2010 et 2017 et scolarisés justifie que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui s'y trouveraient.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B et Mme C présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1 : Il est enjoint à M. B et à Mme C de libérer le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 959 rue Schweitzer, appartement 2 à Saumur (49400), dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B et de Mme C dans le délai imparti, le préfet de Maine-et-Loire, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de M. B et Mme C présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. E B, à Mme A C et à Me Roulleau.

Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 24 juillet 2024.

Le juge des référés,

T. TAVERNIER

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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