mercredi 24 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2409288 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SMATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 juin 2024, le préfet de Maine et Loire demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme B A de libérer, dans un délai de quinze jours, le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé au 41 rue de Beauval, porte 7, à Angers (49000) et géré par l'association France terre d'asile ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- le juge administratif est compétent en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable en application des mêmes dispositions ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de Mme A, définitivement déboutée de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2024, 338 demandeurs d'asile, auxquels s'ajoutent les membres de leur famille, sont en attente d'un hébergement dans le département ;
- la mesure demandée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu par Mme A avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitait la durée de l'hébergement à l'instruction de son recours auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), laquelle a définitivement rejeté la demande d'asile déposée par l'intéressée par une décision du 28 novembre 2023, notifiée le 1er décembre suivant ; Mme A a été informée par courrier du 30 novembre 2023 de la fin de sa prise en charge par l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à partir du 31 décembre 2023 ; s'étant maintenue, elle a été mise en demeure, par une décision du 4 mars 2024 de quitter les lieux, dans un délai de quinze jours francs à compter de la notification, réputée intervenue le 26 avril suivant, restée infructueuse ; l'intéressée occupe indûment un logement depuis plus de cinq mois ; par ailleurs, Mme A a fait l'objet d'une décision du 18 janvier 2024, notifiée le 8 février suivant, portant obligation de quitter le territoire français ; en outre, l'intéressée a été convoquée le 26 juin 2024, en vue de lui proposer d'intégrer le centre de préparation au retour volontaire (CPAR) de la Pommeraye ; enfin, Mme A a refusé de solliciter le dispositif hôtelier des trente nuitées d'hôtel, ce qui aurait permis sa sortie de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile ; l'administration ne peut être tenue comme responsable de l'absence d'hébergement pour l'intéressée.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 juillet 2024, Mme A, représentée par Me Smati, conclut :
1°) à ce qu'elle soit admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) à titre principal, au rejet de la requête ;
3°) à titre subsidiaire, à ce qu'il lui soit laissé un délai de trois mois pour procéder à la libération du logement ;
4°) en tout état de cause, à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : si le préfet avance que 338 demandeurs d'asile auxquels s'ajouteraient les membres de leur famille seraient en attente d'un hébergement, aucun élément de preuve ne vient étayer ces chiffres ; de plus, il convient d'observer que le préfet a attendu plus de trois mois et demi après la mise en demeure de quitter les locaux avant de saisir le juge des référés ;
- la mesure demandée n'est pas utile : sa situation caractérise une vulnérabilité certaine ; elle est atteinte de troubles psychiques et suit, à ce titre, un traitement médicamenteux. Les personnes atteintes de troubles mentaux sont particulièrement vulnérables au sens de l'article 21 de la directive n° 2013/33/UE du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013. Elle a, par ailleurs, fait l'objet d'une intervention chirurgicale au niveau de la sphère génitale à la suite d'une excision subie en Guinée. Son état de santé la rend particulièrement vulnérable et elle ne saurait, à cet égard, être privée d'une solution d'hébergement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Tavernier, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 15 juillet 2024 à 9h30 :
- le rapport de M. Tavernier, juge des référés,
- les observations de la représentante de la préfecture de Maine-et-Loire, qui insiste sur la situation de tension en matière d'hébergement pour demandeurs d'asile dans ce département et indique, par ailleurs, que Mme A ne s'est pas présentée à sa convocation en date du 26 juin 2024 en préfecture en vue de lui proposer d'intégrer le CPAR de la Pommeraye ; elle ajoute, d'une part, que l'OFII a évalué la vulnérabilité de l'intéressée, ainsi que le prévoient les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, que cette dernière n'a pas sollicité de titre de séjour " étranger malade ".
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé au 41 rue de Beauval, porte 7, à Angers (49000) et géré par l'association France terre d'asile.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à Mme A le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. En premier lieu, Mme A, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1984, est hébergée dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 41 rue de Beauval, porte 7 à Angers (49000) et géré par l'association France terre d'asile. La demande d'asile de l'intéressée a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 novembre 2023, notifiée le 1er décembre suivant. Elle a été avisée de la fin de sa prise en charge par l'opérateur à partir du 31 décembre 2023. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée à l'intéressée par le préfet de Maine-et-Loire le 4 mars 2024, notifiée le 26 avril suivant. Mme A se maintient ainsi indûment dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile. La circonstance invoquée par l'intéressée tenant à ses difficultés de santé ne saurait, au regard de la teneur des pièces produites à cet égard, caractériser l'existence d'une contestation sérieuse, faisant obstacle au prononcé de la mesure sollicitée.
7. En second lieu, la libération des lieux par Mme A, définitivement déboutée de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, laquelle est justifiée, contrairement à ce qui est soutenu en défense, par les données chiffrées actualisées fournies par le préfet, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile. A cet égard, la circonstance invoquée par l'intéressée, énoncée au point précédent, ne saurait dénuer la présente demande de caractère urgent.
8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme A de quitter, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, le lieu d'hébergement qu'elle occupe et, en l'absence de départ volontaire de l'intéressée à l'issu de ce délai, d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à ses frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les frais d'instance :
9. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme A en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à Mme A de libérer le logement qu'elle occupe au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé au 41 rue de Beauval, porte 7, à Angers (49000), dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : En l'absence de départ volontaire de Mme A dans le délai imparti, le préfet de Maine-et-Loire, à l'issue du délai fixé à l'article 2, pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressée, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à Mme B A et à Me Smati.
Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 24 juillet 2024.
Le juge des référés,
T. TAVERNIER
La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2409288
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026