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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2409950

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2409950

mardi 30 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2409950
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 juillet 2024, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. C D et Mme B A, ainsi qu'à tous les occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 8 allée du Petit Bois à Saint-Nazaire (44600), géré par l'HUDA Solidarité Estuaire ;

2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D et Mme A, à défaut pour eux de les avoir emportés.

Il soutient que :

- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

- sa requête est recevable en application de ces mêmes dispositions ;

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien de M. D et Mme A dans un logement pour demandeurs d'asile en dépit du rejet de leur demande d'asile compromet le bon fonctionnement du service public d'hébergement des demandeurs d'asile, alors qu'au 31 janvier 2024, 1 388 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Loire-Atlantique ;

- la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que M. D et Mme A se maintiennent dans le logement alors que leurs demandes d'asile ont été rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 3 novembre 2023 ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) les a informés, par un courrier notifié le 8 décembre 2023, de la fin de leur prise en charge à compter du 31 décembre 2023 ; par un courrier notifié le 22 février 2024, ils ont été mis en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois ; cette mise en demeure n'a pas été suivie d'effet à ce jour ;

- l'état de santé de Mme A et celui de son fils E ne caractérisent pas des circonstances exceptionnelles susceptibles de faire obstacle à la mesure demandée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2024, M. D et Mme A, représentés par M. F, concluent :

1°) à leur admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) au rejet de la requête ;

3°) à titre subsidiaire, au sursis à l'exécution de la mesure d'expulsion dans l'attente de solution de relogement ;

4°) à la mise à la charge de l'Etat du versement à leur conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et d'une somme de 13 euros au titre des droits de plaidoirie en application des dispositions des articles R. 652-27 et R. 652-28 du Code de la sécurité sociale.

Ils font valoir que :

- les conclusions du préfet tendant à ce que le juge des référés l'autorise à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique sont irrecevables dès lors qu'elles n'entrent pas dans le champ des mesures susceptibles d'être ordonnées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative ;

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que :

* le préfet n'établit pas la saturation des centres d'accueil de demandeurs d'asile dont il se prévaut ;

* l'état de santé de Mme A et celui de leur fils E constituent des circonstances exceptionnelles faisant obstacle à ce que le caractère urgent de leur expulsion soit admis ;

*aucune solution de relogement ne leur a été proposée ;

- la demande d'expulsion se heurte à une contestation sérieuse dès lors que :

* elle est entachée d'un détournement de procédure au regard des dispositions de l'article R. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'étant, à ce jour, délibérément abstenu de statuer sur leur demande de titre de séjour présentée le 22 juin 2023 pour qu'ils ne puissent pas bénéficier d'une solution de relogement en application des dispositions du 2° de cet article ;

* le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de leur situation ;

* l'expulsion sollicitée ne saurait être accordée sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Cordrie, conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cordrie, juge des référés,

- les observations de Me F, représentant M. D et Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. D et Mme A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé au 8 allée du Petit Bois à Saint-Nazaire (44600), et géré par l'HUDA Solidarité Estuaire.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juillet 2024. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

6. L'urgence susceptible de s'attacher à la libération des lieux ne se présumant pas, il appartient au préfet de soumettre au juge des référés des éléments précis et actualisés de nature à caractériser une telle urgence à la date de sa saisine. Si le préfet fait valoir qu'au 31 janvier 2024, 1 388 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département de la Loire-Atlantique, ces données chiffrées, antérieures de plus de cinq mois à la saisine du juge des référés, ne présentent pas un caractère suffisamment actuel pour que le maintien de M. D et Mme A dans un logement pour demandeurs d'asile en dépit du rejet définitif de leur demande d'asile puisse, en l'espèce, être regardé comme de nature à compromettre le bon fonctionnement et la continuité du service public d'hébergement des demandeurs d'asile. Dès lors, la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-3 du code de justice administrative ne peut, en l'état de l'instruction, être regardée comme remplie. Il en résulte que la requête du préfet de la Loire-Atlantique doit être rejetée en toutes ses conclusions.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me F d'une somme de 1 000 euros, laquelle inclut les droits de plaidoirie.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. D et Mme A tendant à leur admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête du préfet de la Loire-Atlantique est rejetée.

Article 3 : L'Etat versera à Me F, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à M. C D et Mme B A et à Me F.

Copie en sera adressée pour information au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 30 juillet 2024.

Le juge des référés,

A. CORDRIE

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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