lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2410307 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | SACHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2024, Mme B A, représentée par Me Sachot, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration de l'intégration de lui indiquer un lieu susceptible de l'héberger de manière durable, dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui indiquer un lieu susceptible de l'héberger de manière durable, dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : elle se trouve dans une situation d'extrême précarité où sa vulnérabilité est avérée dans la mesure où elle est diabétique, elle présente un état psychique préoccupant en lien avec son parcours d'exil ; elle est en France depuis le mois de février sans solution d'hébergement alors qu'elle est demandeuse d'asile depuis le mois de mars 2024 ; ses appels au 115 n'ont pas donné lieu à une prise en charge pérenne ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
* au droit d'asile et à son droit de bénéficier des mesures prévues par la loi pour garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes : elle a le statut de demandeuse d'asile en France ; elle souffre d'un diabète de type II ; elle dort dans la rue ; tous ces éléments caractérisent une grande vulnérabilité ;
* à son droit à la vie tel que garanti par l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et son droit à ne pas subir de traitements inhumains et dégradants tel que garanti par l'article 3 de la même convention : elle n'a jamais bénéficié d'un hébergement par l'OFII depuis son entrée en France ; elle est atteinte d'un diabète de type II et dort dans la rue ; elle est prise en charge médicalement pour son état anxiolytique ;
* à son droit au respect de la dignité humaine :
* à son droit d'hébergement d'urgence : elle a appelé quotidiennement le 115 sans succès.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2024, l'Office français de l'immigration de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : après avoir accepté l'offre de prise en charge par l'OFII, elle bénéfice depuis le 15 mars 2024 des conditions matérielles d'accueil et reçoit le paiement de l'allocation majorée pour demandeur d'asile, faute d'avoir pu bénéficier d'une orientation dès l'enregistrement de la demande d'asile ; le dispositif national d'accueil est saturé ; à ce jour 1 275 demandeurs d'asile seuls sont en attente d'hébergement ; elle a pu bénéficier parfois de l'assistance de structures locales d'accueil ; elle est accompagnée sur le plan médical ; sa vulnérabilité a été évaluée par le médecin coordonnateur de la zone au niveau 1, c'est-à-dire sans caractère d'urgence ;
- il n'existe pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale : conformément aux dispositions légales en vigueur, et dans l'attente de pouvoir lui proposer une orientation nationale vers un hébergement, l'OFII, avec les moyens à sa disposition, l'a prise en charge suite à son évaluation de sorte que la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'il y aurait une carence de la part de l'OFII dans sa prise en charge ; elle n'a pas signalé au services de l'OFII la dégradation de son état de santé ; elle n'établit pas être démunie de toute assistance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les demandeurs d'asile relèvent d'un hébergement dans le cadre du dispositif national d'accueil ;
- il n'y a pas d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale en ce que l'intéressée bénéficie de l'aide aux demandeurs d'asile majorée dans l'attente d'un logement ; le dispositif d'hébergement d'urgence est saturé ; elle ne présente pas une situation de détresse sociale prioritaire pour ce dispositif, la requérante bénéficiant de l'aide médicale nécessaire à son état de santé et ayant accès au système d'hébergement d'urgence par rotation, qui est le mode de prise en charge au titre de l'hébergement d'urgence en Loire-Atlantique.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juillet 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Allio-Rousseau, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 juillet 2024 à 14 heures 30 :
- le rapport de Mme Allio-Rousseau, juge des référés,
- les observations de Me Sachot, représentant Mme A, et celles de Mme A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration de l'intégration (OFII) de lui indiquer un lieu susceptible de l'héberger de manière durable, dans le délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à défaut d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte un lieu susceptible de l'héberger dans le cadre du dispositif dédié à l'urgence sociale.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative: " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Lorsque le requérant fonde son intervention, non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
En ce qui concerne la demande dirigée contre l'OFII :
4. Aux termes de l'article L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de l'immigration et de l'intégration propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement. Cette proposition tient compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation des besoins et de la vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, ainsi que des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ". Aux termes de l'article L. 553-1 du même code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 551-9 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. Le versement de cette allocation est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration ". Aux termes de l'article D. 553-8 du dudit code : " L'allocation pour demandeur d'asile est composée d'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction du nombre de personnes composant le foyer, et, le cas échéant, d'un montant additionnel destiné à couvrir les frais d'hébergement ou de logement du demandeur ".
5. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Dans cette hypothèse, les mesures qu'il peut ordonner doivent s'apprécier au regard de la situation du demandeur d'asile et en tenant compte des moyens dont dispose l'administration et des diligences qu'elle a déjà accomplies.
6. Mme A, ressortissante guinéenne née le 1er novembre 1990, est entrée en France en février 2024 et y a déposé une demande d'asile le 15 mars 2024. Elle a été placée en procédure Dublin. Le même jour, l'OFII lui a proposé les conditions matérielles d'accueil et lui a attribué la carte d'allocataire pour demandeur d'asile. S'il est constant qu'aucune offre d'hébergement n'a encore été proposée par ses services, l'OFII fait toutefois valoir dans son mémoire en défense, qu'à ce jour, le dispositif national d'accueil est saturé dans les Pays-de-la-Loire, 1 275 personnes seules étant en attente d'une place d'hébergement. Par ailleurs, il est constant que l'intéressée bénéficie des conditions matérielles d'accueil et perçoit depuis le mois de mars 2024 à ce titre l'allocation pour demandeur d'asile, dont le montant est majoré, en application des dispositions de l'article D. 553-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour tenir compte du fait qu'aucune place d'hébergement ne lui a encore été proposée. Par ailleurs, il résulte de l'instruction, que la requérante, dans l'attente d'un hébergement en qualité de demandeur d'asile, a pu bénéficier à trois reprises d'un accueil local temporaire d'une semaine. Enfin si Mme A fait valoir qu'elle est particulièrement vulnérable, dès lors qu'elle souffre depuis son parcours d'exil d'un diabète de type II et de troubles d'anxiété, il résulte de l'instruction que sa situation a été évaluée par les services de l'OFII à l'enregistrement de sa demande d'asile, que, par avis médical du 11 avril 2024, le médecin coordonnateur de zone, qui n'avait pas été averti de sa pathologie à cette date, a évalué la vulnérabilité de la requérante au niveau 1, estimant que sa situation ne présentait aucun caractère d'urgence et qu'elle bénéficie depuis d'un traitement médicamenteux et d'un suivi médical adapté à son état de santé. Si elle précise que l'OFII n'a pas pris en compte la réalité de son état de santé, alors qu'elle a alerté les services compétents dès le 19 juin 2024 de ce qu'elle souffrait de diabète, elle n'a pas joint à cet envoi un document médical en attestant. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que les circonstances dont fait état la requérante, seraient de nature, à elles seules, à permettre de considérer que cette dernière doit, pour l'accès à un hébergement, être prioritaire sur les autres personnes se trouvant dans une situation identique et dont le délai d'attente d'un hébergement est supérieur. Dans ces conditions, et au regard des moyens dont dispose l'Office français de l'immigration et de l'intégration, l'absence de prise en charge immédiate de la requérante par l'OFII ne peut être regardée comme constituant une atteinte grave et manifestement illégale aux droits des demandeurs d'asile.
En ce qui concerne la demande dirigée contre le préfet de la Loire-Atlantique :
7. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles, il est prévu que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
8. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
9. En l'espèce, si la requérante, âgée de 43 ans, établit avoir récemment contacté le " 115 " afin de bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence prévu par l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, il résulte de l'instruction que l'intéressée a pu être hébergée deux semaines au cours du mois de mai et une semaine au cours du mois de juin 2024. Par ailleurs, le préfet de la Loire-Atlantique fait valoir dans son mémoire en défense, qu'à ce jour, le dispositif local d'hébergement est saturé dans le département, que la durée moyenne d'accueil d'urgence est de 4 à 5 mois dans l'attente d'une réorientation vers le dispositif adapté et que Mme A est susceptible d'être prise en charge ponctuellement selon le principe de rotation, ce qui a été déjà été le cas en mai et juin 2024. Dans ces circonstances, compte tenu de cette saturation du dispositif géré par une commission de régulation qui se réunit chaque semaine, et alors que Mme A bénéficie d'une prise en charge médicale adaptée, la requérante n'établit pas une carence caractérisée de l'autorité préfectorale qui porterait une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales qu'elle revendique.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, à Me Sachot, à l'office français de l'immigration de l'intégration et au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 15 juillet 2024.
La juge des référés,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
J. DIONISLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026