mercredi 25 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2413332 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 août et 20 septembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. F D B et à Mme A F, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer sous quinze jours le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 149 rue Maurice Langlet, Porte 3 à Saumur (49400), et géré par France terre d'asile ;
2°) à défaut pour les intéressés de libérer les lieux, de l'autoriser à procéder à leur expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. F D B et de Mme A F, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de M. F D B et de Mme A F, définitivement déboutés de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2024, 388 demandeurs d'asile étaient en attente d'une place d'hébergement dans le département ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu par M. D B et Mme F avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitait la durée de l'hébergement à l'instruction des recours en leur nom propre et pour leurs enfants, C E B, H E B et G E B, auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), lesquels ont été rejetés par décision du 11 mars 2024, notifiée le 19 mars 2024. S'étant maintenus dans le logement, ils ont été mis en demeure par courrier en date du 11 juin 2024 notifié le 8 juillet 2024, de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure est toutefois restée infructueuse jusqu'à ce jour. De plus, les intéressés ont refusé de solliciter le protocole de nuitées d'hôtel qui auraient permis leur sortie de l'hébergement.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 septembre 2024, M. F D B et Mme A F, représentés par Me Roulleau, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de quatre mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce qu'il soit mise à la charge du préfet de Maine-et-Loire une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite : la famille démontre sa volonté de s'insérer sur le sol français et justifie de la grande vulnérabilité de Madame, qui souffre d'une granulomatose avec polyangéite, pathologie sujette à rechutes et nécessitant une traitement lourd composé notamment d'injections régulières, et de H, qui est régulièrement suivi en centre infantojuvénile pour troubles de l'organisation de la personnalité sur fond d'un développement dysharmonique et troubles anxieux majeurs, troubles nécessitant des soins psychiatriques continus et réguliers.
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que, si la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis par la CNDA, le couple prépare actuellement une nouvelle demande en réexamen. Le maintien de madame dans les locaux du CADA est également justifié par une réalité humaine particulière, puisque le couple justifie d'une grande vulnérabilité.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 23 septembre 2024 à 09h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de la représentante du préfet de Maine-et-Loire, qui développe oralement ses écritures ;
- et les observations de M. F D B et de Mme A F, qui sollicitent à tout le moins un délai jusqu'à ce que Madame obtienne une carte de séjour pour soins ou qu'ils trouvent un autre logement approprié aux précautions nécessaires que cette dernière doit respecter au regard de sa pathologie et de son traitement à base d'immunodépresseurs, qui commande d'éviter des situations de vie partagées et instables.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. F D B, de Mme A F et de leurs enfants, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 149 rue Maurice Langlet, Porte 3 à Saumur (49400).
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. F D B et Mme A F, ressortissants pakistanais nés respectivement les 24 octobre 1977 et 28 septembre 1985, déclarent être entrés irrégulièrement sur le territoire français le 25 juillet 2021. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 149 rue Maurice Langlet à Saumur, géré par France terre d'asile. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 11 mars 2024, notifiée aux intéressés le 19 mars 2024. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 3 avril 2024. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de Maine-et-Loire le 11 juin 2024. M. D B et Mme F, ainsi que leurs enfants, se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par M. F D B et par Mme A F, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Toutefois, il est constant que, tant Mme A F que l'enfant H, souffrent de pathologies invalidantes. Une telle circonstance justifie que soit accordé aux intéressés, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les conclusions présentées au titre des frais d'instance :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. F D B et de Mme A F, présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à M. F D B, à Mme A F et à tous occupants de leur chef, de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent, situé 149 rue Maurice Langlet, Porte 3 à Saumur (49400).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. F D B et de Mme A F dans le délai imparti à l'article 1er, le préfet de Maine-et-Loire pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. F D B et de Mme A F présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. F D B, à Mme A F et à Me Roulleau.
Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 25 septembre 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026