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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2413824

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2413824

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2413824
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantPAVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024, M. G D et Mme F, agissant en leur nom et en celui des enfants C E, A D et B D, représentés par Me Pavy, demandent au juge des référés :

1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de leur indiquer un lieu susceptible de les héberger, " de jour comme de nuit, proche du lieu de scolarisation C à Bouguenais ", dans un délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de leur octroyer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite au regard de la situation de la famille, composée de 3 enfants, âgés de 6 ans, moins de 2 ans et quelques jours seulement. Madame vient d'accoucher et a besoin de repos. Quant à B, nouveau-né, il doit pouvoir vivre dans un lieu en sécurité et bénéficier d'un confort minimal afin de ne pas mettre sa vie en danger. C est scolarisé et se rend tous les jours à son école primaire Jean Zay à Bouguenais, accompagné par son père. Il se trouve dans une situation sociale catastrophique l'empêchant de suivre correctement ses cours. Si la famille a bénéficié d'un hébergement d'urgence, il s'agissait d'un accueil limité à la nuit, inadapté à leurs besoins, et cette prise en charge était temporaire, jusqu'au 9 septembre. En dépit de leurs relances des services compétents, aucune solution d'hébergement n'est proposée. La famille est donc à la rue depuis ce jour.

- il est porté une atteinte de manière grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales suivantes :

* le droit à un hébergement d'urgence : la carence de l'administration est caractérisée, alors même qu'ils ne sont pas en situation irrégulière en ce que le refus de titre de séjour de Monsieur est suspendu par le recours en cours d'instruction et que la demande de Madame est toujours en cours d'instruction ;

* l'intérêt supérieur des enfants protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 septembre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : les intéressés ont bénéficié d'un hébergement du 2 au 9 septembre. Cet hébergement n'a pas été renouvelé au regard du fonctionnement du 115 et des places d'hébergement d'urgence qui ont des durées de séjour limitées.

- le dispositif d'hébergement d'urgence généraliste pour les personnes sans abri, financé par l'État, est saturé. Actuellement, plus de 1 200 personnes sont prises en charge dans le dispositif hôtelier en Loire-Atlantique. La saturation du dispositif est une réalité qui ne peut être ignorée et ne permet pas de répondre à l'ensemble des sollicitations qui pourraient être faites auprès du 115. A ce titre, des critères de vulnérabilité et de priorité permettent d'évaluer et de répondre ou pas aux sollicitations.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 septembre 2024 à 14h00 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- et les observations de Me Pavy, conseil des requérants, en présence de ces derniers, qui insiste sur le fait que l'hébergement proposé par le préfet, suite à l'injonction du juge des référés, n'était pas adapté à la situation de la famille, en ce qu'il était limité à un accueil de nuit et en ce qu'il était trop éloigné du lieu de scolarisation de leur fils aîné. Il soutient par ailleurs que le préfet n'établit pas que le dispositif d'accueil est saturé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G D et Mme F sont des ressortissants originaires de la République du Congo, parents de trois enfants mineurs. Dans son ordonnance n° 2413132 du 29 août 2024 rendue suite à l'audience du 28 août 2024, le juge des référés a, sur leur requête, enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de leur désigner un lieu d'hébergement. Après avoir été logés, les intéressés ont vu leur hébergement prendre fin le 9 septembre 2024. Ils demandent à nouveau, par la présente requête présentée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qu'il soit enjoint au préfet de leur indiquer un lieu d'hébergement adapté à leur situation.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".

3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ".

4. En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale ; une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée ; il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.

5. Il résulte de l'instruction que M. G D et Mme F ont bénéficié d'un hébergement de nuit à compter du 2 septembre 2024, suite à l'ordonnance rendue par le juge des référés le 29 août 2024, pour une durée de huit jours et qu'il a été mis fin à cette prise en charge le 9 septembre 2024 au matin, date de la présente saisine du juge des référés, " faute de place disponible ". Si les requérants font valoir qu'ils sont à nouveau sans abri, avec leurs enfants âgés de seulement 6 ans, 2 ans et un mois et demi, le seul argument invoqué, outre l'âge de ces derniers, à savoir le fait qu'il est difficile pour l'aîné de se rendre à son école au regard de la distance à parcourir, sans que les conséquences en terme de suivi scolaire ne soient au demeurant sérieusement démontrées, n'est pas de nature à établir un degré de vulnérabilité tel qu'ils doivent être regardés comme prioritaires par rapport aux autres familles à la composition similaire, à savoir comprenant en leur sein un nourrisson, également en attente d'un hébergement, alors que le préfet de la Loire-Atlantique qui, contrairement à l'audience du 28 août 2024, a produit un mémoire, soutient sans être sérieusement contesté que le dispositif d'hébergement d'urgence est saturé. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, au vu des diligences déjà accomplies par l'autorité préfectorale, l'absence de nouvelle proposition immédiate d'hébergement au bénéfice des requérants, pour regrettable qu'elle soit, ne revêt pas le caractère d'une carence de l'Etat telle qu'elle serait constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu d'accorder aux requérants le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, que les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requérants ne sont pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. G D et de Mme F est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. G D, à Mme F, au ministre du travail, de la santé et des solidarités et à Me Pavy.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 12 septembre 2024.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDONLa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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