mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2414059 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | PHILIPPON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces, enregistrées les 13 et 16 septembre 2024, Mme E C épouse B et M. A B, représentés par Me Philippon, demandent au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de les orienter vers une structure d'hébergement d'urgence pérenne et adaptée à l'état de santé de l'enfant D, dans le délai de 24 heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) " d'enjoindre au préfet de leur remettre sans délai un dossier de demande d'autorisation provisoire de séjour parents d'enfant malade " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de leur conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ; à leur profit en cas de rejet.
Ils soutiennent que :
- il y a urgence à statuer : ils sont à la rue depuis le 10 septembre 2024 au soir, en dépit de la présence de deux très jeunes enfants nés les 6 mai 2019 et 17 septembre 2023. La précédente mise à la rue de la famille avait entrainé l'hospitalisation du bébé D, porteur d'une sclérose tubéreuse de Bourneville avec syndrome de West, le 20 août 2024, en raison d'une crise convulsive. Cette pathologie chronique impose une prise en charge médicamenteuse lourde, imposant une hygiène de vie rigoureuse. Tout évènement infectieux majore le risque de convulsion. L'enfant a une nouvelle fois fait l'objet d'une crise convulsive dans la nuit du 12 au 13 septembre 2024. La préfecture est pourtant avertie de leur situation d'extrême vulnérabilité, puisque ces derniers appellent tous les jours le numéro d'urgence 115. La famille dort à la rue.
- il est porté atteinte à la liberté fondamentale que constitue le droit à un hébergement d'urgence. L'administration ne cherche pas à trouver une solution d'hébergement adaptée. Les services du 115 sont pourtant informés de leur situation de détresse, notamment de celle de leur bébé.
Mme E C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 septembre 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour exercer les fonctions de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 septembre 2024 à 14h00 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés, qui a communiqué à Me Philippon une copie du mémoire du préfet de la Loire-Atlantique, enregistré à 14h10, et a procédé à la suspension de l'audience pour le mettre à même d'en prendre connaissance et d'y répondre. Le préfet conclut au rejet de la requête ;
- et les observations de Me Philippon, conseil des requérants, en présence de Mme E C épouse B, qui insiste sur le fait, qu'à chaque fois que la famille est à la rue, l'enfant D doit être hospitalisé pour crises convulsives ; les médecins qui la suivent attestent du lien entre sa pathologie et le défaut d'hygiène, de sorte qu'un hébergement de nuit comme de jour est une nécessité absolue.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 septembre 2024, Mme E C épouse B et M. A B, ressortissants algériens nés respectivement les 24 octobre 1995 et 6 mars 1991, ont demandé au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de leur indiquer un lieu d'hébergement pour eux et leurs deux enfants mineurs. Dans son ordonnance n° 2413870 du 11 septembre 2024, le juge des référés a rejeté leur requête pour défaut d'urgence, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. Arguant de nouveaux éléments, ils demandent une nouvelle fois au juge, par la présente requête, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de les orienter vers une structure d'hébergement d'urgence pérenne et adaptée à l'état de santé de l'enfant D, âgé d'un an.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. () ".
3. L'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles prévoit que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet, " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. Cet hébergement d'urgence doit lui permettre () d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
4. En vertu de ces dispositions, il appartient aux autorités de l'Etat de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette tâche peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
5. Il résulte de l'instruction que la famille B, présente sur le territoire français depuis le 28 juin 2024, n'a pu être hébergée chez la sœur de Mme E C épouse B que jusqu'au 16 août suivant, au motif de relations acrimonieuses entre les intéressés. Si la famille a pu bénéficier temporairement de structures d'accueil nocturnes du 27 au 30 août, puis du 6 au 10 septembre, les éléments exposés à l'audience et corroborés par plusieurs attestations de professionnels de santé, font état de l'impérieuse nécessité pour leur enfant D de ne pas vivre à la rue et de bénéficier d'un hébergement de jour comme de nuit, afin de pallier les risques de convulsion, dont celui-ci, tout juste âgé d'un an, est particulièrement sujet " en cas de conditions de vie insalubres " selon les éléments médicaux produits. Il n'est par ailleurs pas sérieusement contesté par le préfet, absent à l'audience, que Mme E C épouse B et M. A B, qui déclarent avoir quitté l'Algérie pour que leur fille soit soignée en France, et dont l'instruction d'une autorisation de séjour " parent d'enfant malade " est en cours, ne disposent pas de revenus personnels et sont dans ces conditions contraints de vivre à la rue depuis le 10 septembre 2024, ainsi qu'en attestent les photographies versées à l'instance. Dans ces circonstances, les requérants justifient d'une situation à demander l'intervention d'une décision du juge des référés en quarante-huit heures. Par ailleurs, alors que les requérants démontrent avoir sollicité le dispositif 115 depuis leur mise à la rue le 10 septembre, soit depuis une semaine, la carence des services de l'Etat doit, eu égard à l'extrême vulnérabilité de la famille du fait de la présence d'un enfant malade et aux besoins particuliers de ce dernier, malgré le contexte de tension actuelle du dispositif, être regardée comme constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale constituée par le droit d'accès à un hébergement d'urgence.
6. Les conditions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'orienter les requérants et leurs enfants dans une structure d'hébergement, de jour comme de nuit, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte ni, en tout état de cause " d'enjoindre au préfet de leur remettre sans délai un dossier de demande d'autorisation provisoire de séjour parents d'enfant malade ".
Sur les frais liés à l'instance :
7. Mme E C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Philippon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cet avocat de la somme de 800 euros.
O R D O N N E
Article 1er Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de désigner à Mme E C épouse B, à M. A B et à leurs enfants une structure d'hébergement, de jour comme de nuit, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : L'Etat versera à Me Philippon, avocat des requérants, une somme de 800 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que ce dernier renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C épouse B, à M. A B, au ministre du travail, de la santé et des solidarités et à Me Philippon.
Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 17 septembre 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON La greffière
J. DIONIS
La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026