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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2414391

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2414391

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2414391
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLEJOSNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. E C et à Mme A D, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 28 rue Nicolas Rapin, appartement 18, 1er étage, à Fontenay-le-Comte (85200) et géré par l'association AREAMS ;

2°) à défaut pour les intéressés de libérer les lieux, de l'autoriser à procéder à leur expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. E C et de Mme A D, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans les lieux de M. E C et de Mme A D, définitivement déboutés de l'asile, fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, compromettant ainsi le fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2024, 86 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département et 1984 au niveau de la région ; les intéressés ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle justifiant de leur maintien dans le lieu d'hébergement ; M. E C et Mme A D ont été avertis par le Service Intégré d'accueil et d'orientation de la Vendée qu'ils pouvaient, s'ils le souhaitaient, bénéficier d'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours par lettre du 6 septembre 2024 remise en main propre et contresignée le jour même par Mme A D ; aucun délai supplémentaire ne devra leur être accordé pour quitter les lieux ;

- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu par M. E C et Mme A D avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction de leurs demandes d'asile, qui ont été définitivement rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 9 février 2024 et du 7 mai 2024 ; l'association gestionnaire les a informés par une lettre du 31 mai 2024 remise en main propre aux intéressés le 3 juin 2024, de la fin de leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à compter du 30 juin suivant ; suite au constat de maintien dans les locaux par le gestionnaire du logement le 1er juillet 2024, il a, par un courrier du 25 juillet 2024, mis en demeure les intéressés de quitter les lieux dans un délai de quinze jours francs ; cette mise en demeure est restée infructueuse ; la mesure sollicitée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle ne fait pas obstacle à la poursuite de la scolarité des enfants mineurs.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2024, M. E C, agissant en son nom et au nom de l'enfant F C, ainsi que Mme A D et Mme B D, représentés par Me Lejosne, concluent à titre principal au rejet de la requête et, à titre subsidiaire à ce que leur soit laissé un délai jusqu'à ce qu'ils trouvent une solution d'hébergement ou à défaut un délai de six mois. En tout état de cause, ils demandent que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros HT à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure ne sont pas satisfaites :

* le préfet ne produit aucun élément précis et actualisé de nature à démontrer l'urgence, alors qu'il se fonde sur des chiffres datant du 30 avril 2024, soit plus de cinq mois à la date de l'introduction de la requête ;

* le chiffre allégué de 86 demandeurs d'asile en attende d'un hébergement dans le département de la Vendée ressort des données de l'OFII quant aux personnes bénéficiaires des conditions matérielles d'accueil, lesquelles ne sont pas nécessairement en attente d'un hébergement ;

* compte tenu du délai écoulé entre le second constat de maintien dans les lieux du 30 août 2024 et l'introduction de la requête le 18 septembre 2024 ;

* en tout état de cause, ils font état de circonstances exceptionnelles de nature à y faire obstacle : M. C est contraint d'élever seul son fils mineur ; les enfants poursuivent leur scolarité en France au titre de l'année 2024/2025, de manière régulière et assidue ; M. C souffre d'une pathologie affectant sa mobilité ; ils ne peuvent être mis à la rue compte tenu de l'arrivée de l'hiver ;

- la mesure sollicitée fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de la demande de réexamen de la demande d'asile de M. C faite le 23 août 2024 auprès de l'OFPRA ;

- il relève de l'intérêt supérieur du jeune F C que la famille puisse demeurer dans le logement.

M. E C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 octobre 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- et les observations de Me Lejosne, avocate de M. E C, de Mme A D et de Mme B D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. E C, de Mme A D et de Mme B D, ainsi que tous les occupants de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 28 rue Nicolas Rapin, appartement 18, 1er étage, à Fontenay-le-Comte.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Il résulte de l'instruction que M. E C ressortissant russe né le 12 octobre 1967, ainsi que ses trois enfants, Mme A D née le 15 juin 2003, B Madlaeiva née le 6 septembre 2006 et F C né le 16 juin 2010, sont hébergés depuis le 2 août 2023 dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 28 rue Nicolas Rapin, appartement 18, 1er étage, à Fontenay-le-Comte, géré par l'association AREAMS. La demande d'asile de Mme A D a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 7 mai 2024, qui lui a été notifiée le 22 mai suivant, et celle de M. E C a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 9 février 2024, notifiée le 13 février suivant. Ils ont été informés par courrier du 31 mai 2024 remis en main propre le 3 juin 2024, de la fin de leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à compter du 30 juin suivant. S'étant maintenus dans leur logement, ils ont été mis en demeure, par un courrier du préfet de la Vendée daté du 25 juillet 2024 de quitter les lieux dans un délai de quinze jours, mis en demeure restée infructueuse.

6. En premier lieu, les intéressés ne sauraient prétendre au maintien dans le logement pour demandeur d'asile qu'ils occupent, dès lors que leur demande d'asile a fait l'objet d'une décision de rejet, même s'ils ont formé une demande de réexamen, dont il résulte d'ailleurs de l'instruction que le préfet a tenu compte dans l'examen de leur situation. La mesure d'expulsion ne se heurte donc, à cet égard, à aucune contestation sérieuse.

7. En second lieu, la libération des lieux par les intéressés présente, eu égard aux besoins d'accueil et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile, un caractère d'urgence et d'utilité, que la circonstance que M. E C, dont l'état de santé ne démontre d'ailleurs pas de particulière vulnérabilité, assume seul la charge de son fils mineur, ne remet pas en cause.

8. Il résulte de ce tout qui précède qu'il y a lieu d'ordonner la libération sans délai, par M. E C, par Mme A D, par Mme B D et par l'ensemble de leur famille, du logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent, 28 rue Nicolas Rapin, appartement 18, 1er étage, à Fontenay-le-Comte (85200), au besoin avec le concours de la force publique.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocate de M. E C, de Mme A D et de Mme B D, la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. E C, à Mme A D, à Mme B D et à tous les occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement pour demandeurs d'asile 28 rue Nicolas Rapin, appartement 18, 1er étage, à Fontenay-le-Comte (85200) de ses occupants et des biens s'y trouvant.

Article 2 : A défaut pour les intéressés de libérer immédiatement les lieux et d'évacuer les biens leur appartenant, le préfet de la Vendée pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation desdits biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de M. E C, de Mme A D et de Mme B D et de l'ensemble de leur famille, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de M. E C, de Mme A D et de Mme B D, présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. E C, à Mme A D, à Mme B D et à Me Lejosne.

Copie sera en outre adressée au le préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 22 octobre 2024.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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