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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2414393

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2414393

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2414393
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantLE ROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 septembre 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme B D et à M. C Prince F, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 34 boulevard Pascal, appartement 3, à Challans (85300) et géré par l'association VISTA ;

2°) à défaut pour les intéressés de libérer les lieux, de l'autoriser à procéder à leur expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme B D et de M. C Prince F, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans les lieux de Mme B D et de M. C Prince F, définitivement déboutés de l'asile, fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, compromettant ainsi le fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2024, 86 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département et 1984 au niveau de la région ; les intéressés ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle justifiant de leur maintien dans le lieu d'hébergement, dès lors que la seule présence de très jeunes enfants au sein de la cellule familiale ne suffit pas à caractériser de telles circonstances ; Mme B D et M. C Prince F ont été avertis par lettre du Service Intégré d'accueil et d'orientation de la Vendée en date du 13 août 2024 qu'ils pouvaient, s'ils le souhaitaient, bénéficier d'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours ; ce courrier a été remis en main propre à Mme B D le 21 août 2024 et envoyé par lettre recommandée avec accusé de réception qui a été notifiée aux intéressés le 9 septembre 2024 ;

- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu par Mme B D et M. C Prince F avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction de leurs demandes d'asile, qui ont été déclarées irrecevables, pour M. C Prince F par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 19 octobre 2023 confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 26 avril 2024, pour Mme B D et l'enfant mineur G par décision de l'OFPRA du 19 octobre 2023 confirmée par décision de la CNDA du 4 mars 2024, et pour le jeune H, par décision de l'OFPRA du 28 mars 2024 ; si un recours a été formé auprès de la CNDA contre la décision de l'OFPRA du 28 mars 2024 rejetant la demande d'asile déposée pour le jeune H, ce recours n'a pas d'effet suspensif, de sorte qu'ils se maintiennent indument dans le logement qu'ils occupent ; l'association gestionnaire les a informés par une lettre du 13 mai 2024 remise en main propre le jour même et que les intéressés ont refusé de signer, de la fin de leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à compter du 31 mai suivant ; suite au constat de maintien dans les locaux par le gestionnaire du logement le 3 juillet 2024, il a, par un courrier du 27 juin 2024, notifié le 3 juillet 2024, mis en demeure les intéressés de quitter les lieux dans un délai de quinze jours francs ; cette mise en demeure est restée infructueuse ; la mesure sollicitée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle ne fait pas obstacle à la poursuite de la scolarité des enfants mineurs.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 octobre 2024, Mme B D et M. C Prince F, représentés par Me Le Roy, concluent au rejet de la requête et demandent que soit mise à la charge de l'Etat " une somme " à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37-2 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que les chiffres avancés par le préfet font état d'une situation datant de plus de cinq mois avant l'introduction de la requête et ne sont ainsi pas suffisamment actuels ; il ne ressort par ailleurs pas des chiffres produits que le dispositif départemental d'hébergement pour demandeur d'asile serait saturé, alors qu'il en ressort que 358 places sont vacantes et que seulement 86 demandeurs d'asile sont en attente d'une place d'hébergement ; par ailleurs le préfet n'a pas tenu compte, alors qu'il en a été informé à l'occasion du contentieux relatif aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, de leur situation familiale et notamment des problèmes de santé de leur premier fils, qui a fait l'objet d'une reconnaissance par la maison départementale des personnes handicapées pour un handicap compris entre 50% et 80% et nécessitant une stabilité médicale et sociale ;

- la mesure fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que la cour nationale du droit d'asile n'a pas encore statué sur la demande d'asile du jeune A, qui a été déposée antérieurement au rejet de leurs demandes d'asiles propres ; cette demande doit être analysée comme une première demande et non comme une demande de réexamen, qui est toujours en cours d'instruction.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024 à 9 heures 30 :

- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,

- et les observations de Me Le Roy, avocate de Mme B D et de M. C Prince F, en leur présence.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme B D et de M. C Prince F, ainsi que tous les occupants de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 34 boulevard Pascal, appartement 3, à Challans (85300) et géré par l'association VISTA.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Lorsque le juge des référés est saisi par l'administration, sur le fondement des dispositions précitées au point 2, d'une demande d'expulsion d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et si la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Mme B D et M. C Prince F, ressortissants nigérians, sont entrés sur le territoire français accompagnés de leurs deux enfants mineurs, G E F né le 3 août 2021 et H F né le 12 avril 2023. Ils sont hébergés depuis le 8 février 2023 dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 34 boulevard Pascal, appartement 3, à Challans et géré par l'association VISTA. Faisant valoir que leurs demandes d'asile avaient été définitivement rejetées, le préfet de la Vendée les a informés, par courrier du 13 mai 2024 remis en main propre, de la fin de leur prise en charge par l'OFII à compter du 31 mai suivant. S'étant maintenus dans leur logement, ils ont été mis de demeure, par un courrier daté du 27 juin 2024 et notifié le 3 juillet 2024 de quitter les lieux dans un délai de quinze jours, mise en demeure restée infructueuse.

6. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme B D et M. C Prince F ont formé, le 28 février 2024, une demande d'asile pour leur enfant H, né le 12 avril 2023, rejetée pour irrecevabilité par une décision de l'OFPRA le 28 mars 2024, mais dont le recours devant la CNDA est actuellement pendant, de sorte que la mesure d'expulsion sollicitée par le préfet se heurte à une contestation sérieuse. Alors au demeurant que le petit H ne saurait être séparé de ses parents et de sa fratrie, la requête présentée par le préfet de la Vendée ne peut, par suite, qu'être rejetée.

Sur les frais d'instance :

7. Si Mme B D et M. C Prince F doivent être regardés comme demandant dans leurs écritures de mettre à la charge de l'Etat le versement " d'une somme " à leur conseil au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, aucun montant n'est précisé, de sorte que leurs conclusions doivent en tout état de cause être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête du préfet de la Vendée est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme B D et M. C Prince F au titre des frais d'instance sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme B D, M. C Prince F et à Me Le Roy.

Copie sera en outre adressée au le préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 24 octobre 2024.

Le juge des référés,

L. BOUCHARDON

La greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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