mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2414395 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. D, à Mme E ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 10 rue Champollion, résidence la Garenne, appartement 351, bâtiment F, à la Roche-sur-Yon (85000) et géré par l'association VISTA ;
2°) à défaut pour les intéressés de libérer les lieux, de l'autoriser à procéder à leur expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D et de Mme E, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans les lieux de M. D et de Mme E, définitivement déboutés de l'asile, fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, compromettant ainsi le fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2024, 86 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département et 1 984 au niveau de la région ; les intéressés ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle justifiant de leur maintien dans le lieu d'hébergement, dès lors que la seule présence d'enfants au sein de la cellule familiale ne suffit pas à caractériser de telles circonstances ; M. D et de Mme E ont été avertis par le Service Intégré d'accueil et d'orientation de la Vendée qu'ils pouvaient, s'ils le souhaitaient, bénéficier d'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours, par lettre du 13 août 2024 ; aucun délai supplémentaire ne devra leur être accordé pour quitter les lieux ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu par M. D et par Mme E, avec le gestionnaire du lieu d'accueil, limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction de leurs demandes d'asile, qui ont été définitivement rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 20 juin 2023 s'agissant de M. D et du 17 avril 2024 s'agissant de Mme E ; l'association gestionnaire les a informés par une lettre remise en main propres le 7 mai 2024, de la fin de leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à compter du 31 mai suivant. Suite au constat de maintien dans les locaux par le gestionnaire du logement le 3 juin 2024, il a, par un courrier du 27 juin 2024, mis en demeure les intéressés de quitter les lieux dans un délai de quinze jours francs à compter de la notification intervenue le 5 juillet suivant ; cette mise en demeure est restée infructueuse ; la mesure sollicitée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle ne fait pas obstacle à la poursuite de la scolarité des enfants mineurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024 et des pièces enregistrées le 14 octobre 2024, M. D et Mme E, représentés par Me Néraudau, concluent :
* à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de six mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir pour quitter les lieux, et à titre infiniment subsidiaire un délai d'un mois à compter de la notification des décisions à intervenir sur les requêtes n° 2412271 et 2412273 ;
* en tout état de cause à ce que soit mis à la charge de l'Etat la somme de 1 700 euros HT à verser à leur conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure ne sont pas satisfaites :
* la saturation alléguée du dispositif national d'hébergement pour demandeur d'asile ne suffit pas à justifier de l'urgence ; par ailleurs il n'est pas précisé que la prétendue saturation du dispositif soit due aux personnes demeurées indûment dans les logements qu'ils occupent ;
* ils vont se retrouver à la rue ;
* le préfet n'a pas tenu compte de la situation de vulnérabilité familiale alors que leurs deux enfants sont scolarisés en France et qu'il relève de leur intérêt supérieur de ne pas être mis à la rue ; par ailleurs Mme C fait l'objet d'un suivi médical pour de multiples pathologies et doit prochainement subir une opération chirurgicale ;
- la mesure sollicitée fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que les contestations des décisions portant obligation de quitter le territoire sont actuellement pendantes devant le tribunal.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 octobre 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 14 octobre 2024 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- et les observations de Me Néraudau, avocate de M. D et de Mme E, en leur présence.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. D et de Mme E, ainsi que tous les occupants de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 10 rue Champollion, résidence la Garenne, appartement 351, bâtiment F, à la Roche-sur-Yon et géré par l'association VISTA.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. Il résulte de l'instruction que M. D, ressortissant ayant la double nationalité ukrainienne et géorgienne né le 7 janvier 1979 et Mme E, ressortissante géorgienne née le 16 février 1986, sont entrés sur le territoire français accompagnés de deux enfants mineurs, B et A. Ils sont hébergés depuis le 21 septembre 2021 dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé 10 rue Champollion, résidence la Garenne, appartement 351, bâtiment F, à la Roche-sur-Yon et géré par l'association VISTA. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par deux décisions de la Cour nationale du droit d'asile, en date du 20 juin 2023 s'agissant de M. D et en date du 17 avril 2024 s'agissant de Mme E. Ils ont été informés par courrier du 3 mai 2024 remis en main propre le 7 mai suivant, de la fin de leur prise en charge par l'OFII à compter du 31 mai suivant. S'étant maintenus dans leur logement, ils ont été mis de demeure, par un courrier du préfet de la Vendée daté du 27 juin 2024, de quitter les lieux dans un délai de quinze jours, mise en demeure restée infructueuse.
6. En premier lieu, les intéressés ne sauraient prétendre au maintien dans le logement pour demandeur d'asile qu'ils occupent, dès lors que leur demande d'asile a fait l'objet d'une décision définitive de rejet. La mesure d'expulsion ne se heurte donc, à cet égard, à aucune contestation sérieuse, les intéressés ne pouvant utilement soutenir que l'expulsion demandée méconnaît les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Par ailleurs, la circonstance que les recours suspensifs qu'ils ont formés contre les mesures d'éloignement dont ils font l'objet sont toujours pendant ne constitue pas davantage un obstacle à l'expulsion sollicitée par le préfet.
7. En second lieu, la libération des lieux par les intéressés présente, eu égard aux besoins d'accueil et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile, un caractère d'urgence et d'utilité.
8. Toutefois, les circonstances tenant au jeune âge des enfants et à la situation de santé de Mme E justifient que soit accordé aux intéressés, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Vendée à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques des intéressés, les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les conclusions présentées au titre des frais d'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espère, de faire droit aux conclusions de M. D et de Mme E, présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1 : Il est enjoint à M. D et à Mme E de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent avec leurs enfants, situé 10 rue Champollion, résidence la Garenne, appartement 351, bâtiment F, à la Roche-sur-Yon (85000).
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. D et de Mme E, dans le délai imparti, le préfet de la Vendée, à l'issue du délai fixé à l'article 1er, pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. D et de Mme E, présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à M. D, à Mme E et à Me Néraudau.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 22 octobre 2024.
Le juge des référés,
L. Bouchardon
La greffière,
J. Dionis
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026