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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2416672

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2416672

vendredi 17 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2416672
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationMagistrat : Mme BAUFUME - R. 222-13
Avocat requérantLACHAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des pièces complémentaires et un mémoire respectivement enregistrés les 28 octobre et 15 novembre 2024 et le 8 janvier 2025, Mme B A, représentée par Me Lachaux, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui attribuer un logement correspondant à ses besoins et capacités de type 4-5 dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle a été induite en erreur par un courrier du 5 juin 2024, soit postérieur au délai de six mois dans lequel un logement devait lui être proposé, par lequel l'administration l'a informée de ce que son dossier n'était pas complet et de ce qu'elle devait lui communiquer des éléments complémentaires avant le 5 juillet 2024 ;

- aucune offre de logement ne lui a été faite, malgré la décision du 8 novembre 2023 par laquelle la commission de médiation de la Loire-Atlantique a reconnu la nécessité de lui proposer un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, de type 4-5 ;

- elle est actuellement logée dans un logement temporaire, avec ses quatre enfants mineurs ; les chambres de ce logement sont touchées par les moisissures ; elle est titulaire d'une carte de mobilité pour personne handicapée.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive dès lors que Mme A disposait de quatre mois à compter du 8 mai 2024, soit jusqu'au 9 septembre 2024, pour la former ; le délai de six mois dans lequel il devait proposer un logement à la requérante a pour point de départ la date de la décision de la commission de médiation et non la date de notification de cette dernière ;

- Mme A n'a jamais transmis les éléments complémentaires qui lui ont été demandés par courrier du 5 juin 2024 ; il se considère par conséquent délié de l'obligation résultant de la décision de la commission de médiation du 8 novembre 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 9 janvier 2025.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Baufumé, première conseillère, en application de l'article R. 778-3 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 778-1 du même code.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 janvier 2025 à 11h25 :

- le rapport de Mme Baufumé;

- et les observations de Me Lachaux, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soutient notamment que cette dernière a bien communiqué l'ensemble des éléments demandés par le préfet aux termes de son courrier du 5 juin 2024.

Le préfet de la Loire-Atlantique n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de la Loire-Atlantique :

1. Aux termes de l'article R. 778-2 du code de justice administrative : " Les requêtes mentionnées à l'article R. 778-1 sont présentées dans un délai de quatre mois à compter de l'expiration des délais prévus aux articles R. 441-16-1, R. 441-17 et R. 441-18 du code de la construction et de l'habitation. Ce délai n'est toutefois opposable au requérant que s'il a été informé, dans la notification de la décision de la commission de médiation ou dans l'accusé de réception de la demande adressée au préfet en l'absence de commission de médiation, d'une part, de celui des délais mentionnés aux articles R. 441-16-1, R. 441-17 et R. 441-18 de ce code qui était applicable à sa demande et, d'autre part, du délai prévu par le présent article pour saisir le tribunal administratif (). ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur de logement qui a été reconnu comme devant être logé de façon prioritaire et urgente doit saisir le tribunal administratif dans un délai de quatre mois courant à compter d'un délai, en l'espèce de six mois, à l'issue duquel aucune proposition ne lui a été faite.

2. Il résulte de l'instruction que la commission de médiation de la Loire-Atlantique a, par une décision du 8 novembre 2023, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée d'urgence dans un logement répondant à ses besoins et capacités, de type 4-5. Cette décision de la commission de médiation mentionnait qu'en l'absence d'offre de logement tenant compte de ses besoins et capacités dans le délai de six mois, Mme A pouvait, jusqu'au 9 septembre 2024, présenter devant le tribunal administratif le recours prévu au I de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Or la requête présentée par Mme A n'a été enregistrée au greffe du tribunal que le 28 octobre 2024, soit après l'expiration du délai du recours contentieux, fixé par l'article R. 778-2 du code de justice administrative, imparti à l'intéressée pour saisir le tribunal. Il résulte toutefois également de l'instruction que, par courrier du 5 juin 2024, et alors même que le délai de six mois accordé à l'administration pour proposer un logement à Mme A était écoulé, le préfet de la Loire-Atlantique a demandé à l'intéressée de lui fournir des éléments complémentaires dans un délai d'un mois et précisé qu'en l'absence de communication de ces derniers avant le 5 juillet 2024, il se considérerait dégagé de l'obligation de lui proposer un logement. Cette demande, formulée par le préfet au-delà du délai de six mois qui lui était imparti pour proposer un logement à Mme A a pu induire cette dernière en erreur sur le maintien de la décision favorable qui lui avait été délivrée par la commission de médiation, notamment sur le fait qu'il soit conditionné à la communication des éléments demandés, et, ainsi, sur le point de départ du délai de quatre mois qu'elle a pu considérer comme ayant été reporté au 5 juillet 2024. La fin de non-recevoir opposée à ce titre par le préfet de la Loire-Atlantique et tirée de la tardiveté de la requête doit, dès lors, être écartée.

Sur la demande d'injonction :

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes des dispositions du I de l'article L. 441-2-3-1 du même code, dans sa version applicable au litige : " Le demandeur qui a été reconnu par la commission de médiation comme prioritaire et comme devant être logé d'urgence et qui n'a pas reçu, dans un délai fixé par décret, une offre de logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités peut introduire un recours devant la juridiction administrative tendant à ce que soit ordonné son logement ou son relogement. () / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne statue en urgence, dans un délai de deux mois à compter de sa saisine. Sauf renvoi à une formation collégiale, l'audience se déroule sans conclusions du commissaire du Gouvernement. / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'Etat et peut assortir son injonction d'une astreinte. () ".

4. Ces dispositions, éclairées par les travaux parlementaires qui ont précédé leur adoption, fixent une obligation de résultat pour l'Etat, désigné comme garant du droit au logement opposable par le législateur. Le juge administratif, saisi sur le fondement de ces dispositions d'une demande tendant à ce qu'il ordonne le logement ou le relogement d'une personne dont la commission de médiation a estimé qu'elle est prioritaire et doit être logée en urgence, doit y faire droit s'il constate qu'il n'a pas été offert à cette personne un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités tels qu'ils ont été définis par la commission.

5. Comme cela a été dit au point 1 du présent jugement, par une décision du 8 novembre 2023, la commission de médiation de la Loire-Atlantique a désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités, de type 4-5. L'Etat disposait d'un délai de six mois pour proposer un accueil dans un tel logement. Toutefois, malgré cette décision, le préfet de la Loire-Atlantique n'a fait aucune offre d'hébergement à Mme A dans le délai mentionné ci-dessus. Le préfet soutient, aux termes de son mémoire en défense, que l'intéressée n'a pas fourni les informations complémentaires demandées aux termes du courrier qu'il lui a adressé le 5 juin 2024, soit son avis d'imposition 2023 sur les revenus de l'année 2022, ses revenus mensuels de l'année 2022 et ses ressources mensuelles actualisées depuis novembre 2023 et qu'il se considère, par conséquent, délié de l'obligation résultant de la décision de la commission de médiation susmentionnée du 8 novembre 2023. Mme A soutient cependant, sans être contestée, qu'elle a transmis l'ensemble des éléments demandés et il résulte de l'instruction, notamment des pièces fournies par le préfet lui-même, que ce dernier est en possession de l'avis d'imposition 2023 de Mme A, sur les revenus de l'année 2022. Il résulte, enfin, de l'instruction, et plus particulièrement de la capture de l'espace en ligne relatif à la demande de logement de la postulante, que cette dernière a bien communiqué une actualisation de ses ressources, cet espace faisant notamment apparaitre, outre son avis d'imposition 2023 sur les revenus 2022, une attestation de revenus pour le mois de juin 2024 et une attestation relative aux impôts 2024 sur les revenus 2023. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique ne peut être regardé comme étant délié de l'obligation de résultat qui pèse sur lui. Il y a lieu, dès lors, de lui enjoindre de proposer à la requérante un logement adapté à ses besoins et à ses capacités, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 300 euros par mois de retard à l'expiration de ce délai, destinée au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement prévu à l'article L. 300-2 du code de la construction et de l'habitation. Le versement de cette astreinte sera effectué deux fois par an jusqu'au jugement de liquidation définitive, le premier versement devant intervenir à la fin du sixième mois qui suit le mois à compter duquel l'astreinte est due en application du présent jugement. Il appartient au préfet de la Loire-Atlantique de justifier auprès du tribunal de l'exécution totale de l'injonction prononcée ci-dessus ou d'une cause d'inexécution. Il appartient également à la requérante de faire connaître toute évolution de sa situation et, si elle entend renoncer au bénéfice de la mesure d'injonction ordonnée, d'en informer le tribunal.

Sur les frais liés au litige :

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au profit Me Lachaux sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D E C I D E :

Article 1er : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de proposer à Mme A un logement correspondant à ses besoins et à ses capacités de type 4-5 accessible dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 300 euros par mois de retard à compter de l'expiration de cette date. Le versement de l'astreinte au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement sera effectué deux fois par an jusqu'au jugement de liquidation définitive, le premier versement devant intervenir à la fin du sixième mois qui suit le mois à compter duquel l'astreinte est due en application du présent jugement.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Lachaux au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la ministre chargée du logement et à Me Lachaux.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2025.

La magistrate désignée,

A. BAUFUMÉ

Le greffier,

P. VOSSELER

La République mande et ordonne à la ministre chargée du logement en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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