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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2417749

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2417749

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2417749
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCANDON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2024 et un mémoire enregistré le 2 décembre 2024, la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine Agglo, représentée par son président, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion, au besoin sous astreinte, de M. A C et de Mme D B de l'aire d'accueil de la Croix Tobi sur la commune de Clisson (44043) au plus tard le 13 décembre 2024 ;

2°) de l'autoriser, passé ce délai, de faire procéder sans délai à l'évacuation des occupants par la force publique ;

3°) de prononcer une interdiction de séjour des intéressés pour une durée de deux ans.

Elle soutient que :

- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que l'occupation du module d'accueil, et la pose d'un nouveau bungalow sans autorisation, génère des risques tant pour la sécurité des occupants et des gestionnaires de l'aire d'accueil que pour la tranquillité publique ;

- la mesure est utile au regard des menaces de mort proférées à l'égard des salariés de la société l'Hacienda et du comportement des intimés qui remettent en cause les conditions d'exercice de la mission de service public d'accueil des gens du voyage ainsi que la sécurité des personnes intervenant sur cette aire ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors que les occupants remettent en cause, par leur comportement et les menaces proférées, la tranquillité et à la sécurité des autres occupants de l'aire, mais également des salariés ou agents intervenant sur l'aire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 5 décembre 2024, et des pièces enregistrées le 6 décembre 2024, M. A C et de Mme D B, représentés par Me Candon, demandent au juge des référés :

1°) de les admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de rejeter toutes les demandes de Clisson Sèvre et Maine Agglo ;

3°) subsidiairement, de leur accorder un délai avant toute expulsion jusqu'au 31 mars 2025 et subsidiairement jusqu'au 31 janvier 2025.

4°) de condamner Clisson Sèvre et Maine Agglo, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridictionnelle et L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Me Candon, avocat des défendeurs ayant accepté l'aide juridictionnelle, la somme de 1.000 euros en contrepartie du renoncement par celui-ci de la part contributive de l'Etat, ce qu'il déclare expressément faire dans cette hypothèse.

Ils font valoir que :

- La décision implicite de résiliation de l'autorisation d'occupation est illégale pour n'avoir pas été précédée d'une procédure contradictoire et, par suite, l'expulsion sollicitée est dépourvue de base légale ;

- Il existe un doute sérieux sur la réalité des faits de menaces allégués qui ne sont pas corroborés par d'autres témoignages, ces allégations ne portant que sur des dérapages purement verbaux (sans agression physique aucune) et ne se seraient produits qu'une seule fois ;

- La nécessité et l'urgence de l'expulsion justifiées par celle de mettre fin au trouble causé et de permettre un fonctionnement normal de l'aire ne sont pas établies. En tout état de cause le modulaire posé a été enlevé le 1er décembre 2024 ;

- Le juge des référés n'est pas compétent pour prononcer une interdiction de séjour de deux ans qui est, par ailleurs, disproportionnée.

Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rosier, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique du 6 décembre 2024 à 9h30.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes, de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Le juge des référés, saisi sur le fondement de ces dispositions, peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées tant à des personnes privées que, le cas échéant, à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

2.Aux termes de l'article 2 du règlement intérieur de l'aire d'accueil des gens du voyage de la Croix Tobi à Clisson applicable à compter du 1er août 2022 : " Le présent Règlement s'applique sur l'aire de stationnement des Gens du voyage située à Clisson au lieu-dit " la Croix-Tobi ", d'une capacité de 16 caravanes maximum réparties en 8 emplacements dont un emplacement pour personne à mobilité réduite et un bâtiment modulaire de 17m² à usage exclusif du gestionnaire. () ". Aux termes de l'article 9 dudit règlement : " En cas de non-respect du présent Règlement, une sanction pourra être appliquée pouvant aller d'une retenue sur caution à l'expulsion de l'aire prise sur le fondement de l'article L 521- 3 du Code de justice administrative. / Tous les manquements constatés et énumérés ci-dessous seront sanctionnés : Toute dégradation ou tout trouble grave fera l'objet d'un constat et les dégradations consécutives seront retenues sur la caution et facturées au-delà du montant de la caution. Elles pourront justifier la résiliation par l'autorité gestionnaire (Président de Clisson, Sèvre et Maine Agglo) de l'autorisation d'occupation, ou l'engagement d'une procédure d'expulsion sur décision de l'autorité compétente (Juge administratif) pour l'application du Règlement intérieur, et le cas échéant de l'autorité judiciaire. Elles pourront également donner lieu à des poursuites pénales en application des articles 322-1 et suivants du code pénal et faire l'objet d'une plainte devant le tribunal correctionnel. / Les agressions physiques ou verbales, les disputes ou rixes, les troubles à la sécurité et à la tranquillité publiques ou tous les actes de violence entre occupants ou à l'encontre des personnes intervenant sur l'aire, seront également constatés, sanctionnés et pourront notamment faire l'objet d'une expulsion immédiate réalisées par les forces de l'ordre à la demande du gestionnaire () ".

3.Il n'est pas utilement contesté par M. A C et par Mme D B que ceux-ci occupent sans autorisation le bâtiment modulaire de 17 m² réservé aux salariés de la société Hacienda, gestionnaire de l'aire d'accueil de la Croix Tobi sur la commune de Clisson (44043), et y ont procédé à des aménagements contraires à son affectation. Par ailleurs, il n'est pas davantage utilement contesté par M. C et Mme B que le 29 octobre 2024, alors qu'ils étaient sommés par l'une des salariés de la société Hacienda de libérer le local, ceux-ci l'ont agressée verbalement et M. C l'a menacée de mort. L'ensemble de ces faits constitue autant de violations des dispositions précitées du règlement intérieur de l'aire d'accueil des gens du voyage de la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine Agglo. La demande de la communauté d'agglomération tendant à ce que le juge ordonne leur expulsion ne se heurte par suite à aucune contestation sérieuse ni ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

4.En outre, les conditions d'urgence et d'utilité exigées par l'article L. 521-3 du code de justice administrative sont satisfaites dès lors, d'une part, que l'occupation sans droit ni titre du local dédié aux salariés de la société Hacienda fait obstacle au fonctionnement normal de l'aire d'accueil et, d'autre part, que M. C et Mme B ont fait preuve d'un comportement violent à l'égard d'un des agents chargés d'assurer la gestion de l'aire d'accueil de la communauté d'agglomération.

5.Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à M. C et Mme B de quitter au plus tard le 27 décembre 2024 l'aire d'accueil de la Croix Tobi sur la commune de Clisson. A défaut pour les intéressés de déférer à cette injonction, la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine Agglo pourra y procéder d'office, au besoin avec le concours de la force publique. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances particulières de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Par ailleurs, il n'y a pas lieu d'accorder à M. C et à Mme B l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

6.Enfin, alors que les dispositions du règlement intérieur habilitent le président de la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine Agglo à prononcer lui-même les interdictions de séjour sur l'aire d'accueil de cet établissement public, il n'appartient pas au juge des référés, saisi en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de prononcer une telle interdiction. Par suite, les conclusions tendant à ce que le juge des référés prononce cette interdiction doivent être rejetées comme irrecevables.

7.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine Agglo, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à l'avocat de M. C et de Mme B la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C et Mme B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il est enjoint à M. C et à Mme B d'évacuer au plus tard le 27 décembre 2024 l'aire d'accueil des gens du voyage de la Croix Tobi sur la commune de Clisson (44043) avec leurs véhicules, remorques et caravanes, à défaut pour les intéressés de déférer à cette injonction passé ce délai, la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine Agglo pourra y procéder d'office, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine Agglo sont rejetées.

Article 4 : Les conclusions de M. C et de Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la communauté d'agglomération Clisson Sèvre et Maine Agglo, à Me Candon, à M. A C et à Mme D B.

Copie en sera donnée au préfet de la Loire-Atlantique.

Fait à Nantes, le 10 décembre 2024.

Le juge des référés,

P. ROSIERLa greffière,

G. PEIGNE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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