mardi 24 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2418368 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | ROULLEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 novembre et 18 décembre 2024, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme B A ainsi qu'à tous occupants de son chef de libérer dans un délai de quinze jours le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé 51 rue Eugène Delacroix, appartement 9 à Angers (49000), et géré par France-Horizon ;
2°) à défaut pour l'intéressée de libérer les lieux, de l'autoriser à procéder à son expulsion par tous moyens légaux, au besoin avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme A, à défaut pour celle-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de Mme A, bénéficiaire de la protection subsidiaire par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 15 février 2023, notifiée le 22 février 2023, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2024, 388 demandeurs d'asile étaient en attente d'une place d'hébergement dans le département du Maine-et-Loire ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse au regard de la méconnaissance de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le contrat de séjour conclu par Mme A avec le gestionnaire du lieu d'accueil stipule la fin de mise à disposition de l'hébergement dès lors qu'une offre de logement correspondant aux besoins et à la capacité des ménages est proposée ; ainsi, un refus non justifié de cette proposition de logement, notamment suite à l'obtention de la protection subsidiaire, peut mettre fin au délai de maintien dans le centre d'accueil pour demandeur d'asile et mène à une obligation de quitter l'hébergement dans un délai de quinze jours. En l'occurrence, Mme A a refusé la proposition d'orientation en appartement T4 sis au 45 rue Simone Weil à Angers qui lui a été faite afin de permettre sa sortie de l'hébergement. S'étant maintenue dans son logement, elle a été mise en demeure par courrier en date du 18 septembre 2024 notifié le 30 septembre 2024, de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure est toutefois restée infructueuse jusqu'à ce jour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2024, Mme B A, représentée par Me Roulleau, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il lui soit laissé un délai de 4 mois pour libérer le logement et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la préfecture ne semble pas prendre la mesure de sa vulnérabilité et celle de ses quatre enfants ; si elle a été contrainte de refuser le logement qui lui a été proposé le 17 juin 2024, c'est parce que son emplacement géographique ne répondait pas aux contraintes auxquelles elle doit faire face. Elle a besoin de temps supplémentaires pour finaliser ses démarches tendant à organiser un déménagement ;
- la demande fait l'objet d'une contestation : son maintien dans les locaux du centre d'accueil est justifié par une réalité humaine particulière et n'est que temporaire.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 19 décembre 2024 à 9h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de la représentante du préfet de Maine-et-Loire.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme A, ainsi que tous occupants de son chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'elle occupe, situé 51 rue Eugène Delacroix, à Angers (49000).
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 551-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions dans lesquelles les personnes s'étant vu reconnaître la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire et les personnes ayant fait l'objet d'une décision de rejet définitive peuvent être, à titre exceptionnel et temporaire, maintenues dans un lieu d'hébergement mentionné à l'article L. 552-1, sont déterminées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 552-13 du même code : " La personne hébergée peut solliciter son maintien dans le lieu d'hébergement au-delà de la date de décision de sortie du lieu d'hébergement prise par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application des articles L. 551-11 ou L. 551-13, dans les conditions suivantes :1 ° Lorsqu'elle s'est vue reconnaitre la qualité de réfugié ou accorder le bénéfice de la protection subsidiaire, elle peut demander à être maintenue dans le lieu d'hébergement jusqu'à ce qu'une solution d'hébergement ou de logement soit trouvée, dans la limite d'une durée de trois mois à compter de la date de la fin de prise en charge ; durant cette période, elle prépare les modalités de sa sortie avec le gestionnaire du lieu qui prend toutes mesures utiles pour lui faciliter l'accès à ses droits, au service intégré d'accueil et d'orientation, ainsi qu'à une offre d'hébergement ou de logement adaptée ; cette période peut être prolongée pour une durée maximale de trois mois supplémentaires avec l'accord de l'office ; () ". Aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. () La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ".
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, Mme B A, ressortissante guinéenne née le 1er août 1992, a bénéficié, en qualité de demandeur d'asile, d'un logement au sein d'un centre d'accueil pour demandeurs d'asile à Angers depuis le 9 novembre 2021. Alors qu'elle s'est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire le 15 février 2023, il résulte de l'instruction que, par un courrier du 28 février 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) l'a informée de la fin de sa prise en charge à compter du 15 mai suivant, avec la possibilité d'un délai supplémentaire de maintien en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mentionnées au point 2. Il résulte par ailleurs de l'instruction que l'association gérante du logement a proposé à Mme B A, le 17 juin 2024, d'emménager dans un logement social de type T4, à Angers, proposition que l'intéressée a refusée au motif " que son emplacement géographique ne répondait pas à ses contraintes ". Alors que, par un courrier du 18 septembre 2024, le préfet l'a mise en demeure de quitter son hébergement dans un délai de quinze jours, cette mise en demeure est restée infructueuse. Dans ces conditions, Mme B A se maintient indument dans le logement pour demandeur d'asile qu'elle occupe. Dès lors, et sans que sa situation familiale ne puisse en tout état de cause être regardée comme constituant un obstacle, la mesure sollicitée par le préfet ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par Mme B A présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à Mme B A, ainsi qu'à tout occupant de son chef, de quitter, dans le délai de quinze jours tel que sollicité par le préfet, à compter de la notification de la présente ordonnance, le lieu d'hébergement qu'ils occupent et, en l'absence de départ volontaire des intéressés, d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, à leurs frais et risques les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les frais liés au litige :
8. Il n'y a en tout état de cause pas lieu de faire droit aux conclusions de Mme B A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à Mme B A ainsi qu'à tous occupants de son chef de libérer, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent, situé 51 rue Eugène Delacroix, appartement 9 à Angers (49000), et géré par France-Horizon.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire dans le délai imparti à l'article 1er de Mme B A et de tous occupants de son chef, le préfet de Maine-et-Loire pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de Mme B A présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur, à Mme B A et à Me Roulleau.
Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Fait à Nantes, le 24 décembre 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026