vendredi 13 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2419454 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | FABRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 décembre 2024, Mme B A, agissant en son nom et en celui de l'enfant Mahawa Condé, représentée par Me Fabre, demande au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à titre principal, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui proposer une solution d'hébergement stable et adaptée à sa situation, à Nantes, tenant compte de la composition familiale et de l'état de santé des membres de sa famille, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 € par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au conseil départemental de la Loire-Atlantique de lui indiquer une solution d'hébergement, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ; à titre infiniment subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui indiquer une solution d'hébergement, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
2°) de mettre à la charge de l'OFII ou de l'Etat une somme de 1 500 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. En cas de refus, à son profit.
Elle soutient que :
- il y a urgence à statuer : en dépit de ses demandes réitérées, elle fait l'objet d'un refus d'hébergement par l'OFII et les services préfectoraux. Elle est dès lors contrainte de vivre dans la rue, malgré sa situation d'extrême vulnérabilité constituée par son statut de parent isolé, par la présence à ses côtés d'un très jeune enfant âgé de moins de huit mois, et par leur mauvaise santé respective ;
- il est porté atteinte aux libertés fondamentales que constituent :
* le droit d'asile : il revient à l'OFII de lui délivrer les conditions matérielles d'accueil, dont l'accès à un hébergement digne et stable ;
* le droit à un hébergement d'urgence. Si l'OFII ne propose pas d'hébergement à un demandeur d'asile qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale, il revient aux autorités de police générale d'assurer sa protection par la mise en œuvre du code de l'action sociale ; par ailleurs, les services départementaux sont tenus d'apporter une assistance matérielle au titre de l'aide sociale à l'enfance ;
* à l'intérêt supérieur de l'enfant prévu par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par décision du 13 décembre 2024, Mme B A n'a pas été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante guinéenne née le 19 décembre 2001, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ou, à défaut, au président du conseil départemental de la Loire-Atlantique ou au préfet de la Loire-Atlantique, de lui indiquer un lieu susceptible de l'héberger, ainsi que sa fille née le 28 avril 2024.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 de ce même code prévoit que le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
En ce qui concerne les conclusions dirigées à titre principal contre l'Office français de l'immigration et de l'intégration :
3. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés, qui apprécie si les conditions prévues par l'article L. 521-2 du code de justice administrative sont remplies à la date à laquelle il se prononce, ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de cet article en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation de famille. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque situation, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation familiale de la personne intéressée.
4. Il résulte de l'instruction, notamment des échanges par courriels entre le conseil de l'intéressée et l'OFII, datés du 11 décembre 2024, que Mme B A a par deux fois refusé une proposition d'hébergement faite par l'office. Il ressort ainsi de ses écritures que l'OFII lui avait encore récemment proposé, le 5 décembre 2024, un hébergement en région parisienne, qu'elle a refusé faute de bénéficier d'un accompagnement personnalisé dans sa démarche, de sorte qu'elle ne se prévaut d'aucun motif légitime justifiant sa non-présentation au lieu d'hébergement qui lui avait pourtant été attribué au regard de sa situation de vulnérabilité. Dans ces conditions, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peut être regardé comme ayant manifestement méconnu les exigences découlant du droit d'asile.
En ce qui concerne les conclusions dirigées à titre subsidiaire contre le conseil départemental de la Loire-Atlantique :
5. L'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : [] 4° Les femmes enceintes et les mères isolées avec leurs enfants de moins de trois ans qui ont besoin d'un soutien matériel et psychologique, notamment parce qu'elles sont sans domicile () ".
6. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la requérante a refusé sans motif valable un hébergement proposé par l'OFII. Par ailleurs, elle ne justifie en tout état de cause pas avoir présenté en vain des demandes auprès des services du conseil départemental de la Loire-Atlantique en vue d'obtenir une prise en charge, de sorte qu'il ne peut être reproché une quelconque carence caractérisée de cette autorité dans l'accomplissement de sa mission.
En ce qui concerne les conclusions dirigées à titre infiniment subsidiaire contre le préfet de la Loire-Atlantique :
7. Aux termes de l'article L. 345-2 du code de l'action sociale et des familles, il est prévu que, dans chaque département, est mis en place, sous l'autorité du préfet " un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse ". L'article L. 345-2-2 précise que : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 345-2-3 du même code : " Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée () ".
8. Il appartient aux autorités de l'État, sur le fondement des dispositions précitées, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique ou sociale. Une carence caractérisée dans l'accomplissement de cette mission peut faire apparaître, pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour la personne intéressée. Il incombe au juge des référés d'apprécier dans chaque cas les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de la santé et de la situation de famille de la personne intéressée.
9. Ainsi qu'il a été rappelé au point 6, la requérante a refusé sans motif valable un hébergement proposé par l'OFII. Par ailleurs, en se bornant à produire un unique courriel daté du 10 décembre 2024 adressé à 115@mvs44.com, Mme B A ne saurait être regardée comme justifiant avoir présenté, ainsi qu'elle l'allègue, des demandes réitérées auprès du 115 en vue d'obtenir un hébergement. Dès lors, l'absence de proposition immédiate d'hébergement au bénéfice de la requérante et de sa fille, alors par ailleurs que la situation du père de l'enfant n'est nullement explicitée, ne revêt pas le caractère d'une carence de l'Etat telle qu'elle serait constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
10. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu, par application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, de rejeter l'intégralité de la requête de Mme B A, en ce compris les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et à Me Fabre.
Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au président du conseil départemental de la Loire-Atlantique et au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 13 décembre 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne
ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026