mercredi 29 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2420473 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | TOUCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 décembre 2024, le préfet de la Vendée demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. B D, à Mme G, à leurs enfants mineurs ainsi que tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent appartement 112, bâtiment F au troisième étage, situé au sein de la résidence Domaine, rue Léonce Thomas à Luçon (85400) et géré par l'association AREAMS ;
2°) à défaut pour les intéressés de libérer les lieux, de l'autoriser à procéder à leur expulsion par tous moyens légaux, au besoin, avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques M. B D et de Mme G, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien dans les lieux de M. B D et de Mme G ainsi que de leurs enfants, définitivement déboutés de l'asile, fait obstacle à l'accueil de nouveaux demandeurs d'asile, compromettant ainsi le fonctionnement du service public, alors qu'au 30 avril 2024, 86 demandeurs d'asile étaient en attente d'un hébergement dans le département et 1984 au niveau de la région ; les intéressés ne justifient d'aucune circonstance exceptionnelle justifiant de leur maintien dans le lieu d'hébergement, dès lors que la seule présence d'enfants au sein de la cellule familiale ne suffit pas à caractériser de telles circonstances ; M. B D et de Mme G ont été avertis par lettre du Service Intégré d'accueil et d'orientation de la Vendée en date du 12 décembre 2024 qu'ils pouvaient, s'ils le souhaitaient, bénéficier d'un hébergement d'urgence d'une durée maximale de quinze jours, ce courrier a été remis en main propre contre signature à Mme G le 17 décembre 2024 ; une éventuelle demande de délai supplémentaire ne peut qu'être rejetée ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu par M. B D et Mme G avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitait la durée de l'hébergement à celle de l'instruction de leurs demandes d'asile, qui ont été définitivement rejetées ainsi que les demandes d'asile présentées pour leurs deux enfants mineurs, par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 18 septembre 2024 ; l'association gestionnaire les a informés par un courrier remis en main propre le 11 octobre 2024, de la fin de leur prise en charge par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à compter du 31 octobre 2024 ; suite au constat de maintien dans les locaux par le gestionnaire du logement le 4 novembre 2024, il a, par un courrier du 8 novembre 2024, notifié le 19 novembre suivant, mis en demeure les intéressés de quitter les lieux dans un délai de quinze jours francs ; cette mise en demeure est restée infructueuse ; la mesure sollicitée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'elle ne fait pas obstacle à la poursuite de la scolarité des enfants mineurs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2025, M. B D et Mme G, représentés par Me Touchard, concluent, à titre principal au rejet de la requête, ou à titre subsidiaire à ce qu'il soit enjoint au préfet de mettre à leur disposition une solution d'hébergement provisoire, à titre infiniment subsidiaire ce qu'il leur soit accordé un délai de quatre mois pour quitter le logement qu'ils occupent, et en tout état de cause à ce que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1 000 € à verser à leur conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Ils soutiennent que :
- les conditions d'urgence et d'utilité ne sont pas satisfaites : le préfet n'établit pas la saturation du dispositif d'hébergement pour demandeurs d'asile qu'il allègue, dès lors qu'en évoquant des chiffres datant de plus de huit mois, il n'apporte pas d'éléments suffisamment précis et actualisés ; par ailleurs l'urgence est relativisée par le temps écoulé entre la mise en demeure de quitter les lieux notifiée le 19 novembre 2024 et le dépôt de la requête intervenue le 9 janvier 2025, soit près de deux mois plus tard ;
- ils justifient de circonstances exceptionnelles en raison de la présence de deux enfants mineurs de huit et cinq ans au sein du foyer, et compte tenu de l'état de santé psychologique fragile du jeune F E âgé seulement de huit ans ainsi que de Mme G, tous deux suivis par un psychiatre, dont l'état de santé mental risquerait de se détériorer en cas de mise à la rue du fait de la mesure sollicitée.
M. B D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2025.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 21 janvier 2025 à 9 heures 30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- et les observations de Me Touchard, avocate de M. B D et de Mme G, qui fait valoir que les difficultés psychiatriques invoquées sont consécutives, outre aux persécutions qu'ils ont subies, à la perte de deux des enfants du couple en 2009. Par ailleurs, le dernier enfant, C, a subi une intervention chirurgicale le 16 janvier dernier.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Vendée demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion sans délai de M. B D et de Mme G, ainsi que leurs enfants mineurs et tous occupants de leur chef du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent appartement 112, bâtiment F au troisième étage, situé au sein de la résidence Domaine, rue Léonce Thomas à Luçon et géré par l'association AREAMS.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. En premier lieu, M. B D et Mme G, ressortissants azerbaïdjanais nés respectivement le 28 août 1976 et le 18 octobre 1989, sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé appartement 112, bâtiment F au troisième étage, au sein de la résidence Domaine, rue Léonce Thomas à Luçon et géré par l'association AREAMS. Leurs demandes d'asile, ainsi que celles de leurs enfants A E et F E, ont été définitivement rejetées par une décision de la cour nationale du droit d'asile en date du 18 septembre 2024, notifiée aux intéressés le 27 septembre 2024. Ils ont été avisés, par un courrier remis en main propre par l'association gestionnaire le 11 octobre 2024, qu'il serait mis fin à leur prise en charge par l'OFII à la date du 31 octobre 2024. Le préfet de la Vendée les a mis en demeure, par courrier du 8 novembre 2024 de quitter les lieux dans un délai de quinze jours francs, mise en demeure restée infructueuse. M. B D et Mme G se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ainsi que celles de leurs enfants ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
6. En second lieu, la libération des lieux par M. B D et Mme G, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
7. Toutefois, alors que le foyer de M. B D et de Mme G est composé de deux enfants mineurs scolarisés, et que deux de ses membres présentent une fragilité d'ordre psychologique, de telles circonstances justifient que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Vendée, en l'espèce non tenu dans la présente procédure à mettre à la disposition de ces derniers une solution d'hébergement provisoire, à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. B D et de Mme G, les biens meubles qui s'y trouveraient.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. B D et de Mme G présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. B D, à Mme G, à leurs enfants ainsi qu'à tous occupants de leur chef de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile situé appartement 112, bâtiment F au troisième étage, au sein de la résidence Domaine, rue Léonce Thomas à Luçon (85400) et géré par l'association AREAMS.
Article 2 : En l'absence de départ volontaire de M. B D et de Mme G dans le délai imparti à l'article 1er, le préfet de la Vendée pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 3 : Les conclusions de M. B D et de Mme G présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à M. B D, à Mme G, et à Me Touchard.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Vendée.
Fait à Nantes, le 29 janvier 2025.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M-C. MINARD
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026