jeudi 30 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2500041 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | BENVENISTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 janvier 2025, une pièce complémentaire et un mémoire, enregistrés les 15 et 17 janvier 2025, le préfet de la Loire-Atlantique demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. B A de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe situé 1 place Poincaré, logement 6, chambre 3, à Saint Nazaire (44600), et géré par l'association Les Eaux Vives ;
2°) de l'autoriser à procéder à son expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. A, à défaut pour celui-ci de les avoir emportés.
Il soutient que :
- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien indu dans un logement pour demandeurs d'asile de M. A compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au dernier recensement de l'OFII daté de novembre 2024 le département de la Loire-Atlantique dispose de 2524 places d'hébergement effectives dédiées aux demandeurs d'asile occupées à 99,5 %, notamment, sur 1956 places occupées, 621 sont occupées par des personnes en présence indue ; le logement en cause est occupé indûment, sans que M. A ne justifie d'aucune circonstance exceptionnelle de nature à faire obstacle à la mesure sollicitée, dès lors qu'il est majeur, célibataire et sans enfants à charge, et qu'aucun document médical ne permet d'établir qu'il souffre d'une maladie grave dont le suivi et le traitement serait empêché par l'expulsion de son logement ; en outre, l'octroi d'un délai supplémentaire pour quitter le logement serait contraire à l'esprit de la procédure prévue à l'article L. 521-3 du code de justice administrative dès lors qu'il ne dispose d'aucun titre lui permettant de se maintenir sur le territoire et qu'il a déjà bénéficié de plusieurs mois de maintien indu depuis le rejet de sa demande d'asile ; l'intéressé n'établit pas avoir entamé des démarches en vue de son relogement ;
- la mesure sollicitée ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a définitivement rejeté la demande d'asile de M. A par une décision en date du 19 mars 2024, notifiée le 24 avril 2024 ; par ailleurs, ce dernier a été avisé par une décision de l'office de l'immigration et de l'intégration (OFII) en date du 22 mai 2024, qu'il serait mis fin à sa prise en charge dans l'hébergement à compter du 24 mai 2024; une mise en demeure de quitter les lieux de quitter les lieux ,en date du 29 juillet 2024, dans un délai d'un mois, lui a été notifiée ; par ailleurs l'association des Eaux Vives a été informée de l'envoi du pli contenant la mise en demeure et était donc en mesure d'en informer M. A ; cette mise en demeure est toutefois restée infructueuse à ce jour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Benveniste, demande au juge des référés de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et conclut, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit prononcé un sursis à l'expulsion de son logement pour un délai de six mois.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que l'urgence caractérisée par des perturbations graves au fonctionnement normal du service public n'est nullement rapportée par le préfet de la Loire-Atlantique au regard des chiffres qu'il cite, qui ne sont appuyés par aucun document ou donnée consultable permettant de s'assurer de leur réalité et de leur actualité. En outre, il y a une carence de l'Etat dans sa mission d'hébergement des demandeurs d'asile. Enfin, il n'est pas établi qu'il y a une urgence à expulser d'un hébergement un requérant dont l'état de santé est préoccupant et qui se retrouvera sans hébergement en pleine trêve hivernale ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors qu'il présente un état de " déstabilisation compatible avec un vécu traumatique répété ", qu'il souffre de céphalées chroniques associées à une anorexie et d'un scotome central de l'œil gauche et a perdu intégralement la vision de cet œil ;
- la demande de délai est justifiée au regard de son état de santé et de son impossibilité de se reloger.
Par un mémoire en réplique, enregistré le 27 janvier 2025, le préfet de la Loire-Atlantique conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.
Il fait valoir que :
- sur le défaut d'urgence : les chiffres annoncés dans sa requête du l'occupation du dispositif national d'accueil proviennent de tableaux transmis à ses services par l'OFII de Nantes et ne peuvent être communiqués dans le cadre de l'instruction car il s'agit de documents de travail interne, non publics, contenant des données sensibles, ce que confirme l'OFII. En tout état de cause, la saturation du dispositif national est un fait de notoriété publique. Ces documents font la différence entre les bénéficiaires d'une protection internationale autorisés à se maintenir dans le dispositif national d'accueil et ceux qui y logent indûment car restés à l'expiration du délai imparti. Par ailleurs, la jurisprudence précise que l'urgence et l'utilité de l'expulsion demandée doivent être appréciées eu égard aux besoins d'accueil des demandeurs d'asile et au nombre de places disponibles dans les lieux d'hébergement pour demandeurs d'asile dans le département. Enfin, sur les 2524 places dédiées à l'hébergement des demandeurs d'asile dans la région, un certain nombre de places sont déclarées indisponibles du fait de différents facteurs, et vacantes.
- sur la contestation sérieuse : le certificat médical produit est ancien et ne permet donc pas de considérer que M. A serait particulièrement vulnérable ni qu'il doive être à l'abri pour éviter que sa pathologie ophtalmique n'empire.
- sur la demande de délai : M. A ne justifie aucunement de circonstances permettant de le regarder comme souffrant d'une particulière vulnérabilité.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 janvier 2025.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 27 janvier 2025 à 9h30 :
- le rapport de M. Rosier, juge des référés,
- et les observations de Me Benveniste avocate de M. A, qui reprend ses écritures en défense et fait notamment valoir l'incohérence des chiffres cités par le préfet de la Loire-Atlantique quant au taux d'occupation des hébergements, sans justificatifs actualisés des chiffres avancés et sans prise en compte de la situation au niveau national.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 27 janvier 2025 à 10h48 et n'a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Région des Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. A du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe, situé 1 place Poincaré, logement 6, chambre 3, à Saint Nazaire (44600).
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 28 janvier 2025, le bureau d'aide juridictionnelle a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont ainsi devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
6. En premier lieu, M. B A, ressortissant guinéen né le 22 décembre 1996, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 29 avril 2023. Il est hébergé dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 1 place Poincaré, logement 6, chambre 3, à Saint Nazaire (44600), et géré par l'association Les Eaux Vives. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 19 mars 2024, notifiée à l'intéressé le 24 avril 2024. Il a été informé de la fin de sa prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 22 mai 2024. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, a été adressée à l'intéressé par le préfet de la Loire-Atlantique le 29 juillet 2024. M. A se maintient ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse. L'intéressé ne conteste pas qu'il ne dispose plus d'aucun droit de se maintenir dans les lieux ni ne se prévaut d'aucune circonstance susceptible de faire obstacle à son expulsion.
7. En second lieu, la libération des lieux par M. A, définitivement débouté de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
8. Toutefois, il ressort de l'instruction qu'une mise à la rue soudaine serait susceptible de dégrader davantage encore l'état de santé de M. A qui souffre d'une déstabilisation psychologique pour laquelle il a un suivi médical. Cette circonstance justifie que lui soit accordé, pour libérer le logement pour demandeur d'asile qu'il occupe indûment, un délai, qui ne saurait toutefois excéder un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. En l'absence de départ volontaire de l'intéressé à l'issue de ce délai, il y a lieu d'autoriser le préfet de la Loire-Atlantique à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. A, les biens meubles qui s'y trouveraient.
Sur les frais d'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A, au titre des frais exposés par elle à l'occasion de la procédure et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions de M. A présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n'y pas lieu de statuer sur la demande d'admission de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à M. A de libérer, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'il occupe situé 1 place Poincaré, logement 6, chambre 3, à Saint Nazaire (44600), et géré par l'association Les Eaux Vives.
Article 3: En l'absence de départ volontaire de M. A dans le délai imparti, le préfet de la Loire-Atlantique pourra faire procéder à son expulsion et à l'évacuation de ses biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls de l'intéressé, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Les conclusions de M. A présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à M. B A et à Me Benveniste.
Copie sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 30 janvier 2025.
Le juge des référés,
P. ROSIER
La greffière,
J. DIONIS
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026