vendredi 7 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2502076 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | LESUEUR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 février 2025, Mme B A, représentée par Me Lesueur, demande au juge des référés :
1°) sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision, " non-formalisée mais révélée par les agissements et déclarations des agents de police et des agents de sécurité, par laquelle le président du tribunal judiciaire de Nantes lui a interdit de pénétrer dans les locaux du tribunal " ;
2°) d'enjoindre au président du tribunal judiciaire de Nantes " de prendre toute mesure garantissant son accès sans restriction aux locaux ouverts au public, notamment en adressant tout ordre, note de service ou instruction non équivoque aux services de police et de sécurité du tribunal ", dans le délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 € par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 € en application de l'article L. 761-1 du code de Justice administrative.
Elle soutient que :
- il est porté une atteinte manifestement grave et illégale à son droit d'aller et de venir ; de cette atteinte découle une atteinte grave et immédiate aux droits de la défense et au droit au recours effectif, n'étant pas assurée de pouvoir pénétrer dans les locaux du tribunal judiciaire de Nantes pour assister à l'audience à laquelle est appelée son affaire le 6 février 2025 ; elle ne peut davantage assister à d'autres audiences, en l'absence de toute justification liée à l'ordre public et en méconnaissance du principe de publicité des débats, garant de l'impartialité de la justice.
- la décision est insuffisamment motivée, est entachée d'un vice de procédure et d'un défaut de base légale ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation : la décision contestée, qui consiste en une interdiction apparemment absolue, n'apparaît ni adaptée, ni proportionnée. En outre, il n'est pas démontré qu'une telle mesure serait nécessaire à la préservation de l'ordre public.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 février 2025, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
A titre principal pour irrecevabilité : il n'appartient qu'à la juridiction judiciaire de connaître d'actions mettant en cause la responsabilité pour faute de l'État du fait du fonctionnement du service public de la justice judiciaire. La décision de ne pas faire entrer Mme A dans l'enceinte du tribunal a été prise par le chef de juridiction à la suite d'incidents ayant troublé les magistrats en charge de leur audience. Par suite, et dès lors qu'une telle décision n'est pas détachable du fonctionnement de l'autorité judiciaire, l'ordre administratif n'est pas compétent pour en connaitre.
A titre subsidiaire, elle sera rejetée au fond :
- sur la situation d'urgence : Mme A ne s'est pas vu interdire le droit d'assister aux audiences la concernant. Elle est d'ailleurs convoquée pour une audience se tenant le 6 février 2025. Par ailleurs, dès lors que la décision dont elle se prévaut lui a été révélée le 16 août 2024 par un agent de police du tribunal et que le greffe a pu régulièrement la convoquer à son audience du 6 février 2025, force est de constater que la décision en cause n'a aucunement pour effet de priver l'intéressée de son droit d'y assister. De plus, si la décision prise à l'égard de cette dernière a pour conséquence de ne pas la laisser assister à d'autres audiences publiques se déroulant au tribunal, l'intéressée n'établit ni même n'allègue qu'une audience autre que celle la concernant se tiendrait dans un délai justifiant de statuer sur la requête dans un délai restreint. Au demeurant, il est acquis que l'urgence ne doit pas être imputable au requérant lui-même. Alors qu'elle a eu connaissance de cette décision le 30 août 2024, la requérante ne saurait se prévaloir d'une urgence à statuer sur sa demande dans un délai restreint quand bien même elle ferait mention d'audiences publiques auxquelles elle souhaiterait assister et se tenant très prochainement ;
- en ce qui concerne l'absence d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale : si Mme A soutient que la décision prise à son égard par le chef de juridiction méconnait son droit au recours effectif, il n'en est rien. Dès lors qu'il lui est tout à fait possible d'entrer au tribunal pour les besoins des procédures juridictionnelles la concernant, une atteinte manifestement illégale à son droit au recours effectif ainsi qu'à sa liberté d'aller et de venir ne saurait être caractérisée sur ce point. Ensuite, la décision par laquelle le chef de juridiction a interdit à Mme A l'accès au tribunal pour assister à des audiences publiques autres que celles la concernant n'est pas de celle relevant d'une atteinte manifestement illégale à une liberté fondamentale. Indéniablement, une telle décision ne saurait méconnaitre son droit au recours effectif dès lors que les audiences auxquelles elles souhaitaient assister ne la concernent pas à titre personnel. Par ailleurs, elle ne saurait être regardée comme portant une atteinte excessive à sa liberté d'aller et de venir dès lors qu'elle vise à assurer le bon déroulé des audiences. Enfin, une telle mesure n'a jamais été consacrée comme liberté fondamentale au sens de la jurisprudence de la juridiction administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 février 2025 à 15h30 :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Lesueur, en présence de Mme A, qui soutient, en réponse à la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la décision contestée relève d'un pouvoir de police générale du président de la juridiction, qui ne se rattache aucunement à des fonctions juridictionnelles. Elle fait valoir par ailleurs, au titre de l'urgence, que si Mme A a pu se rendre ce 6 février 2025 au matin à l'audience la concernant, il lui faut désormais accéder au tribunal pour consulter des rapports éducatifs concernant son fils et, en tout état de cause, pouvoir assister à toute audience de son choix, ce qui lui est utile, dans le cadre de ses activités associatives ou pour son propre compte, afin de garantir son droit au recours effectif.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le président du tribunal judiciaire de Nantes lui a interdit de pénétrer dans les locaux du tribunal et d'enjoindre à ce dernier de lui en laisser le libre-accès.
2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Il n'y a urgence à ordonner la suspension d'une décision administrative que s'il est établi qu'elle préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. En outre, lorsque le requérant fonde son intervention non sur la procédure de suspension régie par l'article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l'article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l'article L. 521-2 soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.
4. Il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas contesté, que Mme A n'est pas empêchée d'assister aux audiences la concernant, pour lesquelles elle a été dûment convoquée par le greffe, ainsi que ce fut le cas ce 6 février 2025 à 10h30 auprès du juge aux affaires familiales. Aucun élément n'est par ailleurs produit pour accréditer l'allégation faite à la barre selon laquelle l'intéressée ne pourrait procéder à la consultation au tribunal des rapports éducatifs relatifs à son fils, dès lors qu'il s'agit d'un dossier la concernant personnellement. Dès lors, et compte-tenu du délai conséquent entre l'intervention de la décision d'exclusion en litige révélée le 16 août 2024 et la saisine du juge des référés le 5 février 2025, la condition d'urgence particulière posée par les dispositions de l'article L 521-2 du code de justice administrative ne saurait être regardée comme étant remplie, Mme A pouvant en tout état de cause, si elle y est fondée, saisir le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du même code, de la légalité de la décision en litige, ou de celle faisant suite à son recours gracieux, dont elle a à la barre informé le tribunal de l'existence.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au ministre d'Etat, garde des Sceaux, ministre de la justice.
Copie en sera adressée au président du tribunal judiciaire de Nantes.
Fait à Nantes, le 7 février 2025.
Le juge des référés, La greffière,
L. BOUCHARDON M-C MINARD
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026