Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2503647

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2503647
TypeOrdonnance

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé, a rejeté les demandes de suspension de refus de visa présentées par M. B et Mme A. Les requérants contestaient le rejet implicite de leur recours contre les décisions de l'ambassade de France à Port-au-Prince refusant la délivrance de visas de long séjour au titre du regroupement familial. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas établie, les requérants n'apportant pas d'éléments suffisants démontrant une atteinte grave et immédiate à leur situation, malgré la situation sécuritaire en Haïti et la séparation familiale alléguée. Les requêtes ont été rejetées sans qu'il soit nécessaire d'examiner l'existence d'un doute sérieux sur la légalité des décisions, sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 26 février 2025 sous le n° 2503645, M. C B, en sa qualité de représentant légal du jeune E B, représenté par Me Griolet, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision du 16 mai 2024 par laquelle l'ambassade de France à Port-au-Prince (Haïti) a refusé de délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France au jeune E B au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision de refus de délivrance de visa se traduit par une séparation prolongée de sa cellule familiale ; son fils est privé de la présence de son père, en totale contradiction avec le principe de l'intérêt supérieur de l'enfant ; la situation sécuritaire qui prévaut en Haïti, et tout particulièrement à Port-au-Prince où réside son fils, se traduit, en pratique, par un risque avéré d'atteinte à son intégrité physique et morale.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

II. Par une requête enregistrée le 24 février 2025 sous le n°2503647, Mme D A, représenté par Me Griolet, demande au juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre la décision du 16 mai 2024 par laquelle l'ambassade de France à Port-au-Prince (Haïti) a refusé de lui délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de huit jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision de refus de délivrance de visa se traduit par une séparation prolongée de sa cellule familiale ; son fils est privé de la présence de son père, en totale contradiction avec le principe de l'intérêt supérieur de l'enfant ; la situation sécuritaire qui prévaut en Haïti, et tout particulièrement à Port-au-Prince où elle réside avec son fils, se traduit, en pratique, par un risque avéré d'atteinte à son intégrité physique et morale.

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes en référé.

Considérant ce qui suit :

1.M. C B et Mme D A demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de la décision, née le 2 novembre 2024, par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions du 16 mai 2024 par lesquelles l'ambassade de France à Port-au-Prince a refusé de délivrer à Mme A et à leur fils allégué, E B, un visa d'entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2503645 et 2503647 concernent les membres d'une même famille, présentent des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même ordonnance.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3.Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l''article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

4. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

5. En l'espèce, pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les décisions du 16 mai 2024 par lesquelles l'ambassade de France à Port-au-Prince a refusé de délivrer un visa d'entrée et de long séjour en France au titre du regroupement familial à Mme A et au jeune E B, les requérants invoquent la durée de séparation de leur cellule familiale et la situation sécuritaire qui prévaut en Haïti, et tout particulièrement à Port-au-Prince où ils résident, et le risque avéré d'atteinte à leur intégrité physique et morale. Toutefois, aucun élément n'est produit au dossier quant à la réalité et à l'intensité de la vie commune après plus de trois ans de mariage. De plus, les intéressés n'établissent pas les répercussions personnelles qu'engendrerait le refus opposé à leur fils ni les difficultés liées à la séparation du couple. Enfin, la seule évocation de la situation sécuritaire qui prévaut en Haïti ne suffit pas à établir les risques auxquels les demandeurs seraient personnellement exposés. Par suite, il résulte de ce qui précède que les circonstances de l'espèce, nonobstant la durée de séparation précitée, ne peuvent être regardées comme démontrant l'existence d'une situation d'urgence préjudiciant de manière suffisamment grave et immédiate aux intérêts des requérants justifiant l'intervention du juge des référés avant l'examen du recours en annulation déposé par les intéressés. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut ainsi être regardée comme remplie en l'espèce. Par conséquent, il y a lieu de rejeter la présente requête, en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et Mme A sont rejetées.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, à Mme D A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Fait à Nantes, le 4 mars 2025.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2503645,