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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2507409

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2507409

vendredi 23 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2507409
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantROULLEAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes, statuant en référé sur la demande du préfet de Maine-et-Loire, ordonne l'expulsion de Mme E et M. D, ainsi que de tous occupants de leur chef, du logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent à Saumur. La solution retenue est fondée sur les articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative. Le juge a considéré que la condition d'urgence était satisfaite, le maintien des intéressés, définitivement déboutés de l'asile depuis plusieurs mois, compromettant le bon fonctionnement du service public d'hébergement. Il a également écarté la contestation sérieuse, le contrat de séjour ayant pris fin avec le rejet de leurs recours par la CNDA, et la situation de vulnérabilité familiale n'étant pas de nature à faire obstacle à la mesure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2025, le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme B E et à M. G D, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer dans un délai de quinze jours le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 17 avenue Jean Mermoz, appartement 17, à Saumur (49400), et géré par l'association ASEA ;

2°) à défaut pour les intéressés de libérer les lieux, de l'autoriser à procéder à leur expulsion par tous moyens légaux, au besoin avec le concours de la force publique ;

3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de Mme E et de M. D, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.

Il soutient que :

- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa requête est recevable au regard de l'article L. 552-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les conditions d'urgence et d'utilité de la mesure sont satisfaites dès lors que le maintien dans un logement pour demandeurs d'asile de Mme E et M. D, définitivement déboutés de l'asile, compromet le bon fonctionnement du service public, alors qu'au 4 mars 2025, 251 demandeurs d'asile étaient en attente d'une place d'hébergement dans le département du Maine-et-Loire ; ils font par ailleurs l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du 5 octobre 2023 dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif du 19 septembre 2024 ;

- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que le contrat de séjour conclu par Mme E et M. D avec le gestionnaire du lieu d'accueil limitait la durée de l'hébergement à l'instruction de leur recours, auprès de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), lesquels ont été rejetés par décisions du 27 mai 2024 et du 3 juin 2024, notifiée les 24 juin 2024 et 4 juillet 2024 et en août 2024 pour leur dernier enfant mineur. S'étant maintenus dans le logement, ils ont été mis en demeure par courrier du 21 janvier 2025 de quitter les lieux dans un délai de quinze jours. Cette mise en demeure est toutefois restée infructueuse jusqu'à ce jour. Par ailleurs, l'administration a convoqué les intéressés le 13 mai 2025 afin de leur proposer une orientation vers le centre de préparation au retour (CPAR), elle ne peut donc être tenue responsable d'une absence de solution d'hébergement à la sortie du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA).

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2025, Mme B E et M. G D, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux des jeunes F D, C D et A D, représentés par Me Roulleau, concluent, à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de quatre mois pour libérer le logement, et en tout état de cause, à ce qu'il soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à leur conseil, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et le condamner aux entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que la famille se trouve dans une situation de particulière vulnérabilité eu égard à la minorité des enfants, leur mise à la rue les placeraient dans une situation de précarité et d'instabilité incompatible avec les besoins des enfants ; par ailleurs, ils sont actuellement en recherche d'un logement ; ils nécessitent ainsi de pouvoir bénéficier d'une période de transition afin de finaliser leur déménagement ;

- elle fait l'objet de contestations sérieuses eu égard à la présence d'enfants mineurs dans le foyer et à l'état de santé fragile de Mme E qui s'est dégradé suite à sa précédente grossesse.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 19 mai 2025, le préfet de Maine-et-Loire conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Il fait valoir que les démarches pro-actives des intéressés viennent en contradiction avec leurs déclarations par lesquelles ils manifestent leur volonté de rester dans le logement et être prêts à attendre la police alors qu'ils occupent indument ledit logement depuis 7 mois. Leur demande d'un délai élargi ne peut être acceptée.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2025.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rosier, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 21 mai 2025 à 9h30 :

- le rapport de M. Rosier, juge des référés,

- les observations de la représentante du préfet de Maine-et-Loire ;

- et les observations de Mme E et de M. D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Le préfet de Maine-et-Loire demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme E et de M. D, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent, situé 17 avenue Jean Mermoz, appartement 17, à Saumur (49400).

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

4. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. En premier lieu, Mme E, ressortissante azerbaïdjanaise née le 9 mai 1992 et M. D, ressortissant azerbaïdjanais né le 18 novembre 1984, déclarent être entrés sur le territoire français le 22 avril 2022. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 17 avenue Jean Mermoz, appartement 17, à Saumur (49400), et géré par l'association ASEA. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 27 mai 2024 et 3 juin 2024, notifiée aux intéressés les 24 juin 2024 et 4 juillet 2024. Ils ont été informés de la fin de leur prise en charge par un courrier de l'office français de l'immigration et de l'intégration en date du 9 janvier 2025. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai de quinze jours, a été adressée aux intéressés par le préfet de Maine-et-Loire le 21 janvier 2025. Mme E et M. D se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.

6. En second lieu, la libération des lieux par les intéressés et leurs enfants, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.

7. Toutefois, eu égard à la présence de trois enfants mineurs dans le foyer, âgés respectivement d'un an, huit ans et neuf ans. Ces circonstances justifient qu'il leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser le préfet de Maine-et-Loire à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de Mme E et de M. D, les biens meubles qui s'y trouveraient.

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme E et de M. D présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme E, à M. D, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 17 avenue Jean Mermoz, appartement 17, à Saumur (49400).

Article 2 : En l'absence de départ volontaire de Mme E et de M. D dans le délai imparti, le préfet de Maine-et-Loire pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.

Article 3 : Les conclusions de Mme E et de M. D présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à Mme B E, à M. G D et à Me Roulleau.

Copie sera en outre adressée au préfet de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 23 mai 2025.

Le juge des référés,

P. ROSIER

La greffière,

A. DIALLOLa République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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