mardi 1 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2508561 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Avocat requérant | GUERIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mai 2025, la préfète de la Mayenne demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à M. F D et à Mme C E, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 16 rue des Lauriers, à l'Huisserie (53970), et géré par l'association France Terre d'Asile Mayenne ;
2°) de l'autoriser à procéder à leur expulsion avec le concours de la force publique ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire du logement afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. D et de Mme E, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés.
Elle soutient que :
- sa requête relève de la compétence de la juridiction administrative, en application de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- sa requête est recevable ;
- les conditions d'urgence et d'utilité sont satisfaites dès lors que le maintien indu dans un logement pour demandeurs d'asile de M. D et de Mme E compromet le bon fonctionnement du service public d'accueil des demandeurs d'asile compte tenu de la saturation des dispositifs d'hébergement, illustrée par le fait qu'en Mayenne, 130 sont en attente d'hébergement et ne peuvent bénéficier du dispositif d'urgence lui-même saturé ; en ce qui concerne la région des Pays de la Loire, 1326 demandeurs d'asile sont en attente d'une place d'hébergement ;
- elle ne fait l'objet d'aucune contestation sérieuse dès lors que M. D et Mme E ont été définitivement déboutés de l'asile par décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) des 4 mars 2024 et 3 février 2023, notifiées aux intéressés les 29 mars 2024 et 15 février 2023, ils ne pouvaient donc plus prétendre au bénéfice de l'hébergement après la période maximale d'un mois expirant le 13 décembre 2023, qui a donné lieu à une décision de sortie en date du 3 août 2023. S'étant maintenus irrégulièrement dans le logement, ils ont été mis en demeure de quitter les lieux dans un délai d'un mois par un courrier du 20 février 2025.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2025, M. F D et Mme C E, représentés par Me Guerin, concluent, à titre principal, au rejet de la requête, et, à titre subsidiaire, à ce qu'il leur soit laissé un délai de douze mois pour libérer le logement et à ce qu'il soit enjoint à la préfète de la Mayenne de leur trouver un hébergement d'urgence pour eux et leur enfant mineur, à ce qu'ils soient admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros HT sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administratif et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- la juridiction administrative est incompétente en l'absence de preuve de l'existence d'un contrat de séjour signé par les intéressés ;
- la requête est partiellement irrecevable en ce qu'il n'appartient pas au juge des référés au titre des mesures utiles d'accorder le concours de la force publique ni de donner des instructions quant au devenir des biens meubles des expulsés ;
- elle fait l'objet d'une contestation sérieuse dès lors que la décision de l'OFII de sortie du lieu d'hébergement n'est pas communiquée et qu'ainsi le préfet ne pouvait les mettre en demeure de quitter les lieux, la compétence du signataire de ladite mise en demeure n'étant pas établie, la production des données Telemofpra sont insuffisantes pour démontrer qu'ils sont définitivement déboutés du droit d'asile et le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation familiale ;
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite dès lors que le préfet ne justifie pas du taux d'occupation du centre d'hébergement concerné et qu'il a lui-même suspendu la procédure d'expulsion contre les intéressés en 2023 ; par ailleurs les circonstances de vulnérabilité des intéressés doivent être mises en balance en ce qu'elles caractérisent une situation exceptionnelle notamment le suivi de la famille pour des problèmes psychologiques qui a conduit à une tentative de suicide de M. D ainsi qu'à la présence d'un enfant né le 1er mars 2019 présentant elle aussi un état de santé très faible, l'ensemble de ces pathologies caractérisant une situation d'extrême vulnérabilité et de grande détresse ; l'enfant ne pourra plus être scolarisé ; l'Etat échoue à démontrer que dans ce contexte il a tenté de trouver une possibilité de relogement alors qu'ils sont sans ressources et sans documents d'identité pour pouvoir effectuer des démarches en ce sens ; eu égard à ce qui précède la mesure méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la mesure demandée n'est pas utile dès lors que le préfet, à qui revient la charge de la preuve, ne justifie pas des besoins d'accueil insatisfaits et le concours de la force publique porte atteinte à la dignité humaine eu égard à la vulnérabilité de la famille :
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2025.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 6 juin 2025 à 9h30 :
- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés,
- et les observations de Me Guerin, avocate de M. D et de Mme E, en la présence de M. D.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La préfète de la Mayenne demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de M. D et de Mme E, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, du logement dédié aux demandeurs d'asile qu'ils occupent situé 16 rue des Lauriers, à l'Huisserie (53970).
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. D ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juin 2025, il n'y a plus lieu de statuer sur son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception d'incompétence partielle opposée en défense :
3. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête, qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ". Aux termes de l'article L. 521-3-1 du même code : " La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-3 n'est pas requise en cas de requête relative à une occupation non autorisée de la zone des cinquante pas géométriques. / ().".
4. Le juge des référés tient de ces dispositions le pouvoir d'ordonner l'expulsion des occupants sans titre du domaine public, il lui appartient néanmoins de rechercher, préalablement, si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence et ne se heurte à aucune contestation sérieuse. Ces constats effectués il lui appartient de conférer force utile à son expulsion en autorisant au besoin l'autorité publique responsable à recourir à la force publique.
5. Par suite, M. D et Mme E ne sont pas fondés à soutenir que le juge administratif des référés est incompétent pour statuer sur la demande de concours de la force publique présentée par le préfet de la Mayenne dans le but de parvenir à l'expulsion des occupants sans titre et d'autoriser le débarras de biens meubles s'y trouvant qui en constitue le corollaire. L'exception d'incompétence partielle opposée en défense doit donc être écartée.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 521-3 du code de justice administrative :
6. Aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen ". Selon l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 ". L'article L. 552-15 dispose : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
7. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées et du point 3 que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
8. En premier lieu, M. D, ressortissant azerbaïdjanais né le 7 mai 1991 et Mme E, ressortissante géorgienne née le 10 juillet 1996, déclarent être entrés irrégulièrement sur le territoire français le 17 janvier 2022. Ils sont hébergés dans un logement dédié aux demandeurs d'asile, situé au 16 rue des Lauriers, à l'Huisserie (53970), et géré par l'association France Terre d'Asile Mayenne. Leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile en date du 4 mars 2024 et 3 février 2023, notifiées aux intéressés les 29 mars 2024 et 15 février 2023. Ils ont été avisés, par un courrier du 13 novembre 2023 de l'OFII qu'il serait mis fin à leur prise en charge à la suite de l'échec des solutions de relogement par les services du 115 en raison de la détresse psychologique de M. D. Une mise en demeure de quitter ce lieu, dans un délai d'un mois, a été adressée aux intéressés par la préfète de la Mayenne le 20 février 2025. M. D et Mme E se maintiennent ainsi dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile, alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées. La mesure sollicitée, malgré l'absence de production du contrat du 23 février 2022 avec France Terre d'Asile, dont l'existence ressort suffisamment des pièces du dossier, ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse.
9. En second lieu, la libération des lieux par M. D et Mme E, définitivement déboutés de l'asile, présente, eu égard aux exigences de bon fonctionnement et de continuité du service public d'accueil et d'hébergement des demandeurs d'asile, ainsi qu'à la situation de tension de ce dispositif, un caractère d'urgence et d'utilité et apparaît comme la seule mesure susceptible de préserver la continuité du service public de l'accueil des demandeurs d'asile.
10. Toutefois, la gravité de l'état de santé de leur fille, A D qui souffre de pathologie cardiaque et nécessite un suivi médical par un spécialiste ainsi que celle de l'état de santé de M. D, qui souffre notamment de la maladie de Kienböck de stade IV de la classification de Lichtman, justifient que leur soit accordé, pour libérer le logement pour demandeurs d'asile qu'ils occupent indûment, un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et, en l'absence de départ volontaire des intéressés à l'issue de ce délai, d'autoriser la préfète de la Mayenne à procéder à l'évacuation forcée des lieux avec le concours de la force publique et à prendre les mesures nécessaires pour faire enlever, aux frais et risques de M. D et de Mme E, les biens meubles qui s'y trouveraient.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. D et de Mme E présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
O R D O N NE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. D et Mme E tendant à leur admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est enjoint à M. D, à Mme E, ainsi qu'à tous occupants de leur chef, de libérer, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile, situé 16 rue des Lauriers, à l'Huisserie (53970).
Article 3: En l'absence de départ volontaire de M. D et de Mme E dans le délai imparti, la préfète de la Mayenne pourra faire procéder à leur expulsion et à l'évacuation de leurs biens, par les moyens légaux de son choix, aux frais, risques et périls des intéressés, au besoin avec le concours de la force publique.
Article 4 : Les conclusions de M. D et de Mme E présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à M. F D, à Mme C E et à Me Guerin.
Copie sera en outre adressée à la préfète de la Mayenne.
Fait à Nantes, le 1er juillet 2025.
Le juge des référés,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026