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Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2510201

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2510201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 juin 2025, M. A... C..., représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 25 avril 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois ;

2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui restituer ses documents de voyage saisis le 16 octobre 2024 ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et L. 761‑1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle est entachée de vices de procédure, dès lors qu’en méconnaissance des dispositions de l’article 6 de l’arrêté du 27 décembre 2016 :
* il n’est pas démontré que l’avis du collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration était régulier et qu’il présentait un caractère complet au regard des éléments de procédure, tels que la tenue d’examens complémentaires ou de la justification de son identité et que les éléments relatifs à la prise en charge de la pathologie dans son pays d’origine et quant à la durée prévisible du traitement ;
* il n’est pas démontré que l’avis a été adopté après une délibération collégiale et non par des avis rendus individuellement à une date différente ;
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d’une erreur de droit en ce que le préfet s’est cru à tort en situation de compétence liée et tenu de suivre l’avis du collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est entachée d’une erreur de fait puisqu’elle désigne la Guinée comme pays de renvoi dans ses motifs ;

S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
- elle est illégale en raison de l’illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.


M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 16 avril 2026.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- l’arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d’établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11 à R. 425‑13, R. 631-2 et R. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :

1.
M. A... C..., ressortissant arménien né en janvier 1975, est entré en France, selon ses déclarations, en décembre 2018, sous couvert d’un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 22 juillet 2020 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Son recours contre la décision de l’Office a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 16 octobre 2020. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d’un titre de séjour en raison de son état de santé. Sa demande a été rejetée par une décision du 25 avril 2025 assortie, en outre, d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, d’une décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et d’une décision lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée de six mois. M. C... demande au tribunal d’annuler les décisions du 25 avril 2025.

Sur le moyen commun tiré de l’incompétence du signataire des décisions attaquées :

2.
Les décisions attaquées ont été signées, pour le préfet et par délégation par Mme B... D..., cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 2 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation de signature au directeur des migrations et de l’intégration à l’effet de signer, notamment, l’ensemble des décisions attaquées. En cas d’absence ou d’empêchement simultanés du directeur des migrations et de l’intégration et de son adjointe, l’article 3 de l’arrêté du 2 janvier 2025 conférait la délégation de signature, dans la limite des attributions respectives de leurs services ou bureaux, à plusieurs agents et agentes dont Mme D..., cheffe du bureau du séjour. Il n’est pas établi que le directeur des migrations et de l’intégration et son adjointe n’auraient pas été absents ou empêchés à la date à laquelle les décisions en litige ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

Sur les autres moyens de la requête :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ». L’article L. 211-5 du même code dispose que : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

4.
La décision attaquée prise notamment au visa des dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et qui reprend par ailleurs les éléments essentiels de la situation personnelle de M. C..., mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait qui la fondent. Dès lors, le préfet, qui n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments qu'il a pris en considération mais uniquement ceux sur lesquels il a entendu fonder sa décision, a suffisamment motivé la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait.

5.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (…) ». Aux termes de l’article R. 425-11 de ce code : « Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis (…) au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l’intéressé (…) ». Aux termes de l’article R. 425-12 du même code : « Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur (…) ». Aux termes de l’article R. 425‑13 de ce code : « Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425‑12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ». Aux termes de l’article 6 de l’arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l’application des dispositions précitées : « Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d’une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L’avis émis à l’issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ».

6.
Le préfet de la Loire-Atlantique produit, à l’appui de ses écritures, l’avis émis par le collège des médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration relatif à l’état de santé du requérant, établi selon le modèle figurant à l’annexe C de l’arrêté du 27 décembre 2016, ainsi que le bordereau de transmission signé pour le directeur général de l’Office français de l'immigration et de l'intégration. Il ressort de ces éléments que l’avis du collège de trois médecins du service médical de l’Office français de l'immigration et de l'intégration a été rendu le 23 décembre 2024 par les trois praticiens, docteurs en médecine, que mentionne cet avis et sur le rapport d’une autre médecin établi le 11 décembre 2024 et transmis au collège de médecins le 12 décembre 2024. Cet avis comporte les mentions « après en avoir délibéré, le collège des médecins de l’OFII émet l’avis suivant » qui établissent, sauf preuve contraire non rapportée, son caractère collégial. En outre, les dispositions de l’article 6 de l’arrêté du 27 décembre 2016 selon lesquelles l’avis mentionne « les éléments de procédure » renvoie, ainsi qu’il résulte du modèle d’avis figurant à l’annexe C de l’arrêté, rendu obligatoire par cet article 6, à l’indication que l’étranger a été, ou non, convoqué par le médecin ou par le collège, à celle que des examens complémentaires ont été, ou non, demandés et à celle que l’étranger a été conduit, ou non, à justifier de son identité. Si l’avis du collège des médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration sur le dossier de M. C... n’indique pas expressément qu’il n’a pas été demandé d’examens complémentaires, cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure. Enfin, il ressort de l’avis émis le 23 décembre 2024 que le collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que si l’état de santé de M. C... nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité, eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier d’un traitement approprié. Ainsi, la circonstance que la case relative à la durée du traitement nécessaire à l’état de santé de M. C... n’a pas été cochée, n’est pas de nature à entacher la procédure d’irrégularité, dès lors que la décision contestée est fondée sur la circonstance que l’intéressé peut bénéficier de soins adaptés dans son pays d’origine. Par suite, l’avis du collège des médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration doit être regardé comme ayant été pris au terme d’une procédure régulière. Ainsi, le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure doit être écarté en toutes ses branches.

7.
En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l’arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique, s’il a repris à son compte les termes de l’avis émis le 23 décembre 2024 par le collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration, se serait estimé lié par cet avis. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur de droit en s’estimant en situation de compétence liée doit être écarté.

8.
En quatrième lieu, pour refuser la délivrance du titre de séjour demandé, le préfet de la Loire‑Atlantique s’est notamment fondé sur l’avis du collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration du 23 décembre 2024, selon lequel l’état de santé de M. C... nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d’une exceptionnelle gravité mais il peut bénéficier dans son pays d’origine d’un traitement approprié.

9.
Il ressort des pièces du dossier que M. C... présente un diabète de type I et diverses complications de cette maladie. Il fait ainsi l’objet d’un traitement par un protocole d’insulines lentes et rapides (insuline dégludec et insuline asparte), ainsi que de traitements par lévothyroxine permettant de traiter une hypothyroïdie résultant d’une thyroïdite de Hashimoto et par atorvastatine et ézétimibe permettant de prévenir la survenue d’accidents vasculaires. Le requérant soutient que ces traitements ne sont pas disponibles dans son pays d’origine et se prévaut d’un certificat médical du 6 juin 2025 déclarant que l’accès à l’insuline « serait restreint en Arménie », et que « le traitement favorisé serait moins efficace ». Toutefois, la liste des médicaments essentiels établie par le centre d’expertise des médicaments et des technologies médicales, organisme créé par le ministère de la santé arménien indique que l’ensemble des molécules prescrites au requérant sont disponibles en Arménie. Enfin, si le requérant soutient également que les capteurs de glycémie ne sont pas disponibles en Arménie, cette circonstance ne ressort d’aucune pièce du dossier. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (…) ».

11. Il ressort des pièces du dossier que si M. C... réside en France depuis six ans et trois mois, il a vécu dans son pays d’origine jusqu’à l’âge de quarante-trois ans. Il est célibataire, sans enfant à charge et n’est pas non plus dépourvu d’attaches familiales en Arménie où résident sa mère et sa sœur. S’il se prévaut de la présence de son frère en France, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il entretiendrait une relation d’une particulière intensité avec lui. En conséquence, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit dès lors être écarté.

12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11 du jugement, le préfet n’a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ».

14. L’obligation de quitter le territoire français prononcée le 25 avril 2025 comporte l’exposé détaillé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation de cette décision doit donc être écarté comme manquant en fait.

15. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l’arrêté du 25 avril 2025 ni des pièces des dossiers que le préfet n’aurait pas procédé à un examen de la situation particulière de M. C... avant d’édicter la décision contestée. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté.

16. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 du présent jugement que M. C... n’est pas fondé à soutenir que l’obligation de quitter le territoire français du 25 avril 2025 serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.

17. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 11 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. La décision attaquée indique que M. C... « ne présente aucun élément justifiant de crainte pour sa vie ou sa sécurité en cas de retour en Guinée ». Toutefois, cette mention de la Guinée doit être regardée comme procédant d’une simple erreur matérielle qui n’a pas exercé d’influence sur le sens de la décision prise, dès lors que par ailleurs, l’arrêté attaqué relève la nationalité arménienne de l’intéressé et indique, dans son dispositif, qu’il pourra être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait entachée d’une erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 17 du présent jugement que M. C... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 25 avril 2025 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois serait illégale en raison de l’illégalité des décisions du même jour portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

20. En deuxième lieu, l’interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l’encontre de M. C... comporte l’exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est donc ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.

21. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ». Enfin, aux termes de l’article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612‑11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ».

22. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que l’autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux.

23. Si M. C... soutient qu’il ne représente pas une menace pour l’ordre public, il ne justifie toutefois pas, ainsi qu’il a été dit au point 11 du présent jugement, de liens intenses et stables en France. Dès lors, le préfet de la Loire-Atlantique, en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant six mois, n’a pas méconnu les dispositions précitées de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ni entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.

24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.









D É C I D E :

Article 1er :
La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et au préfet de la Loire-Atlantique.
Une copie sera adressée pour information à Me Bourgeois.


Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La présidente-rapporteure,






M. Béria-Guillaumie

L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,





S. Gibson-Théry


Le greffier,





P. Vosseler






La République mande et ordonne au le préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,