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Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2510330

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2510330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantARNAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 juin et 18 juillet 2025 et le 20 janvier 2026, Mme B... A..., représentée par Me Arnal, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 16 mai 2025 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d’enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de délivrer le titre de séjour sollicité et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761‑1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen au regard des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; le préfet n’a pas procédé à un examen de sa situation ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle notamment en raison de son état de santé, nécessitant des soins et la présence de sa famille installée en France ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnait les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n’ayant pas vérifié son droit au séjour au regard d’autres dispositions que l’article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment au regard des articles L. 423-23 ou L. 435-1 du code ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour l’entache d’illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.


Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2025, le préfet de Maine‑et‑Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.


Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 20 juin 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Arnal, représentant Mme A....


Considérant ce qui suit :

1.
Mme C... A..., ressortissante malgache née en juillet 1954, est entrée en France le 17 décembre 2023, sous couvert d’un visa de court séjour. Elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d’un titre de séjour mention « vie privée et familiale ». Sa demande a été rejetée par une décision du 16 mai 2025 assortie, en outre, d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d’une décision fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré. Mme A... demande au tribunal d’annuler les décisions du 16 mai 2025.

Sur les moyens communs aux différentes décisions :

2.
En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées pour le préfet et par délégation par M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 18 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l’effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département à l’exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et fixation du délai de départ volontaire. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de ces décisions manque en fait et doit être écarté.

3.
En second lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui (…) restreignent l’exercice des libertés publique ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». En outre, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour (…) ».

4.
Le refus de séjour attaqué vise les stipulations pertinentes de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dont il fait application et fait également état d’éléments concernant la situation personnelle de Mme A.... Il comporte donc l’énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour. Il suit de là que cette décision est suffisamment motivée. En conséquence et conformément à l’article L. 613‑1 précité, il en va de même pour la décision portant obligation de quitter le territoire français. La décision vise également l’article L. 721-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et fait état de ce que l’intéressée n’établissait pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. La décision fixant le pays de destination est ainsi également suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de l’insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

5.
En premier lieu, lorsqu’il est saisi d’une demande de titre de séjour sur le fondement d’une disposition du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ou d’une stipulation d’un accord bilatéral, le préfet n’est pas tenu, en l’absence de dispositions expresses en ce sens, d’examiner d’office si un ressortissant étranger peut prétendre à une autorisation de séjour sur un autre fondement que celui invoqué dans la demande dont il est saisi, même s’il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l’intéressé.

6.
Il ressort des pièces du dossier, notamment de la requête de Mme A..., que celle-ci, qui a uniquement sollicité un titre de séjour mention « vie privée et familiale », pouvait uniquement être regardée comme sollicitant la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, puisqu’elle faisait état de ses liens avec sa fille ainée de nationalité française et de sa dépendance à son égard. Par suite, la requérante n’établissant pas avoir formulé une demande de titre de séjour sur un autre fondement, notamment celui de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le moyen tiré du défaut d’examen au regard des dispositions de cet article doit être écarté comme non fondé.

7.
En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision du 16 mai 2025 ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n’aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de Mme A... avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour.

8. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

9.
Mme A... est présente sur le territoire français depuis le 17 décembre 2023 et n’y séjourne donc que depuis peu, puisqu’elle ne réside en France que depuis un peu plus d’un an à la date de la décision attaquée. Elle se prévaut de la présence en France de ses deux filles et de ses petits‑enfants. Toutefois, s’il ressort des pièces du dossier, notamment des photographies produites par la requérante et de l’attestation de sa fille, qu’elle entretient des relations fréquentes avec ses filles et petits-enfants, il n’est pas établi que sa présence serait indispensable à la prise en charge de ses petits-enfants, alors que la présence de Mme A... est très récente. L’intéressée ne démontre pas avoir lié d’autres attaches sur le territoire français, ni être dépourvue d’attaches dans son pays d’origine où elle a vécu jusqu’à l’âge de soixante-neuf ans. Dans ces conditions, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que la décision contestée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et qu’elle aurait ainsi méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, Mme A... n’est pas davantage fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d’une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 10 du jugement que Mme A... n’est pas fondée à soutenir que l’obligation de quitter le territoire français du 16 mai 2025 serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.

12. En deuxième lieu, l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : « La décision portant obligation de quitter le territoire français (…) est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (…) ». Il ressort de la motivation de l’arrêté attaqué que le préfet de Maine‑et‑Loire a, avant d’obliger Mme A... à quitter le territoire français, examiné la situation de l’intéressée au regard des exigences des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et notamment au regard de sa vie privée et familiale protégée par l’article L. 423-23 du code, la seule circonstance que le préfet n’a pas vérifié son droit au séjour au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il avait été invoqué par la requérante, ne permettant pas d’établir un tel défaut de vérification du droit au séjour.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.








Sur la décision fixant le pays de destination :

14. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.


D É C I D E :


Article 1er :
La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de Maine-et-Loire.
Une copie sera adressée pour information à Me Arnal.


Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.

La présidente-rapporteure,






M. Béria-Guillaumie

L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,





S. Gibson-Théry

Le greffier,



P. Vosseler

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,


Le greffier,