Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2510721
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2510721 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | KADDOURI |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin et 1er décembre 2025, M. D... B..., représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 6 juin 2025 par lesquelles le préfet de la Loire‑Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire‑Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761‑1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
S’agissant des décisions dans leur ensemble :
- il n’est pas établi qu’elles ont été signées par une autorité compétente ;
- elles ne sont pas suffisamment motivées en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions sont entachées d’erreur manifeste d'appréciation ;
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’il n’avait pas à justifier d’un visa de long séjour puisqu’il présentait une demande de renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen dès lors que le préfet n’a pas examiné sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de citoyen européen ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 421‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il ne représente pas une menace à l’ordre public ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour l’entache d’illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire l’entache d’illégalité ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire l’entache d’illégalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2026, le préfet de la Loire‑Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le motif tiré de l’absence de production d’un visa de long séjour faisant obstacle à la délivrance d’une carte de séjour sur le fondement de l’article L. 421‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile peut être neutralisé, le refus de séjour étant fondé sur d’autres motifs ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 26 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de main d'œuvre signée le 1er juin 1963, publiée par le décret n° 63-779 du 27 juillet 1963 ;
- l’accord en matière de séjour et d'emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987, publié par le décret n° 94-203 du 4 mars 1994 ;
- l’accord sous forme d'échange de lettres relatif à la circulation des personnes, signé à Paris le 10 novembre 1983, modifié par l'accord sous forme d'échange de lettres signé à Paris le 25 février 1993 et publié par le décret n° 93-850 du15 juin 1993 ;
- l’accord relatif aux échanges de jeunes professionnels, signé le 24 mai 2001 à Rabat, publié par le décret n° 2001-970 du 19 octobre 2001 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Chatelais substituant Me Kaddouri, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
1.
M. D... B..., ressortissant marocain né en septembre 1986, est entré en France, selon ses déclarations, en janvier 2020. Il a ensuite bénéficié de cartes de séjour temporaires valables du 24 juin 2021 au 31 août 2024. Par une décision du 27 septembre 2023, sa demande de délivrance d’une carte de résident a été refusée. Le 14 août 2024, il a sollicité du préfet de la Loire‑Atlantique le renouvellement de sa carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d’une citoyenne de l’Union européenne, sur le fondement de l’article L. 233‑2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, puis il a sollicité, le 17 octobre 2024, un changement de statut pour obtenir un titre de séjour en qualité de salarié, sur le fondement de l’article L. 421‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 6 juin 2025, assortie en outre d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d’une décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré. M. B... demande au tribunal d’annuler les décisions du 6 juin 2025.
Sur les moyens de légalité externe communs à l’ensemble des décisions :
2.
En premier lieu, l’arrêté du 6 juin 2025 a été signé pour le préfet de la Loire‑Atlantique par Mme A... C..., cheffe du bureau du séjour de la préfecture. Par un arrêté du 2 janvier 2025, publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation de signature au directeur des migrations et de l’intégration à la préfecture à l’effet de signer, au titre du bureau du séjour, « les décisions portant refus de titre de séjour (…) assorties ou non d’une mesure d’obligation de quitter le territoire, d’une décision fixant le pays de renvoi, d’une décision portant sur le délai de retour volontaire avec ou sans mesure de surveillance et d’une décision d’interdiction de retour ». En cas d’absence ou d’empêchement simultanés du directeur des migrations et de l’intégration et de son adjointe, l’article 3 de l’arrêté confiait la délégation ainsi consentie à plusieurs agents « dans les limites des attributions respectives de leurs services ou bureaux », dont Mme A... C..., cheffe du bureau du séjour. La délégation consentie n’est pas conditionnée par l’absence ou l’empêchement du préfet de la Loire-Atlantique lui-même. Par ailleurs, il n’est ni établi ni même soutenu que le directeur des migrations et de l’intégration et son adjointe n’auraient pas été absents ou empêchés. Il suit de là que le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3.
En second lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ». L’article L. 211-5 du même code dispose que : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Par ailleurs, l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) ».
4.
La décision rejetant la demande de titre de séjour de M. B... vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions de l’article L. 421‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet de la Loire‑Atlantique à refuser à M. B... la délivrance d’un titre de séjour. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée au regard des dispositions invoquées du code des relations entre le public et l'administration, comme, en conséquence des dispositions du dernier alinéa de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l’obligation de quitter le territoire français. En outre, en ce qui concerne le délai de départ volontaire de trente jours accordés à M. B..., la décision attaquée, après avoir rappelé les dispositions de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que M. B... ne fait état d’aucune circonstance justifiant qu’un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Enfin, la décision vise notamment les dispositions de l’article L. 612-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et constate qu’il est fait obligation au requérant de quitter le territoire. La décision fixant le pays de renvoi est, dès lors, régulièrement motivée, le préfet n’étant pas tenu de faire état de l’ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l’intéressé. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. B... en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d’exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des décisions du 6 juin 2025 doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
5.
En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ». Selon les trois premiers alinéas de l’article L. 421-3 du même code : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée (…) se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail (…), dans la limite d'un an ».
6. D’une part, aux termes de l’article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ». S’il résulte de ces dispositions que la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire.
7.
Il ressort des pièces du dossier que M. B... a bénéficié d’un titre de séjour valable jusqu’au 31 août 2024, pour lequel il sollicitait son changement de statut, et n’est donc pas soumis à l’obligation de production d’un visa de long séjour tel que prévue par les dispositions susmentionnées de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
8.
D’autre part, aux termes de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" ». Aux termes des dispositions de l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public (…) ».
9.
Lorsque l’administration oppose à un étranger le motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l’étranger en cause. Il n’est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles‑ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
10. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. B..., le préfet de la Loire‑Atlantique s’est également fondé sur la circonstance que sa présence en France représentait une menace à l’ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a fait l’objet, en octobre 2022, d’une condamnation à six mois de prison avec sursis pour des faits de violences habituelles n’ayant pas entraîné d’incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, survenus du 15 avril 2020 au 25 avril 2022. Eu égard à la nature et à la gravité des faits reprochés à M. B... et à leur caractère récent à la date de la décision attaquée, le préfet de la Loire‑Atlantique n’a pas commis d’erreur d’appréciation en estimant que sa présence en France représentait une menace pour l’ordre public ni entaché sa décision d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il résulte de l’instruction que le préfet aurait pris la même décision s’il s’était fondé seulement sur ce motif.
11. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l’arrêté attaqué que le préfet a considéré qu’il ne remplissait plus les conditions pour la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 233‑2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il était séparé de son épouse. Par suite, M. B... n’est pas fondé à soutenir que le préfet n’aurait pas procédé à l’examen de sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de citoyenne européenne.
12. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B... était employé en contrat à durée indéterminée au sein d’une société en qualité de manutentionnaire et bénéficiait d’une autorisation de travail à ce titre à la date de la décision attaquée. En outre, il ressort des pièces du dossier qu’il exerçait ce métier en France de façon continue depuis octobre 2021 et verse, à ce titre, de nombreux bulletins de salaire démontrant qu’il a travaillé en cette qualité au sein d’une autre société du 24 novembre 2021 à octobre 2023 puis d’octobre 2023 à avril 2025 ainsi qu’au mois de juin 2025. Si l’insertion professionnelle en France de M. B... est caractérisée, ainsi que l’a relevé la commission du titre de séjour, il ressort toutefois des pièces du dossier, tel qu’il a été dit au point 10, que l’intéressé a été condamné, en octobre 2022, à une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits de violences habituelles n’ayant pas entraîné d’incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, survenus du 15 avril 2020 au 25 avril 2022. Enfin, il est constant que M. B... est désormais séparé de son épouse de nationalité espagnole et il n’apporte, à l’appui de ses écritures, aucune pièce de nature à établir les liens qu’il entretiendrait avec l’enfant du couple. Par suite, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Loire-Atlantique n’a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B....
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 14 du jugement que M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2025 portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.
16. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait (…) des tribunaux, des autorités administratives (…), l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 que M. B... n’établit pas contribuer à l’entretien et à l’éducation de son enfant et n’apporte même, à l’appui de ses écritures, aucun élément de nature à établir les relations entretenues avec l’enfant du couple. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir que l’intérêt supérieur de son enfant n’aurait pas été suffisamment pris en compte par le préfet de la Loire‑Atlantique.
18. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 que la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 doit donc être écarté en ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français.
19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 et 17 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n’a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B....
Sur la décision fixant le pays de destination :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 4 et 15 à 19 du jugement que M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2025 fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.
21. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du jugement.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été aux points 2 à 4 et 15 à 19 du jugement que M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2025 fixant le délai de départ volontaire serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.
23. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du jugement.
24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er :
La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. D... B... et au préfet de la Loire‑Atlantique.
Une copie sera adressée pour information à Me Kaddouri.
Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La présidente-rapporteure,
M. Béria-Guillaumie
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
S. Gibson-Théry
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne au préfet de la Loire‑Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juin et 1er décembre 2025, M. D... B..., représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 6 juin 2025 par lesquelles le préfet de la Loire‑Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire‑Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois sous astreinte de 200 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761‑1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
S’agissant des décisions dans leur ensemble :
- il n’est pas établi qu’elles ont été signées par une autorité compétente ;
- elles ne sont pas suffisamment motivées en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions sont entachées d’erreur manifeste d'appréciation ;
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’il n’avait pas à justifier d’un visa de long séjour puisqu’il présentait une demande de renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen dès lors que le préfet n’a pas examiné sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de conjoint de citoyen européen ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 421‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il ne représente pas une menace à l’ordre public ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour l’entache d’illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire l’entache d’illégalité ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire l’entache d’illégalité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2026, le préfet de la Loire‑Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le motif tiré de l’absence de production d’un visa de long séjour faisant obstacle à la délivrance d’une carte de séjour sur le fondement de l’article L. 421‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile peut être neutralisé, le refus de séjour étant fondé sur d’autres motifs ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 26 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de main d'œuvre signée le 1er juin 1963, publiée par le décret n° 63-779 du 27 juillet 1963 ;
- l’accord en matière de séjour et d'emploi, fait à Rabat le 9 octobre 1987, publié par le décret n° 94-203 du 4 mars 1994 ;
- l’accord sous forme d'échange de lettres relatif à la circulation des personnes, signé à Paris le 10 novembre 1983, modifié par l'accord sous forme d'échange de lettres signé à Paris le 25 février 1993 et publié par le décret n° 93-850 du15 juin 1993 ;
- l’accord relatif aux échanges de jeunes professionnels, signé le 24 mai 2001 à Rabat, publié par le décret n° 2001-970 du 19 octobre 2001 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Chatelais substituant Me Kaddouri, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
1.
M. D... B..., ressortissant marocain né en septembre 1986, est entré en France, selon ses déclarations, en janvier 2020. Il a ensuite bénéficié de cartes de séjour temporaires valables du 24 juin 2021 au 31 août 2024. Par une décision du 27 septembre 2023, sa demande de délivrance d’une carte de résident a été refusée. Le 14 août 2024, il a sollicité du préfet de la Loire‑Atlantique le renouvellement de sa carte de séjour temporaire en qualité de conjoint d’une citoyenne de l’Union européenne, sur le fondement de l’article L. 233‑2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, puis il a sollicité, le 17 octobre 2024, un changement de statut pour obtenir un titre de séjour en qualité de salarié, sur le fondement de l’article L. 421‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 6 juin 2025, assortie en outre d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d’une décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré. M. B... demande au tribunal d’annuler les décisions du 6 juin 2025.
Sur les moyens de légalité externe communs à l’ensemble des décisions :
2.
En premier lieu, l’arrêté du 6 juin 2025 a été signé pour le préfet de la Loire‑Atlantique par Mme A... C..., cheffe du bureau du séjour de la préfecture. Par un arrêté du 2 janvier 2025, publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation de signature au directeur des migrations et de l’intégration à la préfecture à l’effet de signer, au titre du bureau du séjour, « les décisions portant refus de titre de séjour (…) assorties ou non d’une mesure d’obligation de quitter le territoire, d’une décision fixant le pays de renvoi, d’une décision portant sur le délai de retour volontaire avec ou sans mesure de surveillance et d’une décision d’interdiction de retour ». En cas d’absence ou d’empêchement simultanés du directeur des migrations et de l’intégration et de son adjointe, l’article 3 de l’arrêté confiait la délégation ainsi consentie à plusieurs agents « dans les limites des attributions respectives de leurs services ou bureaux », dont Mme A... C..., cheffe du bureau du séjour. La délégation consentie n’est pas conditionnée par l’absence ou l’empêchement du préfet de la Loire-Atlantique lui-même. Par ailleurs, il n’est ni établi ni même soutenu que le directeur des migrations et de l’intégration et son adjointe n’auraient pas été absents ou empêchés. Il suit de là que le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3.
En second lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ». L’article L. 211-5 du même code dispose que : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Par ailleurs, l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) ».
4.
La décision rejetant la demande de titre de séjour de M. B... vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions de l’article L. 421‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et précise les éléments déterminants qui ont conduit le préfet de la Loire‑Atlantique à refuser à M. B... la délivrance d’un titre de séjour. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée au regard des dispositions invoquées du code des relations entre le public et l'administration, comme, en conséquence des dispositions du dernier alinéa de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l’obligation de quitter le territoire français. En outre, en ce qui concerne le délai de départ volontaire de trente jours accordés à M. B..., la décision attaquée, après avoir rappelé les dispositions de l’article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique que M. B... ne fait état d’aucune circonstance justifiant qu’un délai de départ volontaire supérieur à trente jours lui soit accordé. Enfin, la décision vise notamment les dispositions de l’article L. 612-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et constate qu’il est fait obligation au requérant de quitter le territoire. La décision fixant le pays de renvoi est, dès lors, régulièrement motivée, le préfet n’étant pas tenu de faire état de l’ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l’intéressé. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. B... en mesure de discuter les motifs de ces décisions et le juge d’exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation des décisions du 6 juin 2025 doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
5.
En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ». Selon les trois premiers alinéas de l’article L. 421-3 du même code : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée déterminée (…) se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "travailleur temporaire" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / Elle est délivrée pour une durée identique à celle du contrat de travail (…), dans la limite d'un an ».
6. D’une part, aux termes de l’article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ». S’il résulte de ces dispositions que la première délivrance d'une carte de séjour temporaire est, en principe, sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues par la loi, subordonnée à la production par l'étranger d'un visa d'une durée supérieure à trois mois, il en va différemment pour l'étranger déjà admis à séjourner en France et qui sollicite le renouvellement, même sur un autre fondement, de la carte de séjour temporaire dont il est titulaire.
7.
Il ressort des pièces du dossier que M. B... a bénéficié d’un titre de séjour valable jusqu’au 31 août 2024, pour lequel il sollicitait son changement de statut, et n’est donc pas soumis à l’obligation de production d’un visa de long séjour tel que prévue par les dispositions susmentionnées de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
8.
D’autre part, aux termes de l’article L. 412-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" ». Aux termes des dispositions de l’article L. 432-1 du même code : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public (…) ».
9.
Lorsque l’administration oppose à un étranger le motif tiré de ce que sa présence en France constitue une menace pour l’ordre public pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour, il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu’elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision. La menace pour l’ordre public s’apprécie au regard de l’ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l’étranger en cause. Il n’est donc ni nécessaire, ni suffisant que le demandeur ait fait l’objet de condamnations pénales. L’existence de celles‑ci constitue cependant un élément d’appréciation au même titre que d’autres éléments tels que la nature, l’ancienneté ou la gravité des faits reprochés à la personne ou encore son comportement habituel.
10. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. B..., le préfet de la Loire‑Atlantique s’est également fondé sur la circonstance que sa présence en France représentait une menace à l’ordre public. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a fait l’objet, en octobre 2022, d’une condamnation à six mois de prison avec sursis pour des faits de violences habituelles n’ayant pas entraîné d’incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, survenus du 15 avril 2020 au 25 avril 2022. Eu égard à la nature et à la gravité des faits reprochés à M. B... et à leur caractère récent à la date de la décision attaquée, le préfet de la Loire‑Atlantique n’a pas commis d’erreur d’appréciation en estimant que sa présence en France représentait une menace pour l’ordre public ni entaché sa décision d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il résulte de l’instruction que le préfet aurait pris la même décision s’il s’était fondé seulement sur ce motif.
11. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l’arrêté attaqué que le préfet a considéré qu’il ne remplissait plus les conditions pour la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 233‑2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il était séparé de son épouse. Par suite, M. B... n’est pas fondé à soutenir que le préfet n’aurait pas procédé à l’examen de sa demande de titre de séjour en qualité de conjoint de citoyenne européenne.
12. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
13. Il ressort des pièces du dossier que M. B... était employé en contrat à durée indéterminée au sein d’une société en qualité de manutentionnaire et bénéficiait d’une autorisation de travail à ce titre à la date de la décision attaquée. En outre, il ressort des pièces du dossier qu’il exerçait ce métier en France de façon continue depuis octobre 2021 et verse, à ce titre, de nombreux bulletins de salaire démontrant qu’il a travaillé en cette qualité au sein d’une autre société du 24 novembre 2021 à octobre 2023 puis d’octobre 2023 à avril 2025 ainsi qu’au mois de juin 2025. Si l’insertion professionnelle en France de M. B... est caractérisée, ainsi que l’a relevé la commission du titre de séjour, il ressort toutefois des pièces du dossier, tel qu’il a été dit au point 10, que l’intéressé a été condamné, en octobre 2022, à une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis pour des faits de violences habituelles n’ayant pas entraîné d’incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, survenus du 15 avril 2020 au 25 avril 2022. Enfin, il est constant que M. B... est désormais séparé de son épouse de nationalité espagnole et il n’apporte, à l’appui de ses écritures, aucune pièce de nature à établir les liens qu’il entretiendrait avec l’enfant du couple. Par suite, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
14. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Loire-Atlantique n’a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B....
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 14 du jugement que M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2025 portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.
16. En deuxième lieu, aux termes du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait (…) des tribunaux, des autorités administratives (…), l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».
17. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 que M. B... n’établit pas contribuer à l’entretien et à l’éducation de son enfant et n’apporte même, à l’appui de ses écritures, aucun élément de nature à établir les relations entretenues avec l’enfant du couple. Dès lors, il n’est pas fondé à soutenir que l’intérêt supérieur de son enfant n’aurait pas été suffisamment pris en compte par le préfet de la Loire‑Atlantique.
18. Il résulte de ce qui a été dit au point 13 que la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 doit donc être écarté en ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français.
19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 13 et 17 du jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n’a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B....
Sur la décision fixant le pays de destination :
20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 4 et 15 à 19 du jugement que M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2025 fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.
21. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du jugement.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été aux points 2 à 4 et 15 à 19 du jugement que M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2025 fixant le délai de départ volontaire serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.
23. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 13 du jugement.
24. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er :
La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. D... B... et au préfet de la Loire‑Atlantique.
Une copie sera adressée pour information à Me Kaddouri.
Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La présidente-rapporteure,
M. Béria-Guillaumie
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
S. Gibson-Théry
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne au préfet de la Loire‑Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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