Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2510831
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2510831 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | PRELAUD |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2025 et 7 janvier 2026, M. B... A..., représenté par Me Prelaud, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 5 mai 2025 par lesquelles le préfet de la Loire‑Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire‑Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de trente jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions des articles R. 425‑11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que, d’une part, il n’est pas établi que l’avis du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ait été sollicité et rendu dans des conditions régulières, d’autre part, cet avis aurait dû lui être communiqué dès la notification de l’arrêté en litige ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-11 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet s’étant estimé en compétence liée ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; son traitement n’est pas commercialisé en Côte d’Ivoire ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour l’entache d’illégalité ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 33 de la convention de Genève ;
S’agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée de six mois :
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire l’entache d’illégalité ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- à titre subsidiaire, elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français étant disproportionnée ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen de sa situation ;
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire l’entache d’illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2025, le préfet de la Loire‑Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 30 avril 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992, approuvée par la loi n° 94-543 du 28 juin 1994 et publiée par le décret n° 95-436 du 14 avril 1995 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Béria‑Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Lietavova substituant Me Prelaud, représentant M. A..., en présence de ce dernier.
Une note en délibéré, présentée pour M. A..., a été enregistrée le 11 septembre 2026.
Considérant ce qui suit :
1.
M. B... A..., ressortissant ivoirien né en août 1962, est entré en France le 9 février 2019. Il a bénéficié de titres de séjour en raison de son état de santé jusqu’au 3 janvier 2025. Il a sollicité du préfet de la Loire‑Atlantique le renouvellement de son titre de séjour. Sa demande a été rejetée par une décision du 5 mai 2025, assortie en outre d’une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, d’une décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et d’une décision lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée de six mois. M. A... demande au tribunal d’annuler les décisions du 5 mai 2025.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2.
Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (…) ».
3.
Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. A..., le préfet de la Loire-Atlantique s’est, notamment, fondé sur l’avis émis le 20 janvier 2025 par le collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration aux termes duquel l’état de santé de M. A... nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d’une exceptionnelle gravité mais qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d’origine, il pouvait y bénéficier d’un traitement approprié.
4.
Il ressort des pièces du dossier que M. A... est atteint du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et qu’il suit à ce titre un traitement de trithérapie composé de trois molécules, le bictégravir, l’emtricitabine et le ténofovir alafénamide. Il soutient que ce médicament spécifique n’est pas disponible en Côte d’Ivoire en faisant valoir que, selon un courriel du laboratoire produisant ce médicament, il n’y est pas commercialisé. Par ailleurs, le praticien hospitalier du service des maladies infectieuses du centre hospitalier universitaire de Nantes qui le suit atteste, dans un certificat du 7 juillet 2025, que l’interruption de ce traitement aurait des conséquences d’une exceptionnelle gravité à court terme. Si le préfet fait valoir que la liste des médicaments essentiels commercialisés en Côte d’Ivoire permet de s’assurer qu’un grand nombre d’antiviraux serait disponible dans ce pays, il ne ressort pas des pièces du dossier que le médicament spécifique prescrit au requérant serait disponible en Côte d’Ivoire ou qu’un autre médicament lui serait substituable. Il ressort notamment de la liste des médicaments produite par le préfet que l’une des molécules composant ce médicament, le bictégravir, n’est pas disponible en Côte d’Ivoire. Par suite, M. A... est fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en refusant de lui renouveler le titre de séjour qui lui avait été délivré antérieurement pour des raisons de santé.
5.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation du refus de séjour du 5 mai 2025. L’annulation de cette décision entraine, par voie de conséquence, l’annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office et prononçant à l’encontre de M. A... une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
6.
Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d’un changement de circonstances de droit ou de fait intervenu à la date du présent jugement, que le préfet de la Loire-Atlantique délivre à M. A... une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale » en raison de son état de santé. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de procéder à la délivrance de ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7.
M. A... ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Prelaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er :
Les décisions du 5 mai 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A..., a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office et a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois sont annulées.
Article 2 :
Il est enjoint au préfet de la Loire‑Atlantique de délivrer à M. A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 :
L’Etat versera à Me Prelaud, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Prelaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au préfet de la Loire‑Atlantique et à Me Prelaud.
Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La présidente-rapporteure,
M. Béria-Guillaumie
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
S. Gibson-Théry
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2025 et 7 janvier 2026, M. B... A..., représenté par Me Prelaud, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 5 mai 2025 par lesquelles le préfet de la Loire‑Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire‑Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de trente jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d’un vice de procédure au regard des dispositions des articles R. 425‑11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors que, d’une part, il n’est pas établi que l’avis du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration ait été sollicité et rendu dans des conditions régulières, d’autre part, cet avis aurait dû lui être communiqué dès la notification de l’arrêté en litige ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-11 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet s’étant estimé en compétence liée ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; son traitement n’est pas commercialisé en Côte d’Ivoire ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435‑1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour l’entache d’illégalité ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et 33 de la convention de Genève ;
S’agissant de la décision lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée de six mois :
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire l’entache d’illégalité ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- à titre subsidiaire, elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français étant disproportionnée ;
S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen de sa situation ;
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire l’entache d’illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions de L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2025, le préfet de la Loire‑Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 30 avril 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992, approuvée par la loi n° 94-543 du 28 juin 1994 et publiée par le décret n° 95-436 du 14 avril 1995 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Béria‑Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Lietavova substituant Me Prelaud, représentant M. A..., en présence de ce dernier.
Une note en délibéré, présentée pour M. A..., a été enregistrée le 11 septembre 2026.
Considérant ce qui suit :
1.
M. B... A..., ressortissant ivoirien né en août 1962, est entré en France le 9 février 2019. Il a bénéficié de titres de séjour en raison de son état de santé jusqu’au 3 janvier 2025. Il a sollicité du préfet de la Loire‑Atlantique le renouvellement de son titre de séjour. Sa demande a été rejetée par une décision du 5 mai 2025, assortie en outre d’une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, d’une décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et d’une décision lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée de six mois. M. A... demande au tribunal d’annuler les décisions du 5 mai 2025.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2.
Aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (…) ».
3.
Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de M. A..., le préfet de la Loire-Atlantique s’est, notamment, fondé sur l’avis émis le 20 janvier 2025 par le collège de médecins de l’Office français de l'immigration et de l'intégration aux termes duquel l’état de santé de M. A... nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d’une exceptionnelle gravité mais qu’eu égard à l’offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d’origine, il pouvait y bénéficier d’un traitement approprié.
4.
Il ressort des pièces du dossier que M. A... est atteint du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) et qu’il suit à ce titre un traitement de trithérapie composé de trois molécules, le bictégravir, l’emtricitabine et le ténofovir alafénamide. Il soutient que ce médicament spécifique n’est pas disponible en Côte d’Ivoire en faisant valoir que, selon un courriel du laboratoire produisant ce médicament, il n’y est pas commercialisé. Par ailleurs, le praticien hospitalier du service des maladies infectieuses du centre hospitalier universitaire de Nantes qui le suit atteste, dans un certificat du 7 juillet 2025, que l’interruption de ce traitement aurait des conséquences d’une exceptionnelle gravité à court terme. Si le préfet fait valoir que la liste des médicaments essentiels commercialisés en Côte d’Ivoire permet de s’assurer qu’un grand nombre d’antiviraux serait disponible dans ce pays, il ne ressort pas des pièces du dossier que le médicament spécifique prescrit au requérant serait disponible en Côte d’Ivoire ou qu’un autre médicament lui serait substituable. Il ressort notamment de la liste des médicaments produite par le préfet que l’une des molécules composant ce médicament, le bictégravir, n’est pas disponible en Côte d’Ivoire. Par suite, M. A... est fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique a fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en refusant de lui renouveler le titre de séjour qui lui avait été délivré antérieurement pour des raisons de santé.
5.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. A... est fondé à demander l’annulation du refus de séjour du 5 mai 2025. L’annulation de cette décision entraine, par voie de conséquence, l’annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office et prononçant à l’encontre de M. A... une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
6.
Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, sous réserve d’un changement de circonstances de droit ou de fait intervenu à la date du présent jugement, que le préfet de la Loire-Atlantique délivre à M. A... une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale » en raison de son état de santé. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet de procéder à la délivrance de ce titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il y ait lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7.
M. A... ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Prelaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er :
Les décisions du 5 mai 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A..., a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office et a prononcé, à son encontre, une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois sont annulées.
Article 2 :
Il est enjoint au préfet de la Loire‑Atlantique de délivrer à M. A... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 :
L’Etat versera à Me Prelaud, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Prelaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., au préfet de la Loire‑Atlantique et à Me Prelaud.
Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La présidente-rapporteure,
M. Béria-Guillaumie
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
S. Gibson-Théry
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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