Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2511221

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2511221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2025, Mme C..., représentée par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d’annuler les décisions du 3 juin 2025 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a retiré son attestation de demande d’asile, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d’enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d’asile dans un délai de sept jours et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et L. 761‑1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle n’est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;

S’agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français l’entache d’illégalité ;

S’agissant de la décision fixant le pays de destination :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français l’entache d’illégalité ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

S’agissant de la décision portant retrait de l’attestation de demande d’asile :
- l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français l’entache d’illégalité.


Par des mémoires en défense, enregistrés le 20 février et le 2 mars 2026, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par la requérante n’est fondé.


Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d’aide juridictionnelle du 20 avril 2026.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.



Considérant ce qui suit :


1. Mme A... B..., ressortissante russe née en juin 2003, déclare être entrée en France en décembre 2022, puis pour la dernière fois en mars 2025, avec son époux et leur fille mineure. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 23 novembre 2023 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Sa demande de réexamen a également été rejetée. Par des décisions du 3 juin 2025, le préfet de Maine-et-Loire lui a retiré son attestation de demande d’asile, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d’office lorsque le délai sera expiré. Mme B... demande au tribunal d’annuler les décisions du 3 juin 2025.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) ».

3. La décision obligeant Mme B... à quitter le territoire français mentionne les articles de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sur lesquels elle se fonde. De plus, elle évoque les éléments de fait relatifs à la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».

5. Mme B... déclare être entrée en France, pour la dernière fois, le 29 mars 2025 et réside avec son époux, compatriote, et leur fille, née le 22 janvier 2024. Leur présence en France est donc récente à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ressort de la motivation de la décision du 3 juin 2025 et n’est pas contesté par la requérante que son époux fait également l’objet d’une mesure d’éloignement et que sa fille fait l’objet d’une décision de clôture de sa demande de réexamen par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ainsi, la cellule familiale est susceptible de se reconstituer en Russie, pays dans lequel la requérante a vécu la majeure partie de son existence. Au demeurant, la requérante ne se prévaut d’aucune insertion professionnelle, ni d’avoir développé des liens stables et intenses sur le territoire français. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire, en édictant une mesure d’éloignement à son encontre, n’a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée en méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de Maine-et-Loire n’a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de Mme B....



Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 du jugement que Mme B... n’est pas fondée à soutenir que la décision du 3 juin 2025 portant fixation du délai de départ volontaire serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 du jugement que Mme B... n’est pas fondée à soutenir que la décision du 3 juin 2025 portant fixation du pays de destination serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n’aurait pas procédé à un examen de la situation de la requérante. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants ».

11. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B..., dont la demande d’asile a été rejetée, serait exposée en Russie à des traitements prohibés par les stipulations citées ci-dessus, ni que sa vie ou sa liberté y seraient menacées, ce qui ne saurait être déduit de ses seules allégations succinctes, non étayées de justifications, sur la potentielle mobilisation de son époux dans le contexte de la guerre conduite par la Russie contre l’Ukraine ou de la circonstance qu’elle aurait abandonné la religion musulmane. Par suite, le moyen tiré de la violation de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant retrait de l’attestation de demande d’asile :

12. Il ressort des termes de la décision attaquée que le retrait de l’attestation de demande d’asile est fondé sur les dispositions de l’article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, Mme B... ne saurait utilement invoquer que l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire entacherait d’illégalité la décision portant retrait de l’attestation de demande d’asile.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.




D É C I D E :


Article 1er :
La requête de Mme B... est rejetée.

Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à Mme C... et au préfet de Maine-et-Loire.

Une copie sera adressée pour information à Me Smati.


Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.


La présidente-rapporteure,






M. Béria-Guillaumie
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,





S. Gibson-Théry

Le greffier,




P. Vosseler


La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,