Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2511420
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2511420 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2025, M. B... C..., représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 6 juin 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 75 euros par jour de retard et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ; en outre, l’empêchement du préfet n’est pas établi ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; les plombiers et chauffagistes figurent comme métiers en tension dans la région des Pays de la Loire selon la liste actualisée de l’arrêté du 1er avril 2021 ; il exerce dans un métier en tension depuis plus de cinq ans ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de droit ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et des dispositions de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; il avait joint à sa demande un formulaire de demande d’autorisation de travail rempli par son employeur que le préfet aurait dû transmettre à l’autorité compétente ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ; en outre, l’empêchement du préfet n’est pas établi ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour l’entache d’illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 7 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ; en outre, l’empêchement du préfet n’est pas établi ;
- elle n’est pas suffisamment motivée au regard des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
‑ l’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1.
M. B... C..., ressortissant tunisien né en mai 1998, est entré en France, selon ses déclarations, en janvier 2019. Il a sollicité du préfet de la Loire‑Atlantique la délivrance d’un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l’article 3 de l’accord franco‑tunisien du 17 mars 1988 et son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 6 juin 2025, assortie, en outre, d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, d’une décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et d’une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. M. C... demande au tribunal d’annuler les décisions du 6 juin 2025.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2.
En premier lieu, par un arrêté du 2 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à Mme A... D..., cheffe du bureau du séjour, et signataire des décisions attaquées, une délégation de signature pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d’absence ou d’empêchement simultanés du directeur des migrations et de l’intégration et de son adjointe. D’une part, il n’est ni établi ni même soutenu que le directeur des migrations et de l’intégration et son adjointe n’auraient pas été absents ou empêchés. D’autre part, cette délégation n’est pas subordonnée à l’absence ou l’empêchement du préfet lui-même. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
3.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ». L’article L. 211-5 du même code dispose que : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».
4.
Le refus de titre de séjour attaqué du 6 juin 2025 comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement conformément aux dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision portant refus de titre de séjour n’est pas fondé et doit être écarté.
5.
En troisième lieu, en ce qui concerne les ressortissants tunisiens, l’article 11 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail stipule : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord./ Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l’autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ». L’article 3 du même accord stipule que « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ‘‘salarié’’ ». Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008 stipule, à son point 2.3.3, que « le titre de séjour portant la mention ‘‘salarié’’, prévu par le premier alinéa de l’article 3 de l’accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l’exercice, sur l’ensemble du territoire français, de l’un des métiers énumérés sur la liste figurant à l’Annexe I du présent protocole, sur présentation d’un contrat de travail visé par l’autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l’emploi (…) ».
6.
Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » (…) sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ». Aux termes de l’article L. 435-4 du même code : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l’autorité administrative, l’étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l’article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d’une période de résidence ininterrompue d’au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “travailleur temporaire” ou “salarié” d’une durée d’un an (…). Dans l’exercice de sa faculté d’appréciation, l’autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l’étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l’ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu’aux principes de la République mentionnés à l’article L. 412-7 ».
7.
Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 ni celles de l’article L. 435‑4 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 de cet accord. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit.
8.
Pour contester la décision en litige, M. C... soutient qu’il réside en France depuis janvier 2019, qu’il travaille depuis plus de cinq ans en qualité de plombier et se prévaut de la présence de sa sœur et son cousin sur le territoire français. Toutefois, l’intéressé est célibataire et sans enfant et n’établit pas, en se bornant à produire des attestations d’amis et de collègues, avoir développé de liens suffisamment anciens, intenses et stables en France. S’il invoque la durée de son activité professionnelle en France, il ne justifie que de quelques mois de travail au cours des années 2020 et 2021 et son activité ne lui a procuré que de faibles ressources en 2022. Par suite, le requérant, qui justifie uniquement d’un emploi continu en contrat à durée indéterminée depuis 2023, n’est pas fondé à soutenir qu’en lui refusant la délivrance d’un titre de séjour, le préfet de la Loire‑Atlantique a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’exercice de son pouvoir de régularisation.
9.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié" (...) ». Aux termes de l’article 11 de ce même accord : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord. Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l’autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ». Aux termes de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ».
10. Il résulte des stipulations de l’accord franco-tunisien citées au point 5 que celui-ci renvoie, sur tous les points qu’il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour autant qu’elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l’accord. Les stipulations de l’article 3 de cet accord ne traitent que de la délivrance d’un titre de séjour pour exercer une activité salariée et cet accord ne comporte aucune stipulation relative aux conditions d’entrée sur le territoire français des ressortissants tunisiens. Par conséquent, les dispositions précitées de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui subordonnent de manière générale la délivrance de toute carte de séjour à la production par l'étranger d’un visa de long séjour, sont applicables aux ressortissants tunisiens sollicitant un titre de séjour mention « salarié ».
11. Aux termes de l’article R. 5221-14 du code du travail : « Peut faire l'objet de la demande prévue à l'article R. 5221-11 (…) l'étranger résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour ». Par ailleurs, aux termes de l’article R. 5221-3 du même code : « L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : / (…) 14° Le contrat de travail ou la demande d'autorisation de travail visés par le préfet, dans l'attente de la délivrance des cartes de séjour mentionnées aux 5°, 6°, 7°, 8° et 9°. Pour l'application de l'article R. 5221-17, les modèles de contrat de travail mentionnés au présent article sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'immigration ». Aux termes de l’article R. 5221-11 du même code : « La demande d'autorisation de travail relevant des 5°, 6°,7°, 8°, 9°, 9° bis, 12° et 13° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur (…) ». Et selon l’article R. 5221-15 de ce code : « Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence » Enfin, aux termes de l’article R. 5221-17 du même code : « La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ».
12. Les dispositions précitées du code du travail prévoient que la demande d’autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l’employeur. Le préfet saisi d’une telle demande est tenu de la faire instruire et ne peut refuser l’admission au séjour de l’intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d’autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l’autorité compétente. Toutefois, aucune stipulation de l’accord franco-tunisien ni aucune disposition législative ou réglementaire n’impose au préfet, saisi, comme en l’espèce par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d’un visa de long séjour, d’examiner la demande d’autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu’il soit statué sur la délivrance du titre de séjour.
13. M. C... déclare résider en France depuis janvier 2019 et indique travailler depuis plus de cinq ans en qualité de plombier, sous couvert en dernier lieu d’un contrat à durée indéterminée depuis février 2023. Il ressort cependant des pièces et n’est pas contesté qu’il n'a jamais disposé d'un visa de long séjour. Dès lors, en retenant l'absence d’un tel visa de long séjour, le préfet n'était pas tenu, nonobstant la circonstance que l'intéressé se prévale d'une demande d'autorisation de travail remplie par son employeur potentiel, ni d'examiner sa demande d'autorisation de travail, ni de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail. Ainsi, si l’arrêté attaqué mentionne que « les contrats de travail présentés ne sont pas visés par l’autorité administrative », cette seule circonstance n’est pas de nature à entacher l’arrêté attaqué d’illégalité dès lors que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l’absence de visa long séjour opposé dans la décision attaquée. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet n’aurait pas procédé à l’examen de sa situation personnelle, ni qu’il aurait entaché sa décision d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions précitées.
14. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier l’ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
15. Ainsi qu’il a été dit au point 8 du jugement, M. C... entend se prévaloir de son ancienneté en France depuis janvier 2019, de la présence de sa sœur et d’un cousin en France, sans que l’intensité de leurs liens ne soit établie, ainsi que de la conclusion en février 2023 d’un contrat de travail à durée indéterminée. Il produit également des attestations d’amis et de collègues relatives, notamment, à son intégration en France. Toutefois ces éléments ne permettent pas d’établir qu’il aurait fixé le centre de ses attaches personnelles et familiales en France alors qu’il est célibataire, sans enfant et a vécu jusqu’à ses vingt-et-un ans dans son pays d’origine dans lequel il ne justifie pas être dépourvu d’attaches. Par suite, le préfet de la Loire‑Atlantique n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement.
17. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ». Ainsi qu’il a été dit au point 4 du présent jugement, le refus de séjour du 6 juin 2025 est suffisamment motivé. Dans ces conditions, et en application du second alinéa de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de l’obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
18. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 15 du jugement que M. C... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2025 portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.
19. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 15, le préfet de la Loire-Atlantique n’a ni méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 7 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, ni apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. C....
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois :
20. En premier lieu, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement.
21. En deuxième lieu, l’interdiction de retour sur le territoire français du 6 juin 2025 comporte l’exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.
22. En dernier lieu, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 15 du jugement.
23. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er :
La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de la Loire-Atlantique.
Une copie sera adressée pour information à Me Rodrigues-Devesas.
Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La présidente-rapporteure,
M. Béria-Guillaumie
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
S. Gibson-Théry
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2025, M. B... C..., représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 6 juin 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de six mois ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours sous astreinte de 75 euros par jour de retard et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ; en outre, l’empêchement du préfet n’est pas établi ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; les plombiers et chauffagistes figurent comme métiers en tension dans la région des Pays de la Loire selon la liste actualisée de l’arrêté du 1er avril 2021 ; il exerce dans un métier en tension depuis plus de cinq ans ;
- elle n’a pas été précédée de l’examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d’une erreur de droit ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et des dispositions de l’article L. 421-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ; il avait joint à sa demande un formulaire de demande d’autorisation de travail rempli par son employeur que le préfet aurait dû transmettre à l’autorité compétente ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ; en outre, l’empêchement du préfet n’est pas établi ;
- elle n’est pas suffisamment motivée ;
- l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour l’entache d’illégalité ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’article 7 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S’agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois :
- il n’est pas établi qu’elle a été signée par une autorité compétente ; en outre, l’empêchement du préfet n’est pas établi ;
- elle n’est pas suffisamment motivée au regard des dispositions de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu’aucun des moyens soulevés par le requérant n’est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
‑ l’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1.
M. B... C..., ressortissant tunisien né en mai 1998, est entré en France, selon ses déclarations, en janvier 2019. Il a sollicité du préfet de la Loire‑Atlantique la délivrance d’un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l’article 3 de l’accord franco‑tunisien du 17 mars 1988 et son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Sa demande a été rejetée par une décision du 6 juin 2025, assortie, en outre, d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, d’une décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d’office lorsque le délai sera expiré et d’une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois. M. C... demande au tribunal d’annuler les décisions du 6 juin 2025.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2.
En premier lieu, par un arrêté du 2 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé à Mme A... D..., cheffe du bureau du séjour, et signataire des décisions attaquées, une délégation de signature pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figurent les décisions attaquées, en cas d’absence ou d’empêchement simultanés du directeur des migrations et de l’intégration et de son adjointe. D’une part, il n’est ni établi ni même soutenu que le directeur des migrations et de l’intégration et son adjointe n’auraient pas été absents ou empêchés. D’autre part, cette délégation n’est pas subordonnée à l’absence ou l’empêchement du préfet lui-même. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
3.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ». L’article L. 211-5 du même code dispose que : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».
4.
Le refus de titre de séjour attaqué du 6 juin 2025 comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement conformément aux dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision portant refus de titre de séjour n’est pas fondé et doit être écarté.
5.
En troisième lieu, en ce qui concerne les ressortissants tunisiens, l’article 11 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail stipule : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord./ Chaque État délivre notamment aux ressortissants de l’autre État tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ». L’article 3 du même accord stipule que « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention ‘‘salarié’’ ». Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne, signé le 28 avril 2008 stipule, à son point 2.3.3, que « le titre de séjour portant la mention ‘‘salarié’’, prévu par le premier alinéa de l’article 3 de l’accord du 17 mars 1988 modifié est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l’exercice, sur l’ensemble du territoire français, de l’un des métiers énumérés sur la liste figurant à l’Annexe I du présent protocole, sur présentation d’un contrat de travail visé par l’autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l’emploi (…) ».
6.
Aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger dont l’admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu’il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié » (…) sans que soit opposable la condition prévue à l’article L. 412-1 (…) ». Aux termes de l’article L. 435-4 du même code : « A titre exceptionnel, et sans que les conditions définies au présent article soient opposables à l’autorité administrative, l’étranger qui a exercé une activité professionnelle salariée figurant dans la liste des métiers et zones géographiques caractérisés par des difficultés de recrutement définie à l’article L. 414-13 durant au moins douze mois, consécutifs ou non, au cours des vingt-quatre derniers mois, qui occupe un emploi relevant de ces métiers et zones et qui justifie d’une période de résidence ininterrompue d’au moins trois années en France peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention “travailleur temporaire” ou “salarié” d’une durée d’un an (…). Dans l’exercice de sa faculté d’appréciation, l’autorité compétente prend en compte, outre la réalité et la nature des activités professionnelles de l’étranger, son insertion sociale et familiale, son respect de l’ordre public, son intégration à la société française et son adhésion aux modes de vie et aux valeurs de celle-ci ainsi qu’aux principes de la République mentionnés à l’article L. 412-7 ».
7.
Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l’article L. 435-1 n’institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d’une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d’une activité salariée. Dès lors que l’article 3 de l’accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d’une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d’une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l’article L. 435-1 ni celles de l’article L. 435‑4 à l’appui d’une demande d’admission au séjour sur le territoire national, s’agissant d’un point déjà traité par l’accord franco-tunisien, au sens de l’article 11 de cet accord. Toutefois, si l’accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d’admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n’interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l’ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit.
8.
Pour contester la décision en litige, M. C... soutient qu’il réside en France depuis janvier 2019, qu’il travaille depuis plus de cinq ans en qualité de plombier et se prévaut de la présence de sa sœur et son cousin sur le territoire français. Toutefois, l’intéressé est célibataire et sans enfant et n’établit pas, en se bornant à produire des attestations d’amis et de collègues, avoir développé de liens suffisamment anciens, intenses et stables en France. S’il invoque la durée de son activité professionnelle en France, il ne justifie que de quelques mois de travail au cours des années 2020 et 2021 et son activité ne lui a procuré que de faibles ressources en 2022. Par suite, le requérant, qui justifie uniquement d’un emploi continu en contrat à durée indéterminée depuis 2023, n’est pas fondé à soutenir qu’en lui refusant la délivrance d’un titre de séjour, le préfet de la Loire‑Atlantique a entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’exercice de son pouvoir de régularisation.
9.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié" (...) ». Aux termes de l’article 11 de ce même accord : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l’application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l’Accord. Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l’autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ». Aux termes de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ».
10. Il résulte des stipulations de l’accord franco-tunisien citées au point 5 que celui-ci renvoie, sur tous les points qu’il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, pour autant qu’elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l’accord. Les stipulations de l’article 3 de cet accord ne traitent que de la délivrance d’un titre de séjour pour exercer une activité salariée et cet accord ne comporte aucune stipulation relative aux conditions d’entrée sur le territoire français des ressortissants tunisiens. Par conséquent, les dispositions précitées de l’article L. 412-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui subordonnent de manière générale la délivrance de toute carte de séjour à la production par l'étranger d’un visa de long séjour, sont applicables aux ressortissants tunisiens sollicitant un titre de séjour mention « salarié ».
11. Aux termes de l’article R. 5221-14 du code du travail : « Peut faire l'objet de la demande prévue à l'article R. 5221-11 (…) l'étranger résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour ». Par ailleurs, aux termes de l’article R. 5221-3 du même code : « L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : / (…) 14° Le contrat de travail ou la demande d'autorisation de travail visés par le préfet, dans l'attente de la délivrance des cartes de séjour mentionnées aux 5°, 6°, 7°, 8° et 9°. Pour l'application de l'article R. 5221-17, les modèles de contrat de travail mentionnés au présent article sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'immigration ». Aux termes de l’article R. 5221-11 du même code : « La demande d'autorisation de travail relevant des 5°, 6°,7°, 8°, 9°, 9° bis, 12° et 13° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur (…) ». Et selon l’article R. 5221-15 de ce code : « Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence » Enfin, aux termes de l’article R. 5221-17 du même code : « La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger ».
12. Les dispositions précitées du code du travail prévoient que la demande d’autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l’employeur. Le préfet saisi d’une telle demande est tenu de la faire instruire et ne peut refuser l’admission au séjour de l’intéressé au motif que ce dernier ne produit pas d’autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l’autorité compétente. Toutefois, aucune stipulation de l’accord franco-tunisien ni aucune disposition législative ou réglementaire n’impose au préfet, saisi, comme en l’espèce par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d’un visa de long séjour, d’examiner la demande d’autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu’il soit statué sur la délivrance du titre de séjour.
13. M. C... déclare résider en France depuis janvier 2019 et indique travailler depuis plus de cinq ans en qualité de plombier, sous couvert en dernier lieu d’un contrat à durée indéterminée depuis février 2023. Il ressort cependant des pièces et n’est pas contesté qu’il n'a jamais disposé d'un visa de long séjour. Dès lors, en retenant l'absence d’un tel visa de long séjour, le préfet n'était pas tenu, nonobstant la circonstance que l'intéressé se prévale d'une demande d'autorisation de travail remplie par son employeur potentiel, ni d'examiner sa demande d'autorisation de travail, ni de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail. Ainsi, si l’arrêté attaqué mentionne que « les contrats de travail présentés ne sont pas visés par l’autorité administrative », cette seule circonstance n’est pas de nature à entacher l’arrêté attaqué d’illégalité dès lors que le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l’absence de visa long séjour opposé dans la décision attaquée. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que le préfet n’aurait pas procédé à l’examen de sa situation personnelle, ni qu’il aurait entaché sa décision d’une erreur de droit et d’une erreur d’appréciation au regard des dispositions précitées.
14. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier l’ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
15. Ainsi qu’il a été dit au point 8 du jugement, M. C... entend se prévaloir de son ancienneté en France depuis janvier 2019, de la présence de sa sœur et d’un cousin en France, sans que l’intensité de leurs liens ne soit établie, ainsi que de la conclusion en février 2023 d’un contrat de travail à durée indéterminée. Il produit également des attestations d’amis et de collègues relatives, notamment, à son intégration en France. Toutefois ces éléments ne permettent pas d’établir qu’il aurait fixé le centre de ses attaches personnelles et familiales en France alors qu’il est célibataire, sans enfant et a vécu jusqu’à ses vingt-et-un ans dans son pays d’origine dans lequel il ne justifie pas être dépourvu d’attaches. Par suite, le préfet de la Loire‑Atlantique n’a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
16. En premier lieu, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement.
17. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ». Ainsi qu’il a été dit au point 4 du présent jugement, le refus de séjour du 6 juin 2025 est suffisamment motivé. Dans ces conditions, et en application du second alinéa de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de l’obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
18. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 15 du jugement que M. C... n’est pas fondé à soutenir que la décision du 6 juin 2025 portant obligation de quitter le territoire français serait illégale en raison de l’illégalité de la décision du même jour portant refus de séjour.
19. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 15, le préfet de la Loire-Atlantique n’a ni méconnu l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et l’article 7 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, ni apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. C....
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de six mois :
20. En premier lieu, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 2 du présent jugement.
21. En deuxième lieu, l’interdiction de retour sur le territoire français du 6 juin 2025 comporte l’exposé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est ainsi suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.
22. En dernier lieu, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 15 du jugement.
23. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er :
La requête de M. C... est rejetée.
Article 2 :
Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de la Loire-Atlantique.
Une copie sera adressée pour information à Me Rodrigues-Devesas.
Délibéré après l’audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La présidente-rapporteure,
M. Béria-Guillaumie
L’assesseure la plus ancienne
dans l’ordre du tableau,
S. Gibson-Théry
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Décisions similaires
TA95Excès de pouvoir
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2600300
01/10/2026
TA78Excès de pouvoir
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2612179
01/10/2026
TA78Excès de pouvoir
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2604311
01/10/2026
TA78Excès de pouvoir
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2603832
01/10/2026