Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2511484
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2511484 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | LE ROY |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 3 juillet 2025, le 6 février 2026 et le 21 avril 2026, M. A... B..., représenté par Me Le Roy, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 24 février 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de le munir d’une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
• la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
• la décision est entachée d’un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ; si le préfet considérait qu’il n’avait pas justifié de la nature des liens avec sa famille dans son pays d’origine, il lui appartenait d’inviter à produire des éléments en ce sens ;
• la décision est entachée d’erreur de droit dans l’application des dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s’agissant de la nature des liens avec la famille restée dans son pays d’origine ; le fait d’être isolé dans son pays d’origine n’est pas un critère légal ; il appartenait au préfet d’apprécier s’il avait conservé des liens avec la famille et l’intensité de ces liens ;
• le préfet a également commis une erreur dans l’appréciation de la nature des liens avec la famille restée dans le pays d’origine ; sa structure d’accueil confirme qu’il n’a pas de contact avec sa famille ;
• la décision méconnait les dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a notamment commis une erreur d'appréciation quant au sérieux de ses études, au regard des conditions de son parcours de scolarisation en France alors qu’il n’a pas été scolarisé dans une classe pour élèves allophones ; ses absences n’étaient pas nombreuses et pour la plupart justifiées par son état de santé ;
• la décision méconnait les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
• la décision est entachée d’erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
• la décision méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
• la décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
• la décision est entachée d’erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d’éloignement :
• la décision est insuffisamment motivée ;
• le préfet n’a pas apprécié la possibilité de risques encourus en cas de retour dans son pays d’origine, conformément aux dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. B....
Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l’heure de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- les observations de Me Le Roy, représentant M. B...,
- et les observations de M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant égyptien né en mars 2006, est entré en France en février 2022 et a été confié au service de l’aide sociale à l’enfance du département de Loire‑Atlantique. A sa majorité, il a demandé la délivrance d’un titre de séjour. Par une décision du 24 février 2025, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation des décisions du 24 février 2025.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ».
3. Il est constant que M. B... a été confié aux services de l’aide sociale à l’enfance au début de l’année 2022 avant son seizième anniversaire. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l’attestation rédigée par sa structure d’accueil, qu’il n’entretient pas ou peu de liens avec sa famille demeurée dans son pays d’origine, ses accompagnants relevant n’avoir constaté, depuis son arrivée en juillet 2022, « aucun contact régulier, suivi ou entretenu avec des membres de sa famille. Aucun échange stable ou maintien de lien familial n’a été observé dans le cadre de son accompagnement éducatif ». Il ressort, en revanche, des constatations opérées par la structure d’accompagnement que le jeune homme a développé un large réseau amical à Nantes et à Chateaubriant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B... a été scolarisé dans un premier temps dans une classe relevant d’une mission de lutte contre le décrochage scolaire, puis à compter de septembre 2023, dans un lycée polyvalent de Chateaubriant pour y préparer, en deux années, un certificat d’aptitude professionnel (CAP) en cuisine. S’il ressort des pièces du dossier que l’intéressé, au demeurant non francophone lors de son arrivée en France, a rencontré des difficultés et ne s’est pas, dans un premier temps, suffisamment impliqué dans ses études, il n’en demeure pas moins que l’intéressé a validé chacune de ses années de CAP, avec des notes certes passables en 2023-2024 (10,67, 9,87 et 10,09), mais seulement très légèrement en dessous de la moyenne de la classe. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le jeune homme a validé son CAP à la session 2025 avec une moyenne générale de 11,23 sur 20 et une moyenne aux épreuves professionnelles de 12,50 sur 20. Si cette circonstance est postérieure au refus de séjour contesté, elle n’en révèle pas moins les efforts accomplis antérieurement, notamment au cours de l’année scolaire 2024-2025. Il ressort en effet des attestations de la structure d’accueil et de professeurs de M. B... que celui-ci a gagné en maturité et après avoir fait le point avec ses enseignants, a affiché des progrès encourageants, menant ultérieurement à sa réussite à l’examen. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a effectué plusieurs stages en cuisine dans un restaurant de Chateaubriant, notamment antérieurement à la décision contestée, du 23 septembre au 19 octobre 2024, stage au cours duquel il a donné toute satisfaction, son employeur le qualifiant d’« atout majeur en cuisine ». Dans ces conditions, M. B... est fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu les dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 24 février 2025 refusant de lui délivrer un titre de séjour. L’annulation de cette décision entraine, par voie de conséquence, l’annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office et interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
5. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement qu’il soit enjoint, dans un délai qu’il y a lieu de fixer à deux mois, au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B... une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale ». Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Le Roy, avocate de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à cette dernière de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 24 février 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. B... un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B..., dans un délai de deux mois, une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale ».
Article 3 : L’Etat versera à Me Le Roy, avocate de M. B... la somme de 1 200 euros dans les conditions prévues par les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Le Roy et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La présidente-rapporteure,
M. Béria-Guillaumie
L’assesseure le plus ancienne dans l’ordre du tableau,
S. Gibson-Théry
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés le 3 juillet 2025, le 6 février 2026 et le 21 avril 2026, M. A... B..., représenté par Me Le Roy, demande au tribunal :
1°) d’annuler les décisions du 24 février 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de le munir d’une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocate en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
• la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
• la décision est entachée d’un vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l’article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ; si le préfet considérait qu’il n’avait pas justifié de la nature des liens avec sa famille dans son pays d’origine, il lui appartenait d’inviter à produire des éléments en ce sens ;
• la décision est entachée d’erreur de droit dans l’application des dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s’agissant de la nature des liens avec la famille restée dans son pays d’origine ; le fait d’être isolé dans son pays d’origine n’est pas un critère légal ; il appartenait au préfet d’apprécier s’il avait conservé des liens avec la famille et l’intensité de ces liens ;
• le préfet a également commis une erreur dans l’appréciation de la nature des liens avec la famille restée dans le pays d’origine ; sa structure d’accueil confirme qu’il n’a pas de contact avec sa famille ;
• la décision méconnait les dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet a notamment commis une erreur d'appréciation quant au sérieux de ses études, au regard des conditions de son parcours de scolarisation en France alors qu’il n’a pas été scolarisé dans une classe pour élèves allophones ; ses absences n’étaient pas nombreuses et pour la plupart justifiées par son état de santé ;
• la décision méconnait les dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
• la décision est entachée d’erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
• la décision méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :
• la décision est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
• la décision est entachée d’erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d’éloignement :
• la décision est insuffisamment motivée ;
• le préfet n’a pas apprécié la possibilité de risques encourus en cas de retour dans son pays d’origine, conformément aux dispositions de l’article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2026, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. B....
Il soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l’heure de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- les observations de Me Le Roy, représentant M. B...,
- et les observations de M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. A... B..., ressortissant égyptien né en mars 2006, est entré en France en février 2022 et a été confié au service de l’aide sociale à l’enfance du département de Loire‑Atlantique. A sa majorité, il a demandé la délivrance d’un titre de séjour. Par une décision du 24 février 2025, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation des décisions du 24 février 2025.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ».
3. Il est constant que M. B... a été confié aux services de l’aide sociale à l’enfance au début de l’année 2022 avant son seizième anniversaire. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l’attestation rédigée par sa structure d’accueil, qu’il n’entretient pas ou peu de liens avec sa famille demeurée dans son pays d’origine, ses accompagnants relevant n’avoir constaté, depuis son arrivée en juillet 2022, « aucun contact régulier, suivi ou entretenu avec des membres de sa famille. Aucun échange stable ou maintien de lien familial n’a été observé dans le cadre de son accompagnement éducatif ». Il ressort, en revanche, des constatations opérées par la structure d’accompagnement que le jeune homme a développé un large réseau amical à Nantes et à Chateaubriant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. B... a été scolarisé dans un premier temps dans une classe relevant d’une mission de lutte contre le décrochage scolaire, puis à compter de septembre 2023, dans un lycée polyvalent de Chateaubriant pour y préparer, en deux années, un certificat d’aptitude professionnel (CAP) en cuisine. S’il ressort des pièces du dossier que l’intéressé, au demeurant non francophone lors de son arrivée en France, a rencontré des difficultés et ne s’est pas, dans un premier temps, suffisamment impliqué dans ses études, il n’en demeure pas moins que l’intéressé a validé chacune de ses années de CAP, avec des notes certes passables en 2023-2024 (10,67, 9,87 et 10,09), mais seulement très légèrement en dessous de la moyenne de la classe. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le jeune homme a validé son CAP à la session 2025 avec une moyenne générale de 11,23 sur 20 et une moyenne aux épreuves professionnelles de 12,50 sur 20. Si cette circonstance est postérieure au refus de séjour contesté, elle n’en révèle pas moins les efforts accomplis antérieurement, notamment au cours de l’année scolaire 2024-2025. Il ressort en effet des attestations de la structure d’accueil et de professeurs de M. B... que celui-ci a gagné en maturité et après avoir fait le point avec ses enseignants, a affiché des progrès encourageants, menant ultérieurement à sa réussite à l’examen. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a effectué plusieurs stages en cuisine dans un restaurant de Chateaubriant, notamment antérieurement à la décision contestée, du 23 septembre au 19 octobre 2024, stage au cours duquel il a donné toute satisfaction, son employeur le qualifiant d’« atout majeur en cuisine ». Dans ces conditions, M. B... est fondé à soutenir qu’en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique a méconnu les dispositions de l’article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 24 février 2025 refusant de lui délivrer un titre de séjour. L’annulation de cette décision entraine, par voie de conséquence, l’annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office et interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
5. Eu égard au motif d’annulation retenu, l’exécution du présent jugement implique nécessairement qu’il soit enjoint, dans un délai qu’il y a lieu de fixer à deux mois, au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B... une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale ». Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. M. B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Le Roy, avocate de M. B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à cette dernière de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 24 février 2025 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. B... un titre de séjour, a assorti ce refus d’une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d’office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de six mois sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B..., dans un délai de deux mois, une carte de séjour temporaire mention « vie privée et familiale ».
Article 3 : L’Etat versera à Me Le Roy, avocate de M. B... la somme de 1 200 euros dans les conditions prévues par les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Le Roy et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 10 septembre 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
Mme Gibson-Théry, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2026.
La présidente-rapporteure,
M. Béria-Guillaumie
L’assesseure le plus ancienne dans l’ordre du tableau,
S. Gibson-Théry
Le greffier,
P. Vosseler
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
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