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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2523094

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2523094

mercredi 31 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2523094
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantAH-FAH

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Nantes rejette la requête en référé liberté de M. C... A..., réfugié soudanais titulaire d’une carte de résident, qui demandait, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, qu’il soit enjoint à l’ambassade de France à Kampala de lui délivrer un visa de retour. Le juge des référés estime que la condition d’urgence n’est pas remplie, rappelant que, sauf circonstances particulières, le refus de délivrance d’un visa ne constitue pas une situation d’urgence justifiant une intervention sous 48 heures. En conséquence, la requête est rejetée sans qu’il soit besoin d’examiner l’atteinte aux libertés fondamentales invoquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 décembre 2025, M. B... C... A..., représenté par Me Ah-Fah, demande au juge des référés :

1°) d’enjoindre, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, à l’ambassade de France à Kampala de lui délivrer un visa de retour ou un laissez-passer, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée qui fait obstacle à ce qu’il regagne le territoire français sur lequel il dispose d’un droit au séjour en qualité de réfugié, d’une part le contraint à rester en Ouganda où il se trouve dans une situation de détresse vitale, en l’absence de ressources et d’accès à une alimentation suffisante et aux soins, et d’autre part, l’expose à une procédure d’expulsion du logement dont il est locataire en France et l’empêche d’exercer ses droits en justice dans le cadre d’une procédure pour laquelle il est convoqué le 2 décembre 2025 ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale :
- en s’abstenant de lui délivrer le visa de retour sollicité le 26 août 2025 et en faisant preuve d’un manque de diligence manifeste depuis plusieurs mois, alors qu’il est titulaire d’une carte de résident délivrée au regard de son statut de réfugié et valable jusqu’en 2029, l’autorité consulaire a porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit d’asile ;
- en le contraignant à rester en Ouganda, pays dans lequel dépourvu de documents officiels et de ressources il fait face à un dénuement total, et alors que son statut de réfugié témoigne d’une vulnérabilité particulière, l’absence de réponse de l’administration caractérise un traitement inhumain et dégradant proscrit par l’article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à sa dignité humaine.


Vu les pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme le Lay, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

M. C... A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre à l’autorité consulaire française à Kampala de lui délivrer un visa de retour ou un laissez-passer.

Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». En vertu de l’article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l’heure de l'audience publique (...) ». L’article L. 522-3 du même code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ». Enfin aux termes du premier alinéa de l’article R. 522-1 de ce code : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire. »

Lorsque le requérant fonde son intervention non sur la procédure de suspension régie par l’article L. 521-1 du code de justice administrative mais sur la procédure de protection particulière instituée par l’article L. 521-2 de ce code, il lui appartient de justifier de circonstances caractérisant une situation d’urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par l’article L. 521-2 soient remplies, qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. Sauf circonstances particulières, le refus des autorités consulaires de délivrer un visa d’entrée en France ne constitue pas une situation d’urgence caractérisée rendant nécessaire l’intervention dans les quarante-huit heures du juge des référés.

Il résulte de l’instruction que M. C... A..., réfugié soudanais titulaire d’une carte de résident valable jusqu’en avril 2029, s’est rendu en Ouganda à la fin du mois de juin 2025 pour un séjour touristique d’une durée de deux mois. Il soutient s’être fait dérober l’ensemble de ses documents d’identité le 30 juin 2025 et en avoir aussitôt informé l’autorité consulaire française à Kampala. Un récépissé d’enregistrement par le système France-Visas de sa demande de visa de retour lui a été délivré le 26 août 2025. Le 18 décembre 2025, il a adressé à l’autorité consulaire française à Kampala un recours gracieux et une demande de communication des motifs de la décision implicite de refus née du silence gardé sur sa demande de visa. Le 20 décembre 2025, il a formé un recours devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France. Afin de justifier d’une situation d’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, M. C... A... soutient que faute de pouvoir regagner le territoire français où il s’est vu reconnaitre le statut de réfugié, il se trouve dans une situation de dénuement et de grande détresse en Ouganda. Il se borne, toutefois, à produire au soutien de ses allégations deux traductions de courriels adressés à son avocat, le premier rédigé par lui-même et le second par un ressortissant soudanais qui l’hébergerait depuis le vol dont il déclare avoir été victime. Il n’apporte aucun justificatif précis sur sa situation en Ouganda, pays dans lequel il était parti pour un séjour touristique de deux mois et dans lequel il se trouve désormais depuis six mois. S’il se prévaut, en outre, d’une procédure devant le tribunal correctionnel de Nantes, dans le cadre de laquelle il devait être entendu en qualité de victime, il résulte de l’instruction que l’audience à laquelle il était convoquée était fixée au 2 décembre 2025, soit antérieurement au dépôt de la présente requête. S’il justifie, par ailleurs, être débiteur en France de plusieurs impayés de loyer susceptibles de justifier la mise en œuvre d’une procédure d’expulsion, il ne résulte pas de l’instruction que cette situation justifierait à elle seule l’intervention à très bref délai d’une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Enfin, M. C... A... a également formé un recours sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative qui a été inscrit au rôle de l’audience du 7 janvier 2026. Dans ces conditions, M. C... A... ne peut être regardé comme établissant l’existence de circonstances caractérisant une situation d’urgence pouvant justifier qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures.

La condition d’urgence au sens et pour l’application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative n’étant dans les circonstances de l’espèce pas remplie, il y a lieu de rejeter la requête de M. C... A... en toutes ses conclusions, selon la procédure prévue à l’article L. 522-3 du code de justice administrative.



O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C... A... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... C... A....

Fait à Nantes, le 31 décembre 2025.


La juge des référés,




Y. LE LAY


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,

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