Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 janvier 2026 sous le numéro 2601224, complétée par un mémoire le 2 février 2026, M. A... B... C... et Mme D... E... F..., représentés par Me Chayé, demandent au juge des référés :
1°) sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours préalable formé le 14 novembre 2025 contre la décision de l’autorité consulaire française à Kampala (Ouganda) en date du 9 septembre 2025 portant refus de délivrance d’un visa de long séjour à madame au titre de la réunification familiale, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de délivrer le visa sollicité ou, à tout le moins, de réexaminer la demande dans le délai de sept jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement de la somme de 2 000 euros au profit de Me Chayé, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il et elle soutiennent que :
- la condition d’urgence est satisfaite compte tenu des risques réels et actuels encourus par madame, qui ne peut retourner en Erythrée et se trouve isolée en Ouganda ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
elle est insuffisamment motivée,
il n’est pas justifié du respect de la procédure prévue à l’article R. 561-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile,
les articles L. 561-2 et L. 561-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sont méconnus,
l’identité de la demandeuse de visa et la réalité du lien de concubinage sont établies par les documents d’état civil produits, la naissance d’un enfant commun, malheureusement décédé, et confirmées par des éléments de possession d’état, de sorte que l’article L. 561-5 du même code est méconnu ; le caractère partiel de la réunification, allégué par le ministre, est erroné,
l article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2026, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B... C... et Mme E... F... ne sont pas fondés et relève qu’aucune demande n’a été faite pour la fille des requérants née le 10 juin 2019, dont le décès allégué n’est pas établi et n’a pas été déclaré à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, et que l’antériorité d’une communauté de vie n’est pas démontrée.
Le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale a été accordé à M. B... C... par décision du 28 janvier 2026.
Vu :
- la décision attaquée ;
- la requête n° 2601230 enregistrée le 21 janvier 2026 par laquelle M. B... C... et Mme E... F... demandent l’annulation de la décision susvisée ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, a désigné Mlle Wunderlich, vice-présidente, pour statuer en matière de référés.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 3 février 2026, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :
- le rapport de Mlle Wunderlich, vice-présidente,
- les observations de Me Chayé, représentant M. B... C... et Mme E... F..., en présence de monsieur, qui a brièvement pris la parole,
- et celles de la représentante du ministre de l’intérieur.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (...) ».
L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.
Il n’est pas contesté que M. A... B... C..., ressortissant érythréen né le 1er février 1991, est entré en France le 11 décembre 2019 et que le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été accordé le 23 juin 2020. Ce n’est que le 24 février 2025, soit près de cinq années plus tard, que Mme D... E... F..., une compatriote née le 1er février 1998, concubine de l’intéressé, a déposé une demande de visa, alors que la réunification familiale n’est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. Si les requérants font valoir, au soutien de leur demande de suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé le 14 novembre 2025 contre la décision de l’autorité consulaire française à Kampala (Ouganda) en date du 8 septembre 2025 portant refus de délivrance d’un visa de long séjour à Mme E... F..., la précarité de la situation financière, matérielle et administrative de madame dans ce pays, où il ne lui a pas été possible de demander l’asile, et les risques encourus en cas de retour en Erythrée, ils doivent être regardés comme s’étant placés eux-mêmes dans la situation d’urgence qu’il invoquent.
Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension présentées par M. B... C... et Mme E... F..., ainsi, par voie de conséquence, que leurs conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er :
La requête de M. B... C... et Mme E... F... est rejetée.
Article 2 :
La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... C... et Mme D... E... F..., au ministre de l'intérieur et à Me Chayé.
Fait à Nantes, le 27 mars 2026.
La vice-présidente, juge des référés,
A.-C. Wunderlich
La greffière,
G. Peigné
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,