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Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2617677

jeudi 1 octobre 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2617677
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTAUGOURDEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 août 2026 sous le numéro 2617677, complétée par un mémoire le 9 septembre 2026, Mme C... A... épouse B..., représentée par Me Taugourdeau, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution des décisions du recteur de l’académie de Nantes en date du 23 juin 2026 portant cessation à compter du 1er septembre 2026 de contrat d'enseignement conclu le 28 août 2024 (fin de stage licenciement), ensemble de la décision du 21 juillet 2026 portant rejet de son recours gracieux, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de ces décisions ;
2°) d’enjoindre au recteur de la réintégrer provisoirement en qualité de professeur stagiaire dans l’attente du jugement au fond dans le délai de deux semaines à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est présumée satisfaite au regard de la privation totale de rémunération à laquelle conduit son licenciement, à la veille de la rentrée scolaire, et de l’atteinte grave et immédiate portée à sa carrière comme à son projet professionnel ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
• la compétence de la signataire d’une des décisions reste à démontrer,
• les conditions de déroulement du stage n’ont pas été régulières dans la mesure où elle n’a pas bénéficié de l’accompagnement auquel elle avait droit (charge horaire hebdomadaire proche de celle d’un temps plein, tutrice désignée tardivement et exerçant dans un autre établissement, pas d’enseignant référent, arrivée d’une nouvelle direction),
• le caractère contradictoire des différentes évaluations portant sur sa manière de servir révèle une erreur manifeste d'appréciation, alors par ailleurs que des considérations étrangères à ses seules qualités professionnelles ont été prises en compte.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 septembre 2026, le recteur de l'académie de Nantes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme A... épouse B... ne sont pas fondés.

Vu :
- les décisions attaquées ;
- la requête n° 2617890 enregistrée le 25 août 2026 par laquelle Mme A... épouse B... demande l’annulation des décisions susvisées ;
- les autres pièces du dossier ;

Vu :
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, a désigné Mlle Wunderlich, vice-présidente, pour statuer en matière de référés.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 10 septembre 2026, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :
- le rapport de Mlle Wunderlich, vice-présidente,
- les observations de Me Taugourdeau, représentant Mme A... épouse B..., en présence de l’intéressée, qui a pris la parole,
- et celles de la représentante du recteur de l'académie de Nantes.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521‑1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».

2. D’une part, une mesure prise à l’égard d’un agent public ayant pour effet de le priver de la totalité de sa rémunération doit, en principe, être regardée, dès lors que la durée de cette privation excède un mois, comme portant une atteinte grave et immédiate à la situation de cet agent, de sorte que la condition d’urgence doit être regardée comme remplie. Les circonstances invoquées par le recteur de l'académie de Nantes à l’encontre de la demande de suspension de l’exécution de la décision portant licenciement de Mme A... épouse B..., tenant à « l’existence éventuelle d’un revenu de remplacement » et au temps écoulé entre la notification de cette décision et la saisine du juge des référés ne sont pas de nature à s’opposer, non plus qu’aucun intérêt public, à ce que la condition d’urgence soit regardée comme étant remplie.

3. D’autre part, le moyen tiré de ce que le refus d’autoriser Mme A... épouse B... à effectuer une deuxième année de stage est entaché d’erreur manifeste d'appréciation est de nature, en l’état de l’instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de licenciement litigieuse.

4. Dans ces conditions, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision attaquée, confirmée sur recours gracieux, et d’enjoindre au recteur de procéder à la réintégration à titre provisoire de Mme A... épouse B... en qualité de professeure stagiaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu’il y ait toutefois lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

5. Il y a par ailleurs lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A... épouse B... et non compris dans les dépens.



O R D O N N E :



Article 1er :
L’exécution de la décision du recteur de l’académie de Nantes portant cessation à compter du 1er septembre 2026 de contrat d'enseignement de Mme A... épouse B... conclu le 28 août 2024, confirmée le 21 juillet 2026 sur son recours gracieux, est suspendue.

Article 2 :
Il est enjoint au recteur de l’académie de Nantes de procéder à la réintégration de Mme A... épouse B... dans le délai de quinze jours à compter de la présente ordonnance, dans les conditions énoncées au point 4.

Article 3 :
L’Etat versera à Mme A... épouse B... une somme de 1 000 euros (mille euros) au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.

Article 4 :
Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :
La présente ordonnance sera notifiée à Mme C... A... épouse B... et au ministre chargé de l’éducation nationale.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Nantes.

Fait à Nantes, le 1er octobre 2026.

La vice-présidente, juge des référés,





A.-C. Wunderlich
La greffière,





J. Martin

La République mande et ordonne au ministre chargé de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière