Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2619304
jeudi 1 octobre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2619304 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL FB AVOCAT |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 28 septembre 2026, M. B... A... et Mme D... C..., représentés par Me Babou, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite du 4 juillet 2026 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France (CRRV) a rejeté le recours contre la décision du 2 avril 2026 par laquelle le consulat général de France à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur et au consulat général de France à Dakar de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de long séjour de M. A... dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) d’ordonner toute autre mesure que le Tribunal estimera utile à la sauvegarde des droits de M. A..., notamment au regard de l'imminence de la naissance de l'enfant du couple et de la nécessité de permettre la réunion de la cellule familiale dans les meilleurs délais ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat versement de la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
* leur requête est recevable en ce qu’un recours administratif préalable a été formé et une décision implicite est née du silence gardé par la CRRV, et qu’un recours en annulation a été formé ;
- la condition d’urgence est satisfaite :
* compte tenu des délais prévisibles de traitement de leur recours en annulation, dépassant douze mois ;
* en ce qu’ils sont contraints à la séparation, alors qu’ils sont mariés et que Mme C..., résidant en France, s’occupe seule de leur fille E... A..., née le 8 septembre 2021 ; par ailleurs ils ont obtenu l’autorisation préfectorale au regroupement familial ; le préjudice qui leur est porté est déjà partiellement irréversible et les conséquences du maintien de leur situation de séparation entraînerait des conséquences irréversibles
* compte tenu d’éléments nouveaux, Mme C... est enceinte et présente une grossesse pathologique nécessitant un suivi médical et la présence urgente de son époux afin de lui apporter son soutien et une aide quotidienne ; son état de santé se dégrade et elle a été hospitalisée en urgence du 7 au 9 septembre 2026 en raison de complications liées à sa grossesse ; le terme est prévu le 10 novembre 2026, M. A... doit pouvoir être présent pendant les quelques semaines de grossesse restantes et lors de l’accouchement et apporter son aide pour la prise en charge de leur premier enfant ; Mme C... est contrainte à un repos strict et bénéficie d’un arrêt de travail, elle n’est plus dans la capacité de voyager pour rejoindre son époux, même temporairement ; la venue en France de M. A... est le seul moyen de réunir la cellule familiale et ainsi préserver l’unité familiale ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
* la décision de la CRRV est entachée d’un défaut de motivation, en ce qu’elle est implicite et que la CRRV n’a pas répondu à leur demande de communication des motifs ;
* elles sont entachées d’une erreur de droit et d’un défaut de base légale, en ce que la décision consulaire, dont la décision implicite de la CRRV est réputée s’approprier les motifs, est motivée par un fondement juridique inapplicable à la situation de M. A... ;
* elles sont entachées d’un défaut d’examen particulier et approfondi de leur situation personnelle et médicale, alors qu’ils ont informé l’administration de circonstances nouvelles à l’occasion du recours administratif préalable, et que celle-ci n’en a pas tenu compte, et n’a sollicité la production d’aucune pièce complémentaire ;
* la décision de la CRRV est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation quant au caractère probant des documents d’état civil produits ; ils sont présumés authentiques en application de l’article 47 du code civil, dont les dispositions sont méconnues en l’espèce, et l’administration n’a pas renversé cette présomption ; la seule circonstance que l’acte de naissance de M. A... ait été dressé tardivement après jugement d’autorisation par une juridiction sénégalaise ne lui retire pas sa valeur probante présumée ;
* elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’il est porté une atteinte excessive à leur droit de mener une vie privée et familiale normale : ils sont mariés depuis le 20 avril 2024, ont obtenu l’autorisation préfectorale au regroupement familial le 7 août 2025, Mme C... bénéficie d’un emploi stable et de ressources propres et sa situation médicale rend indispensable la présence de son époux à ses côtés et la reconstitution de la cellule familiale en France ; M. A... doit pouvoir remplir son rôle d’époux et de père ;
* elle méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, dès lors que l’intérêt supérieure de leur premier enfant et de leur enfant à naître est méconnu ; la jeune E... A... est âgée de cinq ans et nécessite la présence quotidienne de son père à ses côtés afin d’assurer son équilibre ; l’enfant à naître risque de venir au monde sans la présence de son père au foyer et de passer les premiers mois de sa vie privé de sa présence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés par les requérants n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* la décision est motivée en droit et en fait ;
* elle n’est entachée d’aucun défaut d’examen ;
* l’acte de naissance et l’acte de mariage ne sont pas conformes à la législation sénégalaise ; il existe un doute sur leur authenticité ;
* les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales n’ont pas été méconnues.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 3 septembre 2026 sous le numéro 2618360 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Marowski, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 28 septembre 2026 à 14 heures 30 :
- le rapport de M. Marowski, juge des référés,
- les observations de Me Thoumine, substituant Me Babou, avocate des requérants.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C..., ressortissante sénégalaise née le 12 janvier 1999, est titulaire d’une carte de résident valable du 30 janvier 2017 au 29 janvier 2027. Par la présente requête, elle demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que M. A..., son époux allégué, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision implicite du 4 juillet 2026 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France (CRRV) a rejeté le recours formé le 4 mai 2026 contre la décision du 2 avril 2026 par laquelle le consulat général de France à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».
En ce qui concerne la condition d’urgence :
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence s’apprécie objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de chaque espèce.
4. La décision attaquée dont M. A... et Mme C... demandent la suspension a pour effet de prolonger la séparation familiale. Dans ces conditions, la décision attaquée porte ainsi atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. Les moyens invoqués par M. A... et Mme C... à l’appui de leur demande de suspension et tirés de l’inexacte application des dispositions de l’article 47 du code civil, de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales sont, en l’état de l’instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision implicite du 4 juillet 2026 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 2 avril 2026 par laquelle le consulat général de France à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
7. L’exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l’espèce, d’enjoindre au ministre de l’intérieur de réexaminer la demande de visa litigieuse, dans un délai de d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu’il soit nécessaire d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, une somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision implicite du 4 juillet 2026 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 2 avril 2026 par laquelle le consulat général de France à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de réexaminer la demande de visa litigieuse dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L’Etat versera à M. A... et à Mme C... la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5: La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Mme D... C... et au ministre de l’intérieur.
Fait à Nantes, le 1er octobre 2026.
Le juge des référés,
Y. Marowski
La greffière,
J. Dionis
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 et 28 septembre 2026, M. B... A... et Mme D... C..., représentés par Me Babou, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision implicite du 4 juillet 2026 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France (CRRV) a rejeté le recours contre la décision du 2 avril 2026 par laquelle le consulat général de France à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur et au consulat général de France à Dakar de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa de long séjour de M. A... dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) d’ordonner toute autre mesure que le Tribunal estimera utile à la sauvegarde des droits de M. A..., notamment au regard de l'imminence de la naissance de l'enfant du couple et de la nécessité de permettre la réunion de la cellule familiale dans les meilleurs délais ;
5°) de mettre à la charge de l’Etat versement de la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
* leur requête est recevable en ce qu’un recours administratif préalable a été formé et une décision implicite est née du silence gardé par la CRRV, et qu’un recours en annulation a été formé ;
- la condition d’urgence est satisfaite :
* compte tenu des délais prévisibles de traitement de leur recours en annulation, dépassant douze mois ;
* en ce qu’ils sont contraints à la séparation, alors qu’ils sont mariés et que Mme C..., résidant en France, s’occupe seule de leur fille E... A..., née le 8 septembre 2021 ; par ailleurs ils ont obtenu l’autorisation préfectorale au regroupement familial ; le préjudice qui leur est porté est déjà partiellement irréversible et les conséquences du maintien de leur situation de séparation entraînerait des conséquences irréversibles
* compte tenu d’éléments nouveaux, Mme C... est enceinte et présente une grossesse pathologique nécessitant un suivi médical et la présence urgente de son époux afin de lui apporter son soutien et une aide quotidienne ; son état de santé se dégrade et elle a été hospitalisée en urgence du 7 au 9 septembre 2026 en raison de complications liées à sa grossesse ; le terme est prévu le 10 novembre 2026, M. A... doit pouvoir être présent pendant les quelques semaines de grossesse restantes et lors de l’accouchement et apporter son aide pour la prise en charge de leur premier enfant ; Mme C... est contrainte à un repos strict et bénéficie d’un arrêt de travail, elle n’est plus dans la capacité de voyager pour rejoindre son époux, même temporairement ; la venue en France de M. A... est le seul moyen de réunir la cellule familiale et ainsi préserver l’unité familiale ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées :
* la décision de la CRRV est entachée d’un défaut de motivation, en ce qu’elle est implicite et que la CRRV n’a pas répondu à leur demande de communication des motifs ;
* elles sont entachées d’une erreur de droit et d’un défaut de base légale, en ce que la décision consulaire, dont la décision implicite de la CRRV est réputée s’approprier les motifs, est motivée par un fondement juridique inapplicable à la situation de M. A... ;
* elles sont entachées d’un défaut d’examen particulier et approfondi de leur situation personnelle et médicale, alors qu’ils ont informé l’administration de circonstances nouvelles à l’occasion du recours administratif préalable, et que celle-ci n’en a pas tenu compte, et n’a sollicité la production d’aucune pièce complémentaire ;
* la décision de la CRRV est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation quant au caractère probant des documents d’état civil produits ; ils sont présumés authentiques en application de l’article 47 du code civil, dont les dispositions sont méconnues en l’espèce, et l’administration n’a pas renversé cette présomption ; la seule circonstance que l’acte de naissance de M. A... ait été dressé tardivement après jugement d’autorisation par une juridiction sénégalaise ne lui retire pas sa valeur probante présumée ;
* elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’il est porté une atteinte excessive à leur droit de mener une vie privée et familiale normale : ils sont mariés depuis le 20 avril 2024, ont obtenu l’autorisation préfectorale au regroupement familial le 7 août 2025, Mme C... bénéficie d’un emploi stable et de ressources propres et sa situation médicale rend indispensable la présence de son époux à ses côtés et la reconstitution de la cellule familiale en France ; M. A... doit pouvoir remplir son rôle d’époux et de père ;
* elle méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, dès lors que l’intérêt supérieure de leur premier enfant et de leur enfant à naître est méconnu ; la jeune E... A... est âgée de cinq ans et nécessite la présence quotidienne de son père à ses côtés afin d’assurer son équilibre ; l’enfant à naître risque de venir au monde sans la présence de son père au foyer et de passer les premiers mois de sa vie privé de sa présence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- aucun des moyens soulevés par les requérants n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* la décision est motivée en droit et en fait ;
* elle n’est entachée d’aucun défaut d’examen ;
* l’acte de naissance et l’acte de mariage ne sont pas conformes à la législation sénégalaise ; il existe un doute sur leur authenticité ;
* les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales n’ont pas été méconnues.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 3 septembre 2026 sous le numéro 2618360 par laquelle M. A... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Marowski, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 28 septembre 2026 à 14 heures 30 :
- le rapport de M. Marowski, juge des référés,
- les observations de Me Thoumine, substituant Me Babou, avocate des requérants.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C..., ressortissante sénégalaise née le 12 janvier 1999, est titulaire d’une carte de résident valable du 30 janvier 2017 au 29 janvier 2027. Par la présente requête, elle demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, ainsi que M. A..., son époux allégué, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision implicite du 4 juillet 2026 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France (CRRV) a rejeté le recours formé le 4 mai 2026 contre la décision du 2 avril 2026 par laquelle le consulat général de France à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ».
En ce qui concerne la condition d’urgence :
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence s’apprécie objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de chaque espèce.
4. La décision attaquée dont M. A... et Mme C... demandent la suspension a pour effet de prolonger la séparation familiale. Dans ces conditions, la décision attaquée porte ainsi atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d’urgence prévue à l’article L. 521-1 du code de justice administrative soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. Les moyens invoqués par M. A... et Mme C... à l’appui de leur demande de suspension et tirés de l’inexacte application des dispositions de l’article 47 du code civil, de la méconnaissance des stipulations de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant et de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales sont, en l’état de l’instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
6. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision implicite du 4 juillet 2026 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 2 avril 2026 par laquelle le consulat général de France à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
7. L’exécution de la présente ordonnance implique nécessairement, dans les circonstances de l’espèce, d’enjoindre au ministre de l’intérieur de réexaminer la demande de visa litigieuse, dans un délai de d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, sans qu’il soit nécessaire d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat, une somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision implicite du 4 juillet 2026 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d’entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 2 avril 2026 par laquelle le consulat général de France à Dakar (Sénégal) a refusé de délivrer à M. A... un visa de long séjour au titre du regroupement familial est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l’intérieur de réexaminer la demande de visa litigieuse dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L’Etat versera à M. A... et à Mme C... la somme de 800 euros (huit cents euros) au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5: La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., à Mme D... C... et au ministre de l’intérieur.
Fait à Nantes, le 1er octobre 2026.
Le juge des référés,
Y. Marowski
La greffière,
J. Dionis
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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