lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-1801703 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | SCP PONTRUCHE MONANY |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant dire droit du 17 décembre 2020, le tribunal a, dans le dossier n° 1902314, annulé le titre de perception n° 2239 émis par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à l'encontre de la société hospitalière d'assurance mutuelle (SHAM), a déchargé cette dernière de l'obligation de payer la somme de 997,03 euros à l'ONIAM et a rejeté les conclusions de l'ONIAM et de la SHAM présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par le même jugement avant dire droit, le tribunal a, dans le dossier n° 1801703, en premier lieu, condamné solidairement le centre hospitalier régional d'Orléans et la SHAM à verser à l'ONIAM la somme globale de 87 635,06 euros et condamné le centre hospitalier régional d'Orléans à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher la somme de 67 512,07 euros ainsi qu'une somme de 15 000 euros chacun à Mme D G et M. C G. En second lieu, le tribunal, avant de statuer sur le surplus des conclusions de la requête de Mme D G et M. C G tendant à la condamnation du centre hospitalier régional d'Orléans à les indemniser des préjudices subis du fait de la prise de charge de Mme D G lors de son accouchement, le 26 juin 2008, a ordonné une expertise médicale.
Le président du tribunal administratif a désigné le professeur H comme experte par ordonnance du 11 mai 2021.
L'experte a rendu son rapport le 6 janvier 2022.
Par des mémoires, enregistrés les 30 mars 2022, 20 avril 2022 et 9 mai 2022, Mme D G et M. C G, agissant tant en leur nom personnel qu'en qualité de représentants légaux de leur fils, A G, représentés par Me Pontruché, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier régional (CHR) d'Orléans et la société hospitalière d'assurance mutuelle (SHAM) à leur verser, en leur qualité de représentants légaux de leur fils A, la somme provisionnelle de 700 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive du préjudice de ce dernier ;
2°) de condamner solidairement le CHR d'Orléans et la SHAM à leur verser, en leur qualité de représentants légaux de leur fils A, une rente provisionnelle annuelle de 40 857,60 euros payable trimestriellement à valoir sur l'indemnisation de l'assistance par tierce personne à compter du 28 juin 2022 et jusqu'à la fixation définitive des préjudices de leur fils A ;
3°) de condamner solidairement le CHR d'Orléans et la SHAM à leur verser une somme de 20 000 euros chacun à titre provisionnel en réparation de leur préjudice extrapatrimonial exceptionnel ;
4°) de mettre à la charge solidaire du CHR d'Orléans et de la SHAM la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- à la suite de l'expertise ordonnée par le tribunal le 17 décembre 2020, le CHR d'Orléans ainsi que la SHAM devront être condamnés à leur verser, en tant que représentants légaux de leur fils A, une somme de 555 887,88 euros au titre de l'aide humaine pour la période allant des trois mois aux treize ans révolus de leur enfant, une somme de 65 816,77 euros à titre provisionnel au titre du déficit fonctionnel temporaire du jeune A jusqu'au 31 décembre 2021, une somme de 4 162 euros à titre provisionnel au titre des souffrances endurées avant la date de consolidation de l'état de santé de leur enfant A, une somme de 30 000 euros à titre provisionnel au titre du préjudice esthétique temporaire du jeune A et, enfin, une rente provisionnelle annuelle de 40 857,60 euros à compter du 28 juin 2022, correspondant à la date anniversaire des quatorze ans de leur enfant, au titre des frais futurs d'assistance par tierce personne, jusqu'à l'intervention d'une décision statuant sur la consolidation de son état et l'indemnisation définitive de ce poste de préjudice ;
- le CHR d'Orléans ainsi que la SHAM devront également être condamnés à leur verser, au titre de leurs préjudices extrapatrimoniaux exceptionnels, une somme de 20 000 euros chacun.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 avril 2022 et 9 mai 2022, le centre hospitalier régional (CHR) d'Orléans et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), représentés par Me Derec, concluent au rejet des demandes des requérants et de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher et, subsidiairement, à la limitation de la provision complémentaire demandée par M. et Mme G.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité du CHR d'Orléans ne peut être retenue dans cette affaire ;
- s'agissant de l'assistance par tierce personne, le tribunal rejettera la demande s'agissant de la période comprise entre la naissance et les trois ans de l'enfant et ne pourra retenir qu'un taux maximum de 12 euros par heure pour la période du 26 juin 2011 à la date de lecture du jugement ainsi que pour la période postérieure, l'enfant étant scolarisé en établissement adapté ;
- s'agissant du déficit fonctionnel temporaire, l'indemnité allouée ne peut dépasser un taux plein de 13 euros par jour, dont devront être déduites les sommes déjà versées par l'ONIAM ;
- s'agissant du préjudice esthétique temporaire, la somme accordée ne pourra dépasser 5 000 euros ;
- les frais de remplacement du véhicule des requérants ne sont pas imputables au CHR d'Orléans, la demande afférente sera donc rejetée ;
- aucune indemnité supplémentaire ne sera accordée au titre des préjudices propres de M. et Mme G.
Par un mémoire, enregistré le 25 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Loiret, représentée par Me Maury, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier régional (CHR) d'Orléans et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) à lui verser la somme de 32 748,05 euros à titre de provision complémentaire, en remboursement des dépenses supportées pour la prise en charge de A G entre le 26 juin 2008 et le 19 janvier 2022, en lien direct avec la faute commise par l'établissement ;
2°) de mettre à la charge solidaire du CHR d'Orléans et de la SHAM le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle été amenée à prendre en charge des prestations en lien direct avec le dommage subi par l'enfant A G ;
- elle est fondée à solliciter la condamnation du CHR d'Orléans et de son assureur à lui verser la somme de 32 748,05 euros au titre de sa créance provisoire.
Vu :
- le jugement avant dire droit du 17 décembre 2020 et l'ordonnance du 26 janvier 2022 par laquelle le président du tribunal a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise confiée à la professeure H à la somme de 3 660 euros TTC ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,
- et les observations de Me Guemas, substituant Me Pontruché, représentant M. et Mme G.
Considérant ce qui suit :
1. Mme G a été admise, le 25 juin 2008 à 8h15, trois jours après le terme de sa grossesse, au centre hospitalier régional (CHR) d'Orléans pour y donner naissance à son deuxième enfant. Elle a été transférée en salle de naissance le 26 juin à 4h55. A la suite de lourdes complications survenues durant le travail, l'enfant A est né après avoir subi une très sévère asphyxie fœtale, l'ayant laissé atteint de graves séquelles neurologiques entravant son développement psychomoteur. Les époux G ont saisi la commission régionale de conciliation et d'indemnisation (CRCI), le 14 septembre 2009, dans le but d'obtenir la réparation des préjudices subis par leur enfant pendant l'accouchement. Dans leur rapport d'expertise daté du 1er février 2010, les docteurs Mselati et Finkelstein ont retenu la responsabilité du CHR d'Orléans dans le dommage subi par l'enfant A. Par avis du 23 mars 2010, la CRCI, suivant les conclusions des experts, a estimé engagée la responsabilité de l'établissement. La société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM) assureur du centre hospitalier, ayant indiqué aux époux G par courrier du 2 juillet 2010, que ce dernier n'entendait pas accepter l'avis de la CRCI, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) s'est substitué à l'assureur de l'établissement et a versé à M. et Mme G la somme de 83 125,66 euros par deux protocoles d'indemnisation signés les 8 mars 2012 et 7 avril 2014, en application de l'article L. 1142-14 du code de la santé publique. Parallèlement, M. et Mme G ont, par courrier du 21 février 2018, saisi le CHR d'Orléans d'une réclamation préalable qui a fait l'objet d'un refus implicite. Les intéressés ont alors saisi le tribunal, par une requête enregistrée le 14 mai 2018 sous le n° 1801703, d'une demande d'indemnisation des préjudices subis par leur enfant ainsi que de leurs préjudices personnels. Par ailleurs, l'ONIAM ayant émis un titre exécutoire en vue de recouvrer auprès de la SHAM la somme de 83 125,66 euros versée aux époux G à la suite de la signature des protocoles transactionnels, la SHAM a également saisi le tribunal, par une requête enregistrée sous le n° 1902314, afin d'obtenir l'annulation de ce titre exécutoire et la décharge de l'obligation de payer la somme litigieuse.
2. Par un jugement commun du 17 décembre 2020, le tribunal, après avoir jugé qu'en retardant jusqu'à 13h30 la prise de décision d'effectuer une césarienne en urgence, l'équipe médicale du CHR d'Orléans a commis une faute de nature à engager sa responsabilité a, dans le dossier n° 1801703, condamné le CHR d'Orléans à verser à la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher une somme de 67 512,07 euros au titre des frais qu'elle a engagés pour le compte de son assuré. Il a également condamné le CHR d'Orléans à verser à Mme et M. G une somme de 15 000 euros chacun au titre de leur préjudice d'affection. Il a, par ailleurs, s'agissant des préjudices subis par le jeune A, ordonné avant dire droit une expertise médicale, laquelle a été confiée à la professeure H. En outre, par le même jugement, le tribunal a, dans le dossier n° 1902314, annulé le titre de perception n° 2239 émis par l'ONIAM à l'encontre de la SHAM, déchargé cette dernière de l'obligation de payer la somme de 997,03 euros à l'ONIAM et rejeté les conclusions respectives des deux parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
3. Les parties ayant été invitées à présenter leurs observations après le dépôt de son rapport par l'experte, le 6 janvier 2022, M. et Mme G demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures, de condamner solidairement le CHR d'Orléans et la SHAM, son assureur, à leur verser en tant que représentants légaux du jeune A, outre la somme de 700 000 euros à valoir sur l'indemnisation définitive de ce dernier, une rente provisionnelle annuelle de 40 857,60 euros à valoir sur l'indemnisation de l'assistance par tierce personne à compter du 28 juin 2022, et jusqu'à la fixation définitive des préjudices de leur fils, ainsi qu'une somme de 20 000 euros chacun à titre provisionnel en réparation de leurs préjudices propres. De son côté, la CPAM de Loir-et-Cher sollicite le versement de la somme de 32 748,05 euros, à titre de provision complémentaire, en remboursement des dépenses supportées pour la prise en charge de A G.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne la date de consolidation :
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du professeur H, que la date de consolidation de l'état de santé du jeune A G ne pourra être fixée avant l'âge de vingt-et-un ans. Ainsi, en l'absence de consolidation de l'enfant, il ne peut lui être alloué, en l'état, une indemnisation définitive. Néanmoins, A G, qui présente un déficit fonctionnel temporaire évalué à 80 % selon l'experte, est en droit d'obtenir la réparation des préjudices qui apparaissent d'ores et déjà certains du fait des séquelles neurologiques dont il est atteint.
En ce qui concerne les débours de la caisse primaire d'assurance maladie :
5. Il résulte de l'instruction que la CPAM de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la CPAM du Loiret, justifie avoir versé, pour le compte de son assuré, des dépenses de santé temporaires d'un montant total de 100 260,07 euros correspondant à des frais d'hospitalisation pour le jeune A au cours de la période allant du 26 juin 2008 au 4 juillet 2008, puis du 12 juillet 2018 au 24 janvier 2019, à des frais médicaux et pharmaceutiques pour la période courant du 4 juillet 2008 au 19 janvier 2022, ainsi qu'à des frais d'appareillage pour la période allant du 14 octobre 2008 au 28 décembre 2021 et à des frais de transport pour la période du 1er septembre 2008 au 7 janvier 2020. La caisse justifie par une attestation d'imputabilité de son médecin conseil, du lien direct et exclusif entre ces dépenses de santé et la faute commise par le CHR d'Orléans.
6. Ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement, le tribunal a condamné le CHR d'Orléans à verser à la CPAM de Loir-et-Cher une somme de 67 512,07 euros au titre des dépenses réalisées pour son assuré entre le 26 juin 2008 et le 24 octobre 2019. Il y a lieu, dès lors, de déduire cette somme de l'indemnisation que devra percevoir la caisse. Par suite, il y a lieu de condamner solidairement le CHR d'Orléans et la SHAM à verser à la CPAM de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la CPAM du Loiret, la somme de 32 748,05 euros au titre de ses débours jusqu'au 19 janvier 2022.
En ce qui concerne les préjudices du jeune A G :
S'agissant du préjudice d'assistance par tierce personne :
7. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance par une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie par ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune.
8. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne qui assume la charge d'un enfant handicapé a droit à une allocation d'éducation de l'enfant handicapé, si l'incapacité permanente de l'enfant est au moins égale à un taux déterminé. / Un complément d'allocation est accordé pour l'enfant atteint d'un handicap dont la nature ou la gravité exige des dépenses particulièrement coûteuses ou nécessite le recours fréquent à l'aide d'une tierce personne. Son montant varie suivant l'importance des dépenses supplémentaires engagées ou la permanence de l'aide nécessaire. / () L'allocation d'éducation de l'enfant handicapé n'est pas due lorsque l'enfant est placé en internat avec prise en charge intégrale des frais de séjour par l'assurance maladie, l'Etat ou l'aide sociale, sauf pour les périodes de congés ou de suspension de la prise en charge ". Il résulte de ces dispositions que l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé (AEEH) est destinée à compenser les frais de toute nature liés au handicap et qu'elle peut faire l'objet d'un complément lorsque ces frais sont particulièrement élevés ou que l'état de l'enfant nécessite l'assistance fréquente d'une tierce personne. Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit la récupération de l'AEEH en cas de retour de son bénéficiaire à meilleure fortune. De même, les sommes versées au titre de la prestation de compensation du handicap ne font pas l'objet d'un recouvrement lorsque le bénéficiaire est revenu à meilleure fortune. Il suit de là que le montant de l'AEEH et de son complément éventuel et celui de la prestation de compensation du handicap peuvent être déduits d'une rente ou indemnité allouée au titre de l'assistance par tierce personne.
Quant au préjudice passé :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la faute commise par le CHR d'Orléans est à l'origine d'un besoin d'assistance par tierce personne dès le troisième mois suivant la naissance du jeune A.
10. S'agissant de la période d'une durée de 15 mois où l'enfant avait entre 3 et 18 mois, l'experte a évalué les besoins à 7 heures par semaine en aide de substitution et à 5 heures par semaine en aide d'accompagnement durant 11 mois sur 12. Au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, soit 13,77 euros en 2008. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 9 573,42 euros.
11. S'agissant de la période d'une durée de 18 mois où l'enfant avait entre 18 mois et 3 ans, l'experte a évalué les besoins en aide de substitution à 10 heures 30 par semaine et les besoins en aide d'accompagnement à 5 heures par semaine durant 11 mois sur 12. Au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, soit 14,01 euros en 2010. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 15 217,03 euros.
12. S'agissant de la période de deux années où l'enfant avait entre 3 et 5 ans, l'experte a évalué les besoins en aide de substitution à 14 heures par semaine, les besoins en stimulation, de présence et de supervision à 14 heures par semaine et les besoins en aide d'accompagnement à 5 heures par semaine durant 11 mois sur 12. Au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, soit 14,87 euros en 2012. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 46 515,86 euros.
13. S'agissant de la période de 7 années où l'enfant avait entre 5 et 12 ans, l'experte a évalué les besoins en aide de substitution à 21 heures par semaine, les besoins de stimulation, de présence et de supervision à 20 heures par semaine. En outre, à la suite d'une intervention de la hanche, l'enfant a dû rester à domicile durant une période de 2 mois, entre mi-novembre 2019 et mi-janvier 2020 durant laquelle il a nécessité une assistance 24h/24. Au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice, en l'évaluant à la somme de 53 311,42 euros.
14. S'agissant des besoins en accompagnement pour la période de trois années où le jeune A avait entre 5 et 8 ans et fréquentait une école spécialisée, l'experte a évalué ses besoins à 4 heures par semaine durant la période scolaire soit durant 64 semaines et à 3 heures par semaine hors période scolaire soit durant 32 semaines. Au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, soit 15,07 euros en 2014. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice, en l'évaluant à la somme de 7 959,18 euros.
15. S'agissant, enfin, de la période de 2 ans et 3 mois entre la date d'anniversaire des 12 ans du jeune A et jusqu'à la date du présent jugement, l'experte a évalué les besoins en aide de substitution à 31 heures 30 par semaine, les besoins en stimulation, de présence et de supervision à 20 heures par semaine et les besoins en aide d'accompagnement à 1 heure 30 par semaine. Au regard du caractère non spécialisé de cette assistance, le taux horaire retenu doit être égal au salaire minimum interprofessionnel de croissance augmenté des cotisations sociales et tenant compte des congés payés et des jours fériés, soit 16,06 euros en 2020. Il sera fait une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 91 911,99 euros.
16. Il résulte de ce qui précède que le préjudice lié au besoin d'assistance par une tierce personne pour la période comprise entre la naissance du jeune A jusqu'à la date du présent jugement, soit entre le 26 juin 2008 et le 19 septembre 2022 doit être évalué à la somme totale de 224 488,89 euros. Ainsi qu'il a été dit aux points 7 et 8 du présent jugement, il convient de déduire de ce montant les prestations perçues au titre de la prestation de compensation du handicap et de l'AEEH.
17. Il résulte de l'instruction, notamment des pièces produites par les requérants en réponse à la mesure diligentée par le tribunal, que des prestations ont été versées au titre de l'AEEH au cours de la période en cause pour un montant total de 55 576,98 euros. En outre, des prestations ont été versées au titre de la prestation de compensation du handicap, pour un montant total de 21 320,80 euros. Il y a lieu de déduire l'ensemble de ces sommes de l'indemnisation que devront verser le CHR d'Orléans et la SHAM aux époux G.
18. Il résulte de ce qui précède que le CHR d'Orléans et la SHAM doivent être condamnés solidairement à verser à M. et Mme G une somme de 147 591,11 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne compris entre la naissance du jeune A jusqu'à la date du présent jugement, soit entre le 26 juin 2008 et le 19 septembre 2022.
Quant au préjudice futur :
19. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise de la professeure H, que le polyhandicap du jeune A devra faire l'objet d'un réexamen à l'âge de 16 ans. L'experte indique par ailleurs que les lésions cérébrales à l'origine de séquelles neurologiques majeures dont souffre le jeune A perdureront probablement définitivement et que l'état de l'enfant ne sera pas consolidé avant ses 21 ans. Il résulte de ce même rapport que ces lésions seront à l'origine d'un besoin d'assistance par tierce personne qui sera identique aux besoins exprimés par l'enfant entre ses 12 et 13 ans. Ainsi, il y a lieu d'évaluer ses besoins en aide de substitution à 31 heures 30 par semaine, ses besoins en stimulation, de présence et de supervision à 20 heures par semaine et ses besoins en aide d'accompagnement à 1 heure 30 par semaine soit un total de 53 heures par semaine.
20. Dans les circonstances de l'espèce, les frais afférents au besoin d'assistance du jeune A G par une tierce personne doivent être réparés par une rente annuelle viagère versée trimestriellement, et non par le versement d'un capital représentatif de ces frais futurs.
21. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, le CHR d'Orléans et la SHAM devront solidairement verser à Mme et M. G une rente trimestrielle sur la base de 53 heures de tierce personne active par semaine, au taux de 16,70 euros et sur le fondement de 412 jours par an, soit un montant de 12 001,96 euros par trimestre. Les sommes perçues au titre de la prestation de compensation du handicap et de l'AEEH ou de toutes autres aides ayant le même objet, sauf celles pour lesquelles une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune, devront être déduites. Cette rente trimestrielle ainsi calculée à compter du 20 septembre 2022 sera revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale. Il appartiendra aux consorts G, dans l'hypothèse où leur enfant A serait placé dans une institution spécialisée ou hospitalisé, de fournir trimestriellement les justificatifs de ses jours d'hébergement ou d'hospitalisation. Cette rente trimestrielle sera versée jusqu'au jour des 16 ans du jeune A G, soit jusqu'au 26 juin 2024.
S'agissant des frais de véhicule adapté :
22. Les requérants demandent que soient indemnisées des dépenses relatives à l'achat d'un nouveau véhicule adapté à l'état de santé du jeune A. Toutefois, alors qu'ils se bornent à produire un devis, les préjudices correspondant à l'achat d'un nouveau véhicule présentent un caractère purement éventuel. Par suite, les consorts G ne sont pas fondés à en demander l'indemnisation.
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
23. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le jeune A G a été victime d'un déficit fonctionnel temporaire total de 17 jours, correspondant à des hospitalisations entre le 26 juin 2008 et le 4 juillet 2008, entre le 25 septembre 2009 et le 1er octobre 2019, puis entre les 13 et 16 octobre 2009 et, enfin, le 24 avril 2018. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, sur une base de 500 euros par mois, à la somme de 283 euros.
24. En outre, il résulte du rapport d'expertise que l'enfant A a subi un déficit fonctionnel temporaire de 80 % à partir de sa première année de vie et que son état ne sera pas consolidé avant l'âge de 21 ans. Ainsi, jusqu'à la date du présent jugement, le jeune A a subi un déficit fonctionnel temporaire de 80 % durant 5 196 jours desquels il convient de retirer les périodes d'hospitalisation, comptabilisées au titre du déficit fonctionnel temporaire total, soit 5 179 jours. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, sur une base de 500 euros par mois, à la somme de 69 053 euros, s'agissant de la période comprise entre sa naissance et la date du présent jugement.
25. Il résulte également de l'instruction que les requérants ont déjà perçu une somme provisionnelle de 5 094 euros versée par l'ONIAM au terme d'un protocole d'indemnisation transactionnelle du 8 mars 2012 au titre du déficit fonctionnel temporaire de leur enfant pour la période comprise entre le 26 juin 2008 et le 12 janvier 2010. Il convient de déduire cette somme du montant d'indemnisation. Ainsi, le CHR d'Orléans et la SHAM devront être solidairement condamnés à verser à Mme et M. G une somme de 64 242 euros (283 + 69 053 - 5 094) au titre du déficit fonctionnel temporaire de leur enfant, s'agissant de la période comprise entre sa naissance et la date du présent jugement.
S'agissant des souffrances endurées :
26. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le jeune A G a subi des souffrances liées aux rééducations quotidiennes, aux appareillages, à la chirurgie de la hanche qu'il a dû subir, aux douleurs majeures post opératoires, ainsi qu'à l'absence de mobilisation volontaire liées à la tétraparésie dystonique dont il demeure atteint depuis sa naissance. L'experte a évalué ses souffrances à 3 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu de leur durée particulièrement importante, en l'évaluant à la somme de 15 000 euros pour la période comprise entre le 13 janvier 2010 et la date du présent jugement, la période comprise entre la naissance et le 12 janvier 2010 ayant déjà fait l'objet d'une indemnisation.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
27. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le jeune A G a subi un préjudice esthétique temporaire en raison du polyhandicap majeur dont il demeure atteint depuis sa naissance. L'experte l'a évalué à 5 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, compte tenu de sa durée particulièrement importante, en l'évaluant à la somme de 10 000 euros. Il y a donc lieu de condamner solidairement le CHR d'Orléans et la SHAM à verser cette somme aux requérant au titre du préjudice esthétique temporaire subi par leur enfant entre sa naissance et la date du présent jugement.
28. Il résulte de tout ce qui précède que le CHR d'Orléans et la SHAM doivent être condamnés à verser à Mme et M. G une somme de 236 833,11 euros au titre des préjudices subis par leur enfant A G en lien avec la faute médicale commise par le CHR d'Orléans.
En ce qui concerne les préjudices de Mme et M. G :
29. Les consorts G justifient d'un préjudice exceptionnel couvrant les bouleversements de leur mode de vie au quotidien du fait du handicap de leur fils A. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en leur accordant une somme de 20 000 euros chacun.
Sur les dépens :
30. Les frais de l'expertise menée par la professeure H, ordonnée par le jugement du 17 décembre 2020, et qui ont été liquidés et taxés à la somme de 3 660 euros par une ordonnance du 26 janvier 2022 du président du tribunal administratif d'Orléans doivent être mis solidairement à la charge définitive du CHR d'Orléans et de la SHAM.
Sur les frais liés au litige :
31. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire du CHR d'Orléans et de la SHAM une somme de 1 500 euros à verser aux consorts G au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire du CHR d'Orléans et de la SHAM une somme de 1 500 euros à verser à la CPAM de Loir-et-Cher au titre de ces mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier régional d'Orléans et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés solidairement à verser à Mme D G et à M. C G une somme totale de 236 833,11euros au titre des préjudices subis par leur enfant A G.
Article 2 : A compter du 20 septembre 2022, le centre hospitalier régional d'Orléans et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés solidairement à allouer à Mme D G et M. C G une rente, jusqu'au jour des 16 ans du jeune A G, soit le 26 juin 2024, au titre des frais d'assistance par tierce personne, versée trimestriellement, à raison d'un montant de 12 001,96 euros par trimestre, dans les conditions décrites au point 21 du présent jugement.
Article 3 : Le centre hospitalier régional d'Orléans et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés à verser solidairement à Mme D G une somme de 20 000 euros en réparation de son préjudice exceptionnel couvrant les bouleversements de son mode de vie au quotidien du fait du handicap de son fils A.
Article 4 : Le centre hospitalier régional d'Orléans et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés solidairement à verser à M. C G une somme de 20 000 euros en réparation de son préjudice exceptionnel couvrant les bouleversements de son mode de vie au quotidien du fait du handicap de son fils A.
Article 5 : Le centre hospitalier régional d'Orléans et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont condamnés solidairement à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie du Loiret, la somme de 32 748,05 euros au titre des débours supportés au profit de A G jusqu'au 19 janvier 2022.
Article 6 : Les frais d'expertise de la professeure H, liquidés et taxés à la somme de 3 660 euros sont mis à la charge solidaire du centre hospitalier régional d'Orléans et de la société hospitalière d'assurances mutuelles.
Article 7 : Le centre hospitalier régional d'Orléans et la société hospitalière d'assurances mutuelles verseront solidairement à Mme et à M. G une somme totale de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : Le centre hospitalier régional d'Orléans et la société hospitalière d'assurances mutuelles verseront à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 9 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 10 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G, à M. C G, au centre hospitalier régional d'Orléans, à la société hospitalière d'assurances mutuelles, à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Rouault-Chalier, présidente,
M. Viéville, premier conseiller,
M. Nehring, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le rapporteur,
La présidente,
Virgile F
Patricia ROUAULT-CHALIER
La greffière,
Agnès BRAUD
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 1801703
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026