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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-1802634

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-1802634

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-1802634
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantDENTONS EUROPE AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 16 juillet 2018, le 6 septembre 2019 le 21 septembre 2021 et le 6 décembre 2021, la société Access Data Networks (ADN), représentée par Me Fornacciari, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le département d'Eure-et-Loir à lui verser la somme de 9 476 808,99 euros TTC en réparation du préjudice résultant de la résiliation pour faute du contrat de partenariat pour l'informatisation des collèges du département ;

2°) de rejeter les conclusions du département aux fins de condamnation d'ADN à récupérer cinq mille ordinateurs et à en assurer la fin de vie, notamment le recyclage ;

3°) de mettre à la charge du département d'Eure-et-Loir la somme de 50 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par le département au titre des mêmes dispositions.

Elle soutient que :

- sa requête introduite le 16 juillet 2018, et pour laquelle elle est dans le dernier état de ses écritures représentée par le liquidateur désigné par le Tribunal de commerce de Paris dans son jugement du 24 juillet 2018 est recevable ;

- l'existence d'une cession de créances est sans incidence ;

- l'hostilité du département à son égard est récente et liée à l'arrivée de la nouvelle équipe dirigeante du conseil départemental ;

- elle est fondée à réclamer le paiement de l'indemnité de résiliation ;

- la résiliation pour faute dans le cadre du contrat de partenariat en cause doit être précédée d'une mise en demeure de se conformer à ses obligations contractuelles dans un délai de deux mois qui n'a pas été respecté mais réduit à 15 jours, ce qui l'a privée d'une garantie ;

- les courriers du département ne permettent pas d'identifier les manquements contractuels précis qui sont reprochés ;

- elle n'a pas commis de faute contractuelle ;

- l'article 37 du contrat de partenariat ne permet au département de le résilier qu'à raison de manquements graves ou répétés du cocontractant ;

- il n'est, à aucun moment indiqué par le département que ses prétendus manquements mettraient en cause les conditions d'exécution du service public de l'enseignement secondaire ou empêcheraient l'utilisation des matériels dans le cadre de cet enseignement ;

- si le département mentionne divers manquements relatifs à l'infrastructure réseaux et de production informatique, à l'infrastructure de câblage et aux commutateurs réseaux et aux bornes Wi-Fi qui mettent en cause la phase de conception et d'installation des équipements, il a accepté l'ensemble des documents de conception qui lui ont été présentés et a prononcé la mise à disposition des équipements et matériels sans réserves sur ces éléments ;

- ses seuls engagements sont définis en termes financiers et il ne peut lui être reproché de ne pas réaliser des prestations qui ne lui sont pas demandées au titre du contrat de partenariat ;

- elle ne s'est jamais engagée à procéder au renouvellement des 5030 postes des collèges visés à l'annexe 2 de l'avenant n°5 et à compter de 2011, elle n'avait donc plus aucune obligation de renouvellement au titre du contrat de partenariat ;

- dans un contrat de partenariat, ce qu'achète la personne publique, c'est la disponibilité d'un système et ses fonctionnalités et le partenaire n'est tenu qu'au respect de performances contractuelles dont l'irrespect est pénalisé et dont la violation est en effet, si elle est attestée et si elle est grave et persistante, de nature à justifier la résiliation aux torts du partenaire privé ; en l'espèce ce qui est reproché essentiellement, ce sont de soi-disant défauts du matériel, qui n'ont aucune pertinence si elles ne se traduisent pas par une non atteinte des performances ; les rapports produits ne sont pas probants ;

- l'irrégularité de la décision de résiliation doit conduire à condamner le département à l'indemniser de l'indemnité pour résiliation prévue à l'article 37 du contrat de partenariat et du préjudice qu'elle a subi à raison de la résiliation irrégulière du contrat de partenariat soit la somme totale de 4 476 808,99 euros car la valeur non amortie au 20 juin 2018 des investissements, tous les matériels ayant été livrés et installés étant au titre de la Phase P5 de 1 061 232,04 euros, au titre de la Phase P6 de 1 280 009,09 euros et au titre des loyers R1 impayés 2 135 567,86 euros ;

- elle a également subi, du fait du terrain choisi par le département pour la résiliation, un préjudice commercial et d'image très important, cette décision compromettant gravement son développement commercial auprès d'autres collectivités territoriales voire auprès de tout autre organisme public ; ce préjudice initialement évalué à 1,5 millions d'euros est porté à 5 millions d'euros du fait de sa mise en liquidation elle-même conséquence directe de la résiliation irrégulière du contrat de partenariat ;

- le département est seul responsable des conséquences de la décision de résiliation qu'il a prise et n'était nullement obligé de démonter les ordinateurs parfaitement fonctionnels et de les entreposer ; aux termes de l'article 42.2. du contrat de partenariat, en fin de contrat, même anticipée les matériels sont remis au département et deviennent sa propriété.

Par des mémoires en défense enregistrés le 10 juillet 2019, le 10 août 2019 et le 5 novembre 2021, le département d'Eure-et-Loir, représenté par Me Vidal, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de condamner la société ADN à récupérer sans délais les matériels entreposés et à en assurer elle-même la fin de vie dont le recyclage et de mettre à la charge de la société ADN la somme de 50 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête de la société ADN est irrecevable, faute pour elle de justifier d'une quelconque qualité à agir ou intérêt à agir ;

- la résiliation du contrat a été prononcée sur la base d'une procédure régulière ;

- les fautes de la société ADN justifient pleinement la résiliation du contrat ;

- par voie de conséquence, la société ADN ne saurait se prévaloir d'aucun préjudice ouvrant droit à une quelconque indemnisation.

Par ordonnance du 8 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 3 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code monétaire et financier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A ;

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Fornacciari représentant la société ADN, et de Me Vidal, représentant le département d'Eure-et-Loir.

Une note en délibéré présentée par le département d'Eure-et-Loir a été enregistrée le 6 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Le 21 décembre 2006, la société Access Data Networks (ADN) et le département d'Eure-et-Loir ont signé, sur le fondement de l'ordonnance du 17 juin 2004 alors applicable, un contrat de partenariat pour l'informatisation des collèges du département. Par courrier daté du 20 juin 2018, le département a prononcé la réalisation du contrat de partenariat pour faute, en application de l'article 37 de ce contrat. La société ADN, qui a été mise en liquidation par jugement du tribunal de commerce de Paris en date du 24 juillet 2018 et est représentée par son liquidateur dans le dernier état de ses écritures, demande au tribunal, de condamner le département d'Eure-et-Loir à lui verser la somme de 9 476 808,99 euros TTC en réparation du préjudice résultant de la résiliation pour faute du contrat de partenariat pour l'informatisation des collèges du département. Le département d'Eure-et-Loir présente des conclusions reconventionnelles aux fins de condamnation d'ADN à récupérer cinq mille ordinateurs et à en assurer la fin de vie, notamment le recyclage.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par la société ADN :

2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que la société requérante soutient, les reproches formulés par le département sont fondés, le département produisant de nombreux éléments attestant des défaillances contractuelles de la société, notamment un rapport d'audit, et tenant à une infrastructure réseaux et de production informatique minimaliste, non industrialisée, insuffisamment entretenue, présentant des risques sérieux de pertes de données et des temps d'accès aux ressources informatiques pouvant perturber le fonctionnement des établissements d'enseignement et portant atteinte à la valeur et à la pérennité des installations, une infrastructure de cablage problématique, des équipements déployés de gamme grand public ne permettant pas de fournir les performances et les fonctionnalités requises ni de pouvoir être supervisés ou télé-administrés, et une sécurité préoccupante engendrée notamment par un anti viral succint, l'absence de mise à jour des systèmes d'exploitation, la non garantie de récupération des données et l'absence de dispositif de recouvrement en cas d'avarie ou de panne, le maintien du dispositif ne s'appuyant que sur les interventions planifiées des techniciens et un système de demandes d'intervention très nettement insuffisant. Contrairement à ce que soutient la requérante, les courriers récurrents du département permettaient d'identifier ces manquements contractuels qui sont précis, graves et récurrents, mettant en cause les conditions d'exécution du service public de l'enseignement secondaire. Dès lors et quand bien même le département a accepté l'ensemble des documents de conception qui lui ont été présentés et a prononcé la mise à disposition des équipements et matériels sans réserves sur ces éléments, et alors qu'un parc d'équipements informatiques a un cycle de vie et que le remplacement de terminaux, théoriquement utilisables au-delà de cinq ans participe de la performance attendue, sur laquelle la société requérante s'était engagée, la résiliation aux torts était justifiée.

3. En deuxième lieu, le préjudice subi du fait de la résiliation d'un marché n'est indemnisable que si la décision de résiliation était injustifiée. Par suite et alors qu'il résulte du point précédent que la résiliation était fondée, l'irrégularité de la mise en demeure du 22 mai 2017 qui ne prévoyait qu'un délai de 15 jours et non le délai de deux mois mentionné à l'article 37 du contrat de partenariat, est sans incidence.

4. En dernier lieu, d'une part, les vicissitudes alléguées de management internes au département sont également sans incidence. D'autre part, s'il est soutenu que la décision de résiliation du contrat de partenariat est la cause de la mise en liquidation de la société ADN par jugement du tribunal de commerce de Paris en date du 24 juillet 2018, il résulte de l'instruction que celle-ci était en situation de cessation de paiement à compter de 2015 et par suite le lien de causalité direct et certain entre la résiliation prononcée par le département et la liquidation judiciaire, n'est pas établi.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées, que les conclusions indemnitaires présentées par la société ADN doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par le département :

6. Ainsi que le soutient la société ADN, aux termes de l'article 42.2. du contrat de partenariat, en fin de contrat, même anticipée, les matériels sont remis au département et deviennent sa propriété. Par suite, les conclusions reconventionnelles présentées par le département à fin de condamnation de la société ADN à récupérer sans délais les matériels entreposés et à en assurer elle-même la fin de vie dont le recyclage ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter l'ensemble des conclusions des parties présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société ADN est rejetée.

Article 2 : Les conclusions reconventionnelles présentées par le département d'Eure-et-Loir sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions présentées par le département d'Eure-et-Loir au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société ADN et au département d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

Anne A

L'assesseure la plus ancienne,

Laurence VINCENT

La greffière,

Nadine PENNETIER-MOINET

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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