jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-1903367 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LEDUC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 17 septembre 2019 et le 8 avril 2021,
M. B A, représenté par Me Leduc, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) de condamner le département d'Eure-et-Loir à la réparation totale du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'accident de service survenu le 11 septembre 2018 ;
2°) d'ordonner une expertise médicale sur le fondement de l'article R. 621-1 du code de justice administrative ;
3°) de mettre à la charge du département d'Eure-et-Loir une somme de 2 500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration a commis une faute inexcusable en ne respectant pas l'avis d'aptitude médicale avec restriction du 9 novembre 2017, a manqué à son obligation de sécurité et a porté atteinte à sa santé physique ;
- il est fondé à demander l'indemnisation de son préjudice corporel, de son préjudice moral, du préjudice esthétique et du préjudice d'agrément subis, à chiffrer par expertise médicale.
Par un mémoire enregistré le 21 octobre 2020, le département d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la reconnaissance de la faute inexcusable du département relève de la compétence des juridictions de la sécurité sociale ;
- le département est favorable à la demande d'expertise ;
- l'autre moyen n'est pas fondé, en l'absence de faute de la part du département et de lien de causalité direct et certain entre une éventuelle faute et le préjudice subi.
Par un jugement avant dire droit en date du 1er février 2022, le tribunal administratif d'Orléans a jugé que la responsabilité du département est engagée en raison du non-respect des préconisations du médecin de prévention et ordonné une expertise médicale.
Par un mémoire enregistré le 30 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Leduc, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le département d'Eure-et-Loir à lui verser, en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'accident de service survenu le 11 septembre 2018, les sommes de :
- 1 662,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel du 11 septembre 2018 au 16 décembre 2018 ;
- 175 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total du 17 au 21 décembre 2018 ;
- 89,25 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel du 22 décembre 2018 au 8 janvier 2019 ;
- 1 347,50 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel du 9 janvier 2019 au 26 mars 2019 ;
- 105 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire total du 27 mars 2019 au 29 mars 2019 ;
- 1 638 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire partiel du 30 mars 2019 au 12 février 2020 ;
- 25 950 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
- 20 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- 3 000 euros au titre de son préjudice d'agrément ;
- 2 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- 2 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent ;
- 5 000 euros au titre du préjudice sexuel ;
- et 10 733,75 euros au titre des frais d'aménagement de son véhicule.
2°) de mettre à la charge du département d'Eure-et-Loir une somme de 4 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que la charge définitive des frais d'expertise.
Il soutient que :
- la responsabilité du département est engagée ;
- ses prétentions sont fondées sur les conclusions de l'expert judiciaire qui a remis son rapport le 18 mai 2022.
Par ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 octobre 2022.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le jugement avant dire droit du 1er février 2022 ;
- le rapport de l'expert désigné par ordonnance du président du tribunal du 16 février 2022 ;
- l'ordonnance du 8 mars 2022 par laquelle le président du tribunal a accordé à l'expert une allocation provisionnelle de 1 500 euros ;
- l'ordonnance du 24 octobre 2022 par laquelle le président du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise à la somme de 2 416,60 euros toutes taxes comprises.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 21 mai 1966, adjoint technique de deuxième classe titulaire, au sein des services du département d'Eure-et-Loir depuis le 1er juillet 2014, exerçait au parc départemental de Chartres. Le 9 novembre 2017, lors d'une visite de reprise après maladie, le service interprofessionnel de santé au travail d'Eure-et-Loir a rendu un avis favorable à son aptitude mais avec des restrictions. Le 11 septembre 2018, il a été victime d'un accident reconnu imputable au service et placé en congé maladie jusqu'au 17 mars 2019. Le 9 juillet 2019, il a formé une demande préalable d'indemnisation auprès du conseil départemental, restée sans réponse. M. A a demandé au tribunal de condamner le département d'Eure-et-Loir à l'indemniser des préjudices subis en raison de cet accident. Par un jugement avant dire droit en date du 1er février 2022, le tribunal a jugé que la responsabilité du département est engagée en raison du non-respect des préconisations du médecin de prévention et ordonné une expertise médicale aux fins notamment de dire dans quelle mesure l'état de santé actuel de M. A est en relation directe avec l'accident dont il a été victime le 11 septembre 2018, ou résulte d'un état antérieur propre à la victime, et de déterminer, d'une part, l'éventuelle date de consolidation de son état de santé, d'autre part, le taux d'incapacité permanente partielle et les préjudices extra-patrimoniaux subis par M. A tels que le préjudice moral, le préjudice d'agrément et le préjudice esthétique en relation directe avec l'accident du 11 septembre 2018. L'expert désigné par le président de ce tribunal le 16 février 2022 a établi son rapport le 21 mai 2022 complété le 23 mai 2022 et fixé la date de consolidation de l'état de santé de M. A au 12 février 2020. M. A demande, dans le dernier état de ses écritures, la somme totale de 56 201 euros en réparation des préjudices subis.
En ce qui concerne le préjudice patrimonial :
2. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. A en lien avec l'accident de service ne lui permet que la conduite d'un véhicule automatique. Il sera fait une juste appréciation du surcoût lié à la nécessité pour M. A de disposer d'une boite de vitesse automatique en évaluant les frais d'aménagement du véhicule à la somme de 2 500 euros ainsi que, compte tenu, d'une part, de l'âge du requérant et, d'autre part, de la fréquence de renouvellement d'un véhicule, la somme de 9 200 euros au titre du renouvellement de cet aménagement. Il résulte de ce qui précède que le département doit être condamné à verser à M. A la somme totale de 11 700 euros en réparation de son préjudice patrimonial.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que M. A a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel du 11 septembre 2018 au 16 décembre 2018, soit 96 jours, un déficit temporaire total du 17 décembre 2018 au 21 décembre 2018, soit 5 jours, un déficit fonctionnel temporaire partiel avec une période d'amélioration à hauteur de 15% du 22 décembre 2018 au 8 janvier 2019, soit 17 jours, une période de déficit fonctionnel temporaire partiel à hauteur de 50% du 9 janvier 2019 au 26 mars 2019, soit 76 jours, un déficit fonctionnel temporaire total du 27 mars 2019 au 29 mars 2019, soit 3 jours, et un déficit fonctionnel partiel à hauteur de 15% du 30 mars 2019 au 12 février 2020, date de consolidation de son état de santé, soit 319 jours. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 2 450 euros. Il résulte de ce qui précède que le département doit être condamné à verser à M. A la somme de 2 450 euros en réparation de son déficit fonctionnel temporaire.
4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que M. A a un taux d'incapacité permanente de 5% et que la date de consolidation a été fixée au 12 février 2020, date à laquelle M. A était âgé de 53 ans. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 5 500 euros. Il résulte de ce qui précède que le département doit être condamné à verser à M. A la somme de 5 500 euros en réparation de son déficit fonctionnel permanent.
5. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que les souffrances endurées se sont élevées à 4 sur une échelle de 7 au titre des douleurs physiques et psychologiques en lien avec le traumatisme initial, les deux interventions et la rééducation prolongée. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en retenant un montant de 7 000 euros. Il résulte de ce qui précède que le département doit être condamné à verser à M. A la somme de 7 000 euros en réparation des souffrances endurées.
6. En quatrième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que le préjudice esthétique temporaire de M. A s'est élevé à 2,5 sur une échelle de 7 et que le préjudice esthétique subi depuis lors à titre permanent s'élève à 1. Il sera fait une juste appréciation de ces préjudices en retenant la somme globale de 1 000 euros. Il résulte de ce qui précède que le département doit être condamné à verser à M. A la somme de 1 000 euros en réparation de ses préjudices esthétiques.
7. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que M. A, qui pratiquait notamment la brasse et le bricolage, subit en raison de la diminution de ses capacités physiques en lien avec l'accident de service un préjudice d'agrément. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en retenant la somme de 1 000 euros. Il résulte de ce qui précède que le département doit être condamné à verser à M. A la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice d'agrément.
8. En dernier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que M. A subit un préjudice sexuel en lien avec l'accident. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en retenant la somme de 1 000 euros. Il résulte de ce qui précède que le département doit être condamné à verser à M. A la somme de 1 000 euros en réparation de son préjudice sexuel.
9. il résulte de tout ce qui précède que le département d'Eure-et-Loir doit être condamné à verser à M. A la somme totale 29 650 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'accident de service survenu le 11 septembre 2018.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
10. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".
11. Il y a lieu de mettre les frais et honoraires d'expertise, taxés et liquidés à la somme de 2 416,60 euros par ordonnance du 24 octobre 2022 du président du tribunal, à la charge définitive du département d'Eure-et-Loir.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département d'Eure-et-Loir une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le département d'Eure-et-Loir est condamné à verser à M. A la somme de 29 650 euros.
Article 2 : Les frais d'expertise, taxés et liquidés par ordonnance du 24 octobre 2022 à la somme de 2 416,60 euros TTC, sont mis à la charge définitive du département d'Eure-et-Loir.
Article 3 : Le département d'Eure-et-Loir versera à M. A la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au département d'Eure-et-Loir.
Copie en sera adressée, pour information, à M. le Docteur D, expert.
Délibéré après l'audience du 18 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
M. Joos, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
Valérie C
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026