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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-1904120

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-1904120

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-1904120
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP PRIETO DESNOIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2019 et des mémoires, enregistrés le 22 avril 2020, le 4 septembre 2020 et le 20 mai 2022, la compagnie Monceau Générale Assurances, représentée par Me Desnoix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le département du Cher à lui verser la somme de 187 834,30 euros au titre de la subrogation légale prévue à l'article L. 131-2 du code des assurances ;

2°) à titre subsidiaire, de communiquer la requête au département de Seine-Saint-Denis, tout en actant de la recevabilité de cette requête et de condamner le département de Seine-Saint-Denis à lui verser la somme de 187 834,30 euros ;

3°) de rejeter les demandes, fins et prétentions plus amples ou contraires et condamner le département du Cher ou tout succombant à lui verser la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

La compagnie soutient que :

- le département du Cher est responsable des dommages subis dès lors que l'enfant Akli E était placé chez une assistante familiale placée sous l'autorité du département du Cher, et que le mineur était placé sur son territoire au moment des faits ;

- subsidiairement, le département de Seine-Saint-Denis doit voir sa responsabilité engagée et la requête est recevable en tant qu'elle est dirigée contre ce département ;

- le département du Cher doit être condamné à rembourser l'intégralité des sommes versées à son assuré.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 12 décembre 2019 et le 29 juillet 2020, le département du Cher conclut au rejet de la requête.

Le département soutient que la requête est mal dirigée.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le département de Seine-Saint-Denis en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant lui par la requérante ou pour son compte (article R. 421-1 du code de justice administrative).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,

- les observations de Me Halbardier, substituant Me Desnois, représentant la société Monceau Générale Assurances.

Considérant ce qui suit :

1. Le 8 février 2010, le tribunal pour enfants de D a maintenu le placement du mineur A E auprès du service d'aide sociale à l'enfance du département de Seine-Saint-Denis, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil. Le 3 mars 2010, le jeune A E, confié par le service d'aide sociale à l'enfance du département de Seine-Saint-Denis à une famille d'accueil dans le département du Cher pendant les vacances scolaires, a causé des destructions involontaires de biens situés à Neuilly-en-Sancerre et appartenant à M. C, dont la compagnie Monceau Générale Assurances (MGA) est l'assureur. Le 13 mars 2012, le tribunal pour enfants de D a reconnu le jeune A E coupable des faits qui lui étaient reprochés et ses parents ont été mis hors de cause.

2. Après avoir indemnisé son assuré, M. C, la compagnie MGA, subrogée dans les droits de ce dernier, a formé une demande auprès du département du Cher, le 10 octobre 2019, tendant à ce que le département reconnaisse sa responsabilité et l'indemnise des sommes qu'elle a versées à son assuré. La compagnie MGA, dans le dernier état de ses écritures, demande au tribunal de reconnaître le département du Cher responsable des dommages survenus le 3 mars 2010 et de le condamner à lui verser la somme de 187 834,30 euros, à titre subsidiaire de communiquer sa requête au département de la Seine-Saint-Denis et de condamner ce département à lui verser la même somme.

Sur la compétence territoriale du tribunal :

3. Aux termes de l'article R. 312-14 du code de justice administrative : " Les actions en responsabilité fondées sur une cause autre que la méconnaissance d'un contrat ou d'un quasi-contrat et dirigées contre l'Etat, les autres personnes publiques ou les organismes privés gérant un service public relèvent () / 2º Lorsque le dommage invoqué est imputable () à un fait ou à un agissement administratif, de la compétence du tribunal administratif dans le ressort duquel se trouve le lieu où le fait générateur du dommage s'est produit () ". Dès lors, le présent tribunal administratif, dans le ressort duquel est situé le lieu du fait générateur du dommage, est compétent pour connaître de la requête susvisée.

Sur les conclusions tendant à la mise en cause de la responsabilité du département de Seine-Saint-Denis :

4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'une décision de l'administration rejetant une demande formée devant elle par le requérant ou pour son compte, une requête tendant au versement d'une somme d'argent est irrecevable. Aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. ".

5. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que la compagnie MGA aurait saisi le département de Seine-Saint-Denis d'une réclamation préalable indemnitaire qui aurait fait naitre une décision expresse ou implicite avant que le présent tribunal ne statue. Par ailleurs, ni les dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni aucun autre texte ou principe général ne faisait obligation au conseil départemental du Cher, personne publique dotée de la personnalité morale et qui n'agissait pas pour le compte d'une autre personne publique, de transmettre la réclamation préalable indemnitaire dont il a été destinataire au conseil départemental de Seine-Saint-Denis. Par suite, le conseil départemental de Seine-Saint-Denis ne peut être réputé avoir implicitement rejeté la réclamation préalable et lié le contentieux. Les conclusions dirigées contre le département de Seine-Saint-Denis sont donc irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la mise en cause de la responsabilité du département du Cher :

6. La décision par laquelle le juge des enfants confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à un service départemental de l'aide à l'enfance, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont le département se trouve ainsi investi lorsque le mineur a été confié à un service ou établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés au tiers par ce mineur. A l'égard de la victime, cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où le dommage est imputable à une faute de celle-ci ou à un cas de force majeure. En outre, dans le cadre d'une action en garantie, le département peut, le cas échéant, se prévaloir de la faute du tiers ayant concouru à la réalisation du dommage.

7. Il résulte du jugement du tribunal pour enfants de D du 13 mars 2012 que " E Akli était confié à l'aide sociale à l'enfance lors des faits, il convient de mettre ses parents hors de cause ". Par ailleurs, il résulte de l'instruction, et notamment du jugement du tribunal pour enfants de D du 8 février 2010 de maintien de placement en assistance éducative, que le placement d'Akli E auprès de l'aide sociale à l'enfance de Seine-Saint-Denis a été prolongé pour une durée de deux ans à compter du 11 février 2010. Enfin, il résulte de l'instruction qu'au moment des faits, le jeune A E était placé chez Mme B, qui n'a jamais fait partie des effectifs du conseil départemental du Cher. Il ne résulte donc pas de l'instruction qu'au moment du fait générateur, le 3 mars 2010, la garde du jeune A E avait été confiée dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil au service départemental de l'aide à l'enfance du Cher. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité du département du Cher doivent être rejetées alors même que l'enfant se trouvait au moment des faits sur le territoire du département du Cher.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme dont la compagnie Monceau Générale Assurances réclame le versement au titre des frais de justice soit mise à la charge du département du Cher ou du département de Seine-Saint-Denis.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la compagnie Monceau Générale Assurances est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la compagnie Monceau Générale Assurances, au département du Cher et au département de Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

Sébastien VIEVILLE

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au préfet du Cher en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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