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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-1904371

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-1904371

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-1904371
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET CASADEI-JUNG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 décembre 2019 et un mémoire, enregistré le 21 juin 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Taxis du Sullias, représentée par Me Carpe, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Saint-Cyr-en-Val à lui verser la somme de 336 355,20 euros à titre de dommages et intérêts ;

2°) de mettre à la charge de la commune le versement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi qu'aux entiers dépens.

La société soutient que :

- la commune de Saint-Cyr-en-Val a commis une faute en refusant de présenter son dossier auprès de la commission départementale ainsi qu'en refusant d'examiner la demande d'autorisation d'emplacement ;

- cette faute a entrainé un préjudice résultant du manque à gagner qui peut être évalué à 336 355,20 euros sur vingt années d'exploitation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2020, la commune de Saint-Cyr-en-Val, représentée par Me Rainaud, conclut au rejet de la requête et à ce que la SARL Taxis du Sullias soit condamnée à lui verser la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que la demande indemnitaire doit être rejetée dès lors que l'autorité qui s'attache au jugement du tribunal administratif du 22 janvier 2015 s'oppose à ce qu'il y soit fait droit et qu'elle n'est pas fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,

- et les observations de Me Cadinot-Mantion, représentant la SARL Taxis du Sullias et de Me Tissier-Lotz, représentant la commune de Saint-Cyr-en-Val.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Taxis du Sullias a sollicité, dès le 26 septembre 2006, la délivrance d'une autorisation de stationnement sur la commune de Saint-Cyr-en-Val. Sa demande n'a pu être satisfaite faute de place disponible jusqu'en 2012, mais la SARL Taxis du Sullias figurait néanmoins en première place sur la liste d'attente. En avril 2012, la commune de Saint-Cyr-en-Val a adopté une délibération visant à autoriser la création de deux nouvelles places de stationnement pour taxis. La société a alors déposé un dossier de candidature pour l'obtention d'un emplacement. Le 19 avril 2012, le maire de la commune a demandé à la société de compléter son dossier. La commission départementale des taxis chargée de donner un avis sur la délivrance des deux places de stationnement nouvellement créées s'est réunie le 20 juin 2012 puis le maire de la commune de Saint-Cyr-en-Val a finalement accordé une autorisation au second candidat qui figurait en seconde position sur la liste d'attente pour qu'il puisse stationner un véhicule sur l'une des deux places et aucune autorisation pour le second emplacement n'a été accordée.

2. Par jugement du 22 janvier 2015, le présent tribunal a, d'une part, annulé la décision par laquelle le maire de la commune de Saint-Cyr-en-Val a implicitement refusé de délivrer à la SARL Taxis du Sullias une autorisation de stationnement et la décision par laquelle il a rejeté le recours gracieux formé par cette société contre cette décision, d'autre part, a enjoint à la commune de Saint-Cyr-en-Val de procéder au réexamen de la demande d'autorisation de stationnement présentée par la SARL Taxis du Sullias et, enfin, a rejeté les conclusions indemnitaires. La société a formé une demande d'exécution de ce jugement qui, après ouverture d'une phase juridictionnelle, a été rejetée par un jugement du 30 juin 2017. Ce jugement a été confirmé par la cour administrative d'appel de Nantes dans un arrêt du 9 février 2018.

3. Par courrier du 14 août 2019, la société Taxis du Sullias a adressé à la commune de Saint-Cyr-en-Val une réclamation indemnitaire. Par courrier du 14 octobre 2019, le maire a rejeté la demande.

Sur les conclusions indemnitaires :

4. L'article 1355 du code civil dispose que : " L'autorité de la chose jugée n'a lieu qu'à l'égard de ce qui a fait l'objet du jugement. Il faut que la chose demandée soit la même ; que la demande soit fondée sur la même cause ; que la demande soit entre les mêmes parties, et formée par elles et contre elles en la même qualité ". L'autorité relative de chose jugée s'attachant à une décision juridictionnelle intervenue dans un litige de plein contentieux est subordonnée à la triple identité de parties, d'objet et de cause.

5. Il résulte de l'instruction que la SARL Taxis du Sullias a formé le 21 décembre 2012 un recours gracieux tendant à l'annulation de la décision par laquelle le maire a implicitement refusé de lui attribuer une place de stationnement et sollicitant l'indemnisation de son préjudice constitué par une perte de gains. Par le jugement ci-dessus mentionné du 22 janvier 2015, le présent tribunal a rejeté sa demande indemnitaire en considérant que la circonstance que la SARL Taxis du Sullias n'ait pas obtenu d'autorisation était imputable à sa propre faute, laquelle était de nature à exonérer en totalité la commune de sa responsabilité.

6. Par suite, et ainsi que le soutient la commune de Saint-Cyr-en-Val en défense, la société requérante n'est pas fondée, au regard de l'autorité relative qui s'attache au dispositif et aux motifs du jugement du 22 janvier 2015, à solliciter de nouveau l'indemnisation du préjudice résultant du manque à gagner qu'elle évalue dans le cadre de la présente instance à 336 355,20 euros sur vingt années d'exploitation, dès lors que sa demande est dirigée contre la même partie, à savoir la commune de Saint-Cyr-en-Val, qu'elle repose sur la même cause juridique, à savoir le refus illégal de présenter son dossier considéré à tort comme étant incomplet et qu'elle porte sur le même objet, à savoir l'indemnisation d'un manque à gagner courant à partir du mois de juillet 2014.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Cyr-en-Val la somme que réclame la société requérante au titre des frais de justice. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Taxis du Sullias une somme de 1 500 euros à verser à la commune en application de ces mêmes dispositions.

9. D'autre part, la demande de la société requérante tendant à ce que la commune soit condamnée aux entiers dépens doit être rejetée dès lors qu'aucun dépens n'a été exposé pour les besoins de l'instance.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de la SARL Taxis du Sullias est rejetée.

Article 2 : La SARL Taxis du Sullias versera une somme de 1 500 euros à la commune de Saint-Cyr-en-Val en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Taxis du Sullias et à la commune de Saint-Cyr-en-Val.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

Sébastien VIEVILLE

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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