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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2000297

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2000297

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2000297
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP D'AVOCATS TEN FRANCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 janvier 2020 et le 6 août 2020, la société par actions simplifiée (SAS) DLD, représentée par la société d'avocats Ten France, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction, à hauteur de 127 381 euros, des cotisations de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017, à raison de l'ensemble commercial qu'elle exploite à Loches ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- selon l'article 3 de la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 et l'article 1er du décret n° 95-85 du 26 janvier 1995, il existe une différence entre l'entreprise et l'établissement, il y a autant d'établissements qu'il y a d'adresses différentes ou de cotisations foncières des entreprises différentes et la taxe sur les surfaces commerciales (TASCOM) est déterminée au niveau des établissements, quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite ; cette analyse est confirmée par la doctrine BOI-TFP-TSC n° 2015-05-06 paragraphes 30 et 40 ; ainsi une même entreprise peut être constituée de plusieurs établissements distincts, parmi les différents établissements d'une même entreprise, certains peuvent ne pas entrer dans le champ d'application de la TASCOM et le regroupement de plusieurs locaux d'une même entreprise en un même lieu ne conduit pas automatiquement à l'assimilation de tous les locaux en un seul et même établissement ;

- elle dispose de deux établissements distincts sur la commune de Loches : un magasin situé sur une parcelle cadastrée AK 59 et une station-service située sur des parcelles cadastrées AK 48 et AK 49 ; ils disposent chacun d'un invariant, ce qui montre qu'ils sont destinés à une utilisation distincte au sens de l'article 1494 et de l'article 324 A de l'annexe III au code général des impôts et d'une adresse différente ; il n'existe aucune continuité entre l'établissement supermarché et l'établissement station-service, chacun opérant dans un secteur économique distinct ;

- la station-service, qui constitue un établissement autonome au regard de la TASCOM, n'entre toutefois pas dans le champ de cette taxe dès lors qu'elle ne constitue ni un immeuble bâti, clos et couvert ni un immeuble ouvert au public.

Par des mémoires enregistrés le 17 juillet 2020 et le 30 décembre 2020, le directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 72-657 du 13 juillet 1972 ;

- le décret n° 95-85 du 26 janvier 1995 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Toullec, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Doisneau-Herry, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société DLD exploitait jusqu'au 30 septembre 2016, sur le territoire de la commune de Loches, sous l'enseigne " Super U ", un supermarché de vente au détail et une station-service. Conformément à ses déclarations de taxe sur les surfaces commerciales pour l'ensemble de ces bâtiments, souscrites le 22 mai 2016, elle a été imposée à hauteur de 206 628 euros au titre de l'année 2016 et de 108 396 euros au titre de l'année 2017. Estimant que la station-service constituait un établissement distinct du supermarché et n'entrait pas dans le champ d'application de la taxe sur les surfaces commerciales, la société DLD a, le 10 octobre 2018, déposé des déclarations rectificatives de taxe sur les surfaces commerciales et demandé la réduction en conséquence de ces cotisations. L'administration ayant rejeté sa réclamation par une décision du 9 décembre 2019, la société DLD demande la réduction, à hauteur de 127 381 euros, des cotisations de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017.

2. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 instituant des mesures en faveur de certaines catégories de commerçants et artisans âgés : " Il est institué une taxe sur les surfaces commerciales assise sur la surface de vente des magasins de commerce de détail, dès lors qu'elle dépasse 400 mètres carrés des établissements ouverts à partir du 1er janvier 1960 quelle que soit la forme juridique de l'entreprise qui les exploite () / Toutefois, le seuil de superficie de 400 mètres carrés ne s'applique pas aux établissements contrôlés directement ou indirectement par une même personne et exploités sous une même enseigne commerciale lorsque la surface de vente cumulée de l'ensemble de ces établissements excède 4 000 mètres carrés. / La surface de vente des magasins de commerce de détail, prise en compte pour le calcul de la taxe, et celle visée à l'article L. 720-5 du code de commerce, s'entendent des espaces affectés à la circulation de la clientèle pour effectuer ses achats, de ceux affectés à l'exposition des marchandises proposées à la vente, à leur paiement, et de ceux affectés à la circulation du personnel pour présenter les marchandises à la vente. / La surface de vente des magasins de commerce de détail prise en compte pour le calcul de la taxe ne comprend que la partie close et couverte de ces magasins () / Si ces établissements, à l'exception de ceux dont l'activité principale est la vente ou la réparation de véhicules automobiles, ont également une activité de vente au détail de carburants, l'assiette de la taxe comprend en outre une surface calculée forfaitairement en fonction du nombre de position de ravitaillement dans la limite de 70 mètres carrés par position de ravitaillement () ".

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 26 janvier 1995 relatif à la taxe sur les surfaces commerciales, dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Pour l'application de la loi du 13 juillet 1972 susvisée, l'établissement s'entend de l'unité locale où s'exerce tout ou partie de l'activité d'une entreprise. Lorsque plusieurs locaux d'une même entreprise sont groupés en un même lieu comportant une adresse unique ou sont assujettis à une même taxe professionnelle, ils constituent un seul établissement () ". Constituent une unité locale au sens de ces dispositions les locaux d'une même entreprise formant un ensemble géographiquement cohérent pour l'exercice de tout ou partie de l'activité de cette entreprise, notamment ceux comportant une adresse unique ou assujettis à une même cotisation foncière des entreprises.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le supermarché et la station-service, exploités par la société DLD sous l'enseigne commune " Super U ", sont situés au sein du même centre commercial, à une cinquantaine de mètres l'un de l'autre et desservis à partir d'une route départementale par une voie de circulation interne permettant d'y accéder. En outre, il est constant que ces activités sont soumises à une seule cotisation foncière des entreprises. La circonstance que ces locaux disposeraient de numéros d'invariant distincts est sans incidence sur la qualification d'établissement. Dans ces conditions, les locaux litigieux constituent une seule unité locale et par suite un seul établissement au sens de la loi du 13 juillet 1972, quand bien même ils ont des adresses distinctes et sont situés sur des parcelles cadastrales différentes.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1972 que l'assiette de la taxe sur les surfaces commerciales comprend, pour les magasins de commerce en détail exerçant également une activité de vente au détail de carburants, une surface calculée forfaitairement en fonction du nombre de positions de ravitaillement, dans la limite de 70 mètres carrés par position de ravitaillement. Ces dispositions n'excluent pas de la surface à prendre en compte à ce titre les locaux qui ne seraient pas bâtis, clos, couverts ou ouverts au public. Dès lors que, ainsi qu'il vient d'être dit, la station-service en cause ne constitue pas un établissement distinct du supermarché, la surface qui lui est affectée devait être prise en compte pour le calcul de la taxe sur les surfaces commerciales. La requérante ne peut, par suite, soutenir que la station-service qu'elle exploitait n'entre pas dans le champ de cette taxe au motif qu'elle ne constitue ni un immeuble bâti, clos et couvert ni un immeuble ouvert au public.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ".

7. Si la société requérante entend se prévaloir des paragraphes 30 et 40 de l'instruction référencée BOI-TFP-TSC dans sa version du 6 mai 2015, elle n'a fait l'objet d'aucun rehaussement d'imposition et n'est par suite pas fondée à invoquer les dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

8. Il résulte de ce qui précède que la société DLD n'est pas fondée à demander la réduction des cotisations de taxe sur les surfaces commerciales auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2016 et 2017.

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société DLD est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SAS DLD et au directeur régional des finances publiques du Centre-Val de Loire et du département du Loiret.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Dorlencourt, président,

Mme Le Toullec, première conseillère,

M. Lardennois, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La rapporteure,

Hélène LE TOULLEC

Le président,

Frédéric DORLENCOURT Le greffier,

Alexandre HELLOT

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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