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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2000400

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2000400

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2000400
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantVERNAZ (HON.) - AIDAT-ROUAULT - GAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2020 et un mémoire, enregistré le 15 février 2021, le groupement d'intérêt économique (GIE) IRM Val de l'Eure, représenté par la SELARL Vernaz Aidat Rouault Gaillard, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Chartres à lui verser les sommes de 104 054,89 euros au titre des frais de réparation et 36 405,60 euros au titre de son manque à gagner ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Chartres une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le GIE soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'agent de sécurité du centre hospitalier a effectué une fausse manœuvre à l'origine d'un Quench sur un des IRM appartenant au GIE ;

- les frais de remise en état et le manque à gagner représentent une somme globale de 140 460,49 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2020, le centre hospitalier de Chartres, représenté par Me Derec, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du GIE une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête est irrecevable et que la responsabilité du centre hospitalier n'est pas engagée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,

- et les observations de Me Derec, représentant le centre hospitalier de Chartres.

Considérant ce qui suit :

1. Le groupement d'intérêt économique (GIE) IRM Val de L'Eure, constitué en 2014 entre les centres hospitaliers de Chartres, Châteaudun et Nogent-le-Rotrou ainsi que les sociétés Imagerie Médicale Jeanne d'Arc et CIM 3M, exploite deux imageurs par résonance magnétique dans des locaux appartenant pour partie au centre hospitalier de Chartres et pour une autre partie au GIE lui-même. Le 29 mai 2018 à 21 h 23, Mme B, employée de la société H2eaux chargée du nettoyage des locaux situés au sein du centre hospitalier de Chartres, a par erreur appuyé sur un bouton d'arrêt d'urgence " coup de poing " dans une salle d'IRM, entraînant une coupure de l'alimentation électrique et le déclenchement d'une alarme sonore dans la salle de commande des appareils IRM. Son collègue, M. C, est allé chercher à 21 h 25 l'agent de sécurité du centre hospitalier de Chartres, M. A, qui aurait rétabli l'alimentation électrique avant de se rendre dans la salle de commandes pour désactiver l'alarme sonore. Un évènement indésirable s'est alors produit à 21 h 28 mn 41 sec consistant en un " quench ", c'est-à-dire une perte soudaine de supraconductivité de la bobine de l'aimant de l'IRM en raison de la vaporisation très rapide de l'hélium liquide en hélium gazeux. Cet incident a entrainé la mise hors service de l'IRM pendant six jours. Après la réalisation d'une expertise amiable contradictoire, le GIE IRM Val de l'Eure a adressé une réclamation préalable indemnitaire au centre hospitalier de Chartres, qui l'a transmise à son assureur, lequel a opposé un refus à cette demande en contestant toute responsabilité de son assuré. Le GIE demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Chartres à l'indemniser des préjudices résultant de l'évènement indésirable du 29 mai 2018.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. L'article 18 des statuts du GIE stipule : " Le groupement est administré par une personne morale membre fondatrice du groupement désignée pour une année par l'assemblée générale à la majorité des deux tiers. () les personnes morales nommées administrateurs du groupement sont tenues de désigner un représentant soumis aux mêmes conditions et obligations que s'il était administrateur en son nom propre, sans préjudice de la responsabilité solidaire de la personne qu'il représente. () à ce titre, les centres hospitaliers de Chartres, Châteaudun et Nogent-le-Rotrou seront représentés par leur directeur respectif, qui pourra en cas d'empêchement, déléguer sa signature dans les conditions prévues par la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009. () ". L'article 19 de ces mêmes statuts stipule : " L'administrateur représente le groupement dans ses rapports avec les tiers, il dispose des pouvoirs les plus étendus pour agir en toute circonstances au nom du groupement ".

3. Par décision du 14 mars 2019 signée du directeur de la Selarl Imagerie médicale Jeanne d'Arc, du directeur de l'hôpital de Chartres, de la représentante du centre hospitalier de Châteaudun et de Nogent-le-Rotrou et du docteur D, représentant la SCM CIM 3M, l'assemblée générale du GIE requérant a désigné M. F E pour assurer les fonctions d'administrateur du groupement au nom de l'établissement.

4. Il s'ensuit que le centre hospitalier de Chartres n'est pas fondé à soutenir, d'une part, que l'administrateur du GIE ne dispose pas du pouvoir d'agir et de représenter le GIE en justice et, d'autre part, que M. E n'a pas été désigné administrateur du GIE. La fin de non-recevoir opposée en défense doit, dès lors, être écartée.

Sur la responsabilité :

5. Les conditions d'engagement de la responsabilité pour faute d'une personne publique supposent l'existence d'une faute, l'existence d'un dommage réel, actuel, direct et certain et l'existence d'un lien de causalité entre la faute commise et le dommage.

6. Il résulte de l'instruction que le mardi 29 mai 2018, deux employés d'une société de nettoyage procédaient au nettoyage des locaux du GIE. Une employée de cette société a actionné par erreur la coupure d'alimentation électrique de la salle de l'IRM 1 et notamment, la coupure d'alimentation du compresseur de l'IRM. Cette coupure, survenue à 21 h 23 mn, a provoqué le déclenchement d'une alarme sonore immédiatement perçue par l'employée. Cette dernière et son collègue, après avoir localisé l'origine de l'alarme sonore, ont fait appel à l'agent de sécurité du centre hospitalier qui s'est rendu sur place et a réarmé le dispositif coup de poing. Puis l'agent de sécurité et un des employés de la société de nettoyage se sont rendus dans la salle de commande d'où provenait l'alarme sonore. L'agent de sécurité a actionné sur le bouton permettant de stopper l'alarme, situé sur le même tableau de commande que le bouton commandant le " quench ". A 21 h 28 mn et 41 sec, un " quench " a été déclenché entrainant une purge de l'hélium maintenant l'aimant en état de supra conductivité. Le désarmement est ensuite survenu à 21 h 28 mn et 53 sec. Toutefois, à son retour au poste de sécurité, l'agent a été prévenu de la présence d'une fumée montant du toit du centre hospitalier, provoquée par l'hélium délivré à la suite de l'incident. Une expertise contradictoire a été réalisée au cours de laquelle si l'agent de sécurité du centre hospitalier de Chartres a reconnu avoir appuyé sur une commande, aucun des intervenants n'a au final reconnu avoir actionné la commande permettant de déclencher le " quench ". En revanche, les techniciens du constructeur de l'IRM ont, pour leur part, constaté que les scellés protégeant l'accès au bouton de " quench " avaient été cassés.

7. Il résulte ainsi du rapport d'expertise établi contradictoirement entre les parties que le " quench " a été provoqué par la manipulation d'une commande et que l'agent de sécurité doit être regardé comme la personne ayant manipulé accidentellement la commande en cause. S'il résulte également de l'instruction qu'un des employés de la société de ménage a coupé accidentellement l'alimentation électrique de l'IRM 1, entrainant une absence d'alimentation du compresseur chargé de refroidir l'hélium alimentant l'aimant de l'IRM, il résulte néanmoins du procès-verbal et du rapport d'expertise que les agents de la société de nettoyage n'ont pas effectué d'autres manœuvres, mais se sont contentés de localiser l'origine de l'alarme et ont prévenu l'agent de sécurité du centre hospitalier lequel a agi, d'abord en réarmant le dispositif coup de poing, puis en manœuvrant le tableau de commande pour arrêter l'alarme sonore. En outre, eu égard au faible laps de temps qui s'est écoulé entre la coupure électrique et le déclenchement accidentel du " quench " et au déroulement des actions des différents protagonistes tel que rappelé ci-dessus, il résulte de l'instruction que la commande de déclenchement du " quench " située sur le tableau de commande de l'IRM n'a pu être actionnée que par l'agent de sécurité du centre hospitalier.

8. Dans ces conditions, le GIE IRM Val de l'Eure est fondé à soutenir que la responsabilité du centre hospitalier de Chartres est engagée dans la survenance de cet incident.

9. Néanmoins, ainsi que le soutient le centre hospitalier en défense, il appartenait au GIE de sécuriser de manière plus importante le bouton de coupure de l'électricité et le bouton

de déclenchement du " quench ", à tout le moins en indiquant par un affichage d'avertissement clair et compréhensible la nature des commande en cause, de manière à ce que des personnes habilitées à entrer dans la salle d'IRM, sans toutefois être des techniciens spécialisés dans la manipulation de ce type de matériel, puissent être à même de comprendre la fonction de ces commandes. Cette imprudence commise par le GIE, qui présente un caractère fautif, est de nature à exonérer le centre hospitalier de sa responsabilité à hauteur de la moitié des préjudices subis. En revanche, la circonstance que les employés de la société de nettoyage aient accidentellement provoqué une coupure électrique à l'origine de l'enchainement des faits ayant amené à la réalisation du dommage n'est pas de nature à atténuer la part de responsabilité du centre hospitalier dans la survenance de ce dernier, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne résulte pas de l'instruction qu'ils aient déclenché le " quench ".

Sur les préjudices :

10. Il résulte de l'instruction que le déclenchement accidentel du " quench " a entrainé la nécessité de procéder à des réparations importantes sur l'IRM ainsi qu'au remplissage en hélium. Le dommage matériel s'élève à 104 054,89 euros. Compte tenu du partage de responsabilité retenu, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Chartres une somme de 52 027,45 euros.

11. S'agissant de la perte d'exploitation de l'IRM pendant une durée de six jours, le GIE requérant ne justifie pas, par les pièces qu'il produit, à savoir un tableau estimatif et une attestation non circonstanciée d'expert-comptable, de l'importance de ce dommage. Aucune indemnisation ne peut, dès lors, lui être accordée à ce titre.

Sur les frais liés au litige :

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Chartres la somme réclamée par le GIE IRM Val de l'Eure en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les mêmes dispositions font obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande du centre hospitalier tendant à l'application des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1 : Le centre hospitalier de Chartres est condamné à verser une somme de 52 027,45 euros au GIE IRM Val de l'Eure en réparation des préjudices subis à la suite de l'incident survenu le 29 mai 2018.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au GIE IRM Val de l'Eure et au centre hospitalier de Chartres.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

Le rapporteur,

Sébastien VIEVILLE

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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