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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2000696

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2000696

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2000696
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantSCP COUBRIS COURTOIS ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 février 2020 et 28 octobre 2021, Mme K G, M. N G, agissant à titre personnel et en tant que représentant légal de ses fils D G et C G, O F G, agissant à titre personnel et en tant que représentante légale de sa fille A H et Mme E G, chacun agissant également en qualité d'ayants droit de M. J G, représentés par la SELARL Coubris, Courtois et associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond et le centre hospitalier de Bourges, en répartissant entre les deux établissements la part imputable à chacun dans la survenue du décès de M. J G, à leur verser, en leur qualité d'ayants droit de ce dernier, une somme de 15 000 euros, à verser à Mme K G une somme de 198 442,59 euros, à Mme E G une somme de 35 000 euros, à Mme F G une somme de 20 000 euros, à M. N G une somme de 20 000 euros et aux jeunes D G, C G et A H une somme de 8 000 euros chacun, en réparation des préjudices nés du décès de leur époux, père et grand-père, sommes assorties des intérêts légaux à compter de la date d'introduction de leur requête ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond et du centre hospitalier de Bourges la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Ils soutiennent que :

- les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges ont commis une faute de nature à engager leur responsabilité résultant d'un défaut de communication des antécédents de M. J G lors de son transfert du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond vers celui de Bourges ;

- cette faute est à l'origine exclusive du décès de M. J G le 20 mai 2016 ; subsidiairement, la part de son état antérieur dans la survenue du décès ne saurait excéder 10 % ;

- les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges devront être condamnés solidairement à réparer les préjudices qui en ont résulté, la part imputable à l'un ou l'autre des établissements étant laissée à l'appréciation souveraine des juges ;

- s'agissant des préjudices de M. J G, les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges devront être condamnés à verser à ses ayants droit la somme de 10 000 euros au titre des souffrances endurées et de 5 000 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

- s'agissant des préjudices de Mme L G, les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges devront être condamnés à lui verser la somme de 30 000 euros au titre de son préjudice d'affection, 5 000 euros au titre de son préjudice d'accompagnement, 14 800 euros au titre des frais d'obsèques et 148 642,59 euros au titre du préjudice économique ;

- s'agissant des préjudices de Mme E G, les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges devront être condamnés à lui verser la somme de 30 000 euros au titre de son préjudice d'affection et de 5 000 euros au titre de son préjudice d'accompagnement ;

- s'agissant des préjudices de Mme F G, les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges devront être condamnés à lui verser la somme de 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection et de 5 000 euros au titre de son préjudice d'accompagnement ;

- s'agissant des préjudices de M. N G, les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges devront être condamnés à lui verser la somme de 15 000 euros au titre de son préjudice d'affection et de 5 000 euros au titre de son préjudice d'accompagnement ;

- s'agissant des préjudices des jeunes D G, C G et A G, les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges devront être condamnés à leur verser la somme de 8 000 euros chacun au titre de leur préjudice d'affection.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 avril 2020 et 22 novembre 2021, le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond, représenté par Me Chauplannaz, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, au rejet des conclusions dirigées contre lui ;

2°) subsidiairement, à la limitation de l'indemnisation due à Mme L G à la somme de 8 004,16 euros au titre du préjudice économique ;

3°) en tout état de cause, à ce que soient mis à la charge des requérants la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- aucune faute ne peut lui être reprochée lors du transfert de M. J G au centre hospitalier de Bourges dès lors que :

* un échange téléphonique est intervenu entre les équipes médicales des deux centres hospitaliers et l'information concernant l'allergie de la victime à la pénicilline a été transmise au centre hospitalier de Bourges à cette occasion ;

* la fiche récapitulative de prise en charge de M. J G au service des urgences du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond, sur laquelle figurait l'information relative à l'allergie du patient, a été remise aux agents du SMUR chargés de son transfert ;

* le médecin urgentiste du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond n'avait pas à rédiger de courrier à l'attention du personnel médical du centre hospitalier de Bourges compte tenu de l'urgence de la situation, de la très courte prise en charge du patient au service des urgences de l'établissement et de ce que les informations relatives à l'allergie du patient avaient été transmises au centre hospitalier de Bourges via le double de la fiche récapitulative de prise en charge ;

* le SMUR n'a pas correctement rempli la fiche d'intervention, il est donc pleinement responsable de la perte d'information médicale lors du transfert de M. J G au centre hospitalier de Bourges ;

- les demandes présentées par les requérants au titre des souffrances endurées et du préjudice esthétique temporaire subi par M. J G devront être rejetées ;

- les demandes présentées au titre du préjudice d'affection des proches de M. J G sont surévaluées ;

- le préjudice d'accompagnement des proches de M. J G n'est pas démontré ;

- les demandes présentées au titre des frais d'obsèques sont surévaluées ;

- la demande présentée au titre du préjudice économique subi par Mme L G est elle aussi surévaluée et devra être rejetée ou, subsidiairement, être limitée à la somme de 8 004,16 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 novembre 2021, le centre hospitalier de Bourges, représenté par Me Derec, conclut à ce que sa part de responsabilité soit limitée à 50 % du dommage et à ce que le montant total de la condamnation soit fixé à la somme de

38 159,21 euros calculée sur la base d'une perte de chance de 80 %, à la limitation de la somme mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à la somme de 1 200 euros et au rejet du surplus des conclusions présentées par le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond.

Il soutient que :

- l'erreur initiale à l'origine du décès de M. J G ayant été commise par le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond qui ne lui a pas correctement transmis une information capitale sur la grave allergie que présentait l'intéressé, la responsabilité de cet établissement doit être retenue à part égale avec la sienne ;

- une perte de chance à hauteur de 80 % d'éviter le risque de décès doit être retenue dès lors que l'incidence de l'état antérieur de M. J G a concouru à hauteur de 20 % à son décès ;

- la réparation des préjudices devra être limitée à hauteur de 38 159,21 euros après application du taux de perte de chance de 80 %, dont 50 % seront mis à sa charge.

Par un courrier, enregistré le 25 février 2020, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Loir-et-Cher, agissant au nom et pour le compte de la CPAM du Cher, a informé le tribunal qu'elle n'entendait pas intervenir à l'instance.

Elle soutient que l'assureur du centre hospitalier de Bourges lui a réglé le montant de sa créance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. I ;

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Tiphaine, représentant les consorts G, de Me Boughanm, substituant Me Chauplannaz, représentant le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond et de Me Barata, substituant Me Derec, représentant le centre hospitalier de Bourges.

Considérant ce qui suit :

1. M. J G, alors âgé de cinquante-six ans, s'est présenté aux urgences du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond le 19 mai 2016 à 19h33 alors qu'il souffrait d'une dyspnée évoluant depuis quinze jours et présentait des signes de bronchite spastique avec décompensation cardiaque. A son arrivée dans l'établissement, il a indiqué être allergique à la pénicilline. Un traitement a alors été mis en place associant aérosols, diurétiques et vasodilatateurs. En l'absence d'amélioration clinique, il a été décidé une intubation orotrachéale, une mise sous ventilation mécanique ainsi que le transfert du patient au centre hospitalier de Bourges, lequel a été réalisé par une équipe du service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) de Bourges le 20 mai 2016 à 2h30. M. J G a été admis à 3h22 au sein du service de réanimation du centre hospitalier de Bourges, où il lui a été prescrit 2g d'amoxicilline/acide-clavulanique toutes les huit heures. A 5h55, M. J G a présenté une hypotension artérielle brutale et une bradycardie extrême et son décès a été constaté le jour même à 6h28.

2. Estimant que la responsabilité des centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges était engagée dans le décès de M. J G, Mme L G, son épouse, M. N G, son fils et B E et F G, ses filles, ont saisi la commission de conciliation et d'indemnisation (CCI) le 17 juillet 2017 d'une demande d'indemnisation. Une expertise a été confiée au professeur M qui a remis son rapport à la commission le 16 janvier 2018. Par un avis du 13 février 2018, celle-ci a estimé que la réparation des préjudices liés au décès de M. J G incombait à l'assureur du centre hospitalier de Bourges à hauteur de 60 % et à celui du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond à hauteur de 20 % et retenait une perte de chance globale de 80 %. Le 5 juin 2018, la société hospitalière d'assurance mutuelle (SHAM), pour le centre hospitalier de Bourges, a proposé aux consorts G une indemnisation totale de 22 560 euros en réparation de leurs préjudices. A la suite du refus de l'assureur du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond de proposer une indemnisation, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), se substituant à l'établissement, a proposé aux consorts G une somme totale de 20 969,16 euros en réparation de leurs préjudices. Estimant ces offres insuffisantes, les consorts G les ont refusées. Par la requête ci-dessus analysée, ces derniers demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond et le centre hospitalier de Bourges à leur verser une somme de 15 000 euros en leur qualité d'ayants droit de M. J G, à verser à Mme K G une somme de 198 442,59 euros, à Mme E G une somme de 35 000 euros, à Mme F G une somme de 20 000 euros, à M. N G une somme de 20 000 euros et aux jeunes D G, C G et A H une somme de 8 000 euros chacun, en réparation des préjudices nés du décès de leur époux, père et grand-père.

Sur la responsabilité des centres hospitaliers :

En ce qui concerne les fautes :

3. Aux termes du premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. ".

4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du professeur M rendu dans le cadre de la procédure amiable devant la CCI, qu'en raison de la dégradation de l'état clinique de M. J G, admis le jour même au service des urgences du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond, l'équipe médicale de cet établissement a décidé, en accord avec l'équipe médicale du centre hospitalier de Bourges, de le transférer au sein de ce dernier établissement. A l'issue du transfert, opéré par une équipe du SMUR du centre hospitalier de Bourges durant la nuit, l'équipe médicale de cet établissement lui a injecté une dose de 2g d'amoxicilline/acide-clavulanique. M. J G a alors présenté une hypotension artérielle brutale et une bradycardie extrême et son décès a été constaté le jour même à 6h28. Il résulte également de l'instruction, et notamment des conclusions de l'expertise ordonnée par la CCI, que le décès de M. J G a été provoqué par une injection intraveineuse d'amoxicilline/acide-clavulanique responsable d'un choc anaphylactique intervenu au décours d'une poussée d'insuffisance cardiaque et d'une surinfection bactérienne. Il résulte de ce même rapport d'expertise que l'intéressé présentait une allergie à la pénicilline qu'il avait signalée à l'équipe médicale du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond lors de sa prise en charge dans cet hôpital et qu'ainsi, l'injection d'amoxicilline/acide-clavulanique, médicament dérivé de la pénicilline, peu après son arrivée au centre hospitalier de Bourges, résultait d'une perte d'information des antécédents du patient lors de son transfert.

S'agissant de la faute imputable au centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond :

5. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le réanimateur de garde du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond n'a pas rédigé de courrier personnel destiné à son homologue du centre hospitalier de Bourges, sur lequel auraient dû figurer les antécédents de M. J G. Il résulte également de l'instruction qu'une fiche d'observation médicale rédigée par un praticien du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond a été transmise, sur laquelle ne figurait toutefois pas l'allergie du patient. En défense, le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond fait valoir que l'information concernant l'allergie à la pénicilline de M. J G a été transmise à deux reprises au centre hospitalier de Bourges, une première fois lors d'un appel téléphonique entre les deux équipes médicales, puis lors de la prise en charge du patient par le SMUR, au moyen de la remise de la fiche récapitulative de prise en charge du patient au service des urgences, sur laquelle était mentionnée l'allergie. Toutefois, d'une part, aucun document produit à l'instance ne permet d'établir la teneur de l'échange téléphonique entre les praticiens des deux centres hospitaliers. D'autre part, il résulte de l'instruction que lors des opérations d'expertise dans le cadre de la procédure amiable, le représentant du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond n'a pas été en mesure d'affirmer de façon certaine que la fiche récapitulative de prise en charge du patient au service des urgences avait bien été remise à l'équipe du SMUR. Enfin, il ne résulte pas de l'instruction que cette dernière fiche, sur laquelle figurait effectivement la mention de l'allergie, aurait accompagné la fiche d'observation médicale transmise. Par suite, et alors qu'aucun élément ne permet de corroborer les affirmations de l'établissement selon lesquelles il a donné au centre hospitalier de Bourges l'information sur l'existence de l'allergie, le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

S'agissant de la faute imputable au centre hospitalier de Bourges :

6. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise, que l'équipe du SMUR n'a pas pris le soin, au moment de la prise en charge de M. J G, de noter sur la feuille d'intervention les antécédents principaux du patient, dont son allergie à la pénicilline, ni ses constantes vitales. Par ailleurs, s'il résulte de l'instruction que le médecin de garde du centre hospitalier de Bourges a eu connaissance de la fiche d'observation médicale qui, ainsi qu'il a été dit précédemment, ne mentionnait pas l'allergie de M. J G, il peut toutefois être reproché à ce praticien de ne pas avoir vérifié la complétude des informations dont il disposait. Par suite, le centre hospitalier de Bourges, dont dépend l'équipe du SMUR qui a assuré le transfert de l'intéressé, a commis une faute et engagé sa responsabilité.

En ce qui concerne la perte de chance :

7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que le décès de M. J G est en lien exclusif avec l'injection fautive d'amoxicilline/acide-clavulanique, laquelle a déclenché un choc anaphylactique ayant conduit au décès. En outre, il résulte du même rapport que l'état de santé antérieur de l'intéressé, bien que dégradé, ne l'exposait pas à un risque de décès à court terme en l'absence d'injection d'amoxicilline/acide-clavulanique. Dans ces conditions, la perte de chance d'éviter la survenance du dommage doit être évaluée à 100 % et il y a donc lieu de condamner les établissements hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges à l'indemniser intégralement.

En ce qui concerne la charge de la réparation incombant à chacun des établissements hospitaliers :

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du professeur M, que le décès de M. J G a pour origine la perte d'information de ses antécédents médicaux lors de son transfert entre le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond et le centre hospitalier de Bourges, opéré par le SMUR de ce dernier établissement. Par suite, il y a lieu de fixer à 50 % la part d'incidence de la faute commise par le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond dans la survenue du décès de M. J G et à 50 % celle du centre hospitalier de Bourges, dont dépend le SMUR qui a effectué le transfert.

Sur l'indemnisation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de M. J G :

10. Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas du rapport d'expertise, que M. J G, dont il est indiqué qu'il était sédaté avec un niveau de sédation évalué par le score de Glasgow, a enduré des souffrances le 20 mai 2016 entre 5h55, heure à laquelle il a présenté une hypotension artérielle brutale et une bradycardie extrême et 6h28, heure de son décès. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à solliciter l'indemnisation du préjudice lié aux souffrances endurées par l'intéressé avant son décès.

11. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que M. J G a subi durant cette même période au cours de laquelle il n'a pu être vu que par le personnel médical, un préjudice esthétique imputable aux fautes commises par les deux centres hospitaliers. Il ne pourra pas, dès lors, être fait droit à la demande d'indemnisation présentée à ce titre par les requérants.

En ce qui concerne les préjudices de Mme K G :

S'agissant des frais d'obsèques :

12. Il résulte de l'instruction, et notamment des factures produites par les consorts G, que Mme K G a, d'une part, exposé une somme de 8 500 euros au titre des frais d'obsèques de son époux, M. J G et, d'autre part, une somme de 6 300 euros au titre des frais de construction du monument funéraire. S'agissant des frais d'obsèques, Mme L G a réglé une somme de 4 526 euros au titre des prestations obligatoires et 3 656 euros au titre des prestations optionnelles et, enfin, 68,40 euros au titre du forfait municipal. Or, seuls les frais liés aux prestations obligatoires ainsi qu'au forfait municipal présentent un lien direct et certain avec les fautes commises par les centres hospitaliers. Il y lieu, par suite, d'indemniser ces frais à hauteur de la somme de 4 594,40 euros. S'agissant des frais de construction du monument funéraire, il résulte de l'instruction et notamment de la facture du 28 avril 2017, que le monument construit est dimensionné pour deux personnes. Il y a donc lieu de n'indemniser que la moitié de ces dépenses, qui seule présente un lien direct et certain avec la faute, à l'exception des frais de gravure d'un montant de 277,50 euros qui, ne concernant que M. J G, doivent être indemnisés en totalité, soit un montant global de

3 288,75 euros à mettre à la charge des centres hospitaliers. Ainsi, Mme L G est fondée à solliciter une indemnisation totale d'un montant de 7 883,15 euros au titre des frais liés aux obsèques de son époux.

S'agissant du préjudice économique :

13. Le préjudice économique subi du fait du décès d'un patient par les ayants droit appartenant au foyer de celui-ci, est constitué par la perte des revenus de la victime qui étaient consacrés à l'entretien de chacun d'eux, en tenant compte, d'une part et si la demande en est faite, de l'évolution générale des salaires et de leurs augmentations liées à l'ancienneté et aux chances de promotion de la victime jusqu'à l'âge auquel elle aurait été admise à la retraite puis, le cas échéant, du montant attendu des revenus issus de la pension de retraite, d'autre part, du montant, évalué à la date du décès, de leurs propres revenus éventuels, à moins que l'exercice de l'activité professionnelle dont ils proviennent ne soit la conséquence de cet événement, et, enfin, des prestations à caractère indemnitaire susceptibles d'avoir été perçues par les membres survivants du foyer en compensation du préjudice économique qu'ils subissent.

14. Il résulte de l'instruction que les revenus du foyer qui doivent être pris en compte pour apprécier le préjudice économique de Mme K G s'élevaient, avant le décès de son mari, à la somme de 8 714 euros par an, calculée sur la base des revenus précédant le décès. Il convient de déduire de ces revenus la part des dépenses personnelles de la victime, dont il sera fait une juste appréciation en la fixant à 30 %, compte tenu de la composition du foyer qui ne comportait alors plus d'enfant mineur. Le revenu disponible avant décès de Mme G s'élevait ainsi à la somme de 6 099,80 euros par an. Pour déterminer le montant du préjudice annuel de Mme L G, il y a lieu d'en déduire le montant de ses revenus, soit la somme annuelle de 1 859,17 euros, incluant le montant de sa pension de réversion, soit un préjudice économique annuel de 4 240,63 euros (6 099,80 - 1 859,17).

15. En premier lieu, s'agissant du préjudice économique au titre de la période postérieure à la date de jugement, il résulte de l'instruction que Mme L G a perçu de son organisme de sécurité sociale un capital décès d'un montant de 3 403,62 euros. Eu égard au montant du préjudice annuel de Mme G fixé au point précédent, la perte patrimoniale de revenus de cette dernière imputable aux manquements des centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges et devant être mise à la charge de ces établissements au titre des arrérages échus entre le 20 mai 2016, date du décès, et le 19 septembre 2022, date de mise à disposition du présent jugement, s'établit ainsi à la somme de 23 457,58 euros.

16. En second lieu, pour évaluer le préjudice économique au titre de la période postérieure à la date de jugement, il y a lieu de se baser sur le taux de rente viager pour un homme qui aurait été âgé de 62 ans à la date de la liquidation, soit 20,218 conformément au barème de la Gazette du Palais. Il y a lieu d'évaluer à la somme de 85 737,06 euros

(4 240,63 x 20,218) le montant du préjudice économique subi par Mme K G au titre de la période postérieure à la date du jugement.

S'agissant du préjudice d'accompagnement :

17. Alors que sont indemnisés à ce titre les bouleversements subis dans leurs conditions d'existence par les proches de la victime jusqu'à son décès, la faute commise par les deux centres hospitaliers n'est pas, en l'espèce, à l'origine d'un tel préjudice. Il résulte en effet de l'instruction que la détérioration brutale de l'état de santé de M. J G a débuté à 5h55 le 20 mai 2016, très peu de temps après son admission au centre hospitalier de Bourges, et que son décès est survenu à 6h28. L'hospitalisation antérieure était liée, quant à elle, à l'état de santé de l'intéressé. Par suite, aucune indemnisation ne pourra être accordée à

Mme L G au titre du préjudice d'accompagnement.

S'agissant du préjudice d'affection :

18. Mme L G a subi un préjudice d'affection consécutif au décès de son mari. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de lui allouer à ce titre une somme de 22 000 euros.

19. Il résulte de ce qui précède que les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges doivent être condamnés à verser la somme de 139 077,79 euros à Mme L G en réparation des préjudices subis à la suite du décès de son mari, le 20 mai 2016. Ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges doivent être condamnés à verser à Mme L G une somme de 69 538,89 euros chacun, correspondant respectivement à leur part de responsabilité, fixée à hauteur de 50 % chacun dans la survenance du décès de M. J G.

En ce qui concerne les préjudices des enfants de M. J G :

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 17, il ne pourra pas être fait droit aux demandes présentées par M. N G, Mme F G et Mme E G, enfants de M. J G, tendant à l'indemnisation de leur préjudice d'accompagnement.

21. En revanche, les enfants de M. J G sont fondés à se prévaloir d'un préjudice d'affection résultant du décès de leur père. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en allouant à chacun d'eux une somme de 6 500 euros.

22. Ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges doivent être respectivement condamnés à verser à chacun des enfants de M. J G une somme de 3 250 euros correspondant à la part de responsabilité de ces deux établissements, fixée à hauteur de 50 % chacun, dans la survenance du décès de leur père.

En ce qui concerne le préjudice des petits-enfants de M. J G :

23. Les petits-enfants de M. J G, les jeunes D G, C G et A H, sont également fondés à se prévaloir d'un préjudice d'affection résultant du décès de leur grand-père. Il en sera fait une juste appréciation en leur allouant à ce titre une somme de 4 500 euros chacun.

24. Ainsi qu'il a été dit au point 9 du présent jugement, les centres hospitaliers de Saint-Amand-Montrond et de Bourges doivent être respectivement condamnés à verser à chacun des petits-enfants de M. J G une somme de 2 250 euros correspondant à la part de responsabilité de ces deux établissements, fixée à hauteur de 50 % chacun, dans la survenance du décès de leur grand-père.

Sur les intérêts :

25. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

26. Les consorts G demandent que les indemnités qui leur sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu d'y faire droit, comme ils le demandent, à compter du 17 février 2020, date d'enregistrement de leur requête.

Sur les frais liés au litige :

27. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

28. Les dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des consorts G, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond une somme globale de 750 euros à verser aux consorts G sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Bourges une somme globale de 750 euros à verser aux consorts G sur le fondement de ces mêmes dispositions.

30. D'autre part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. ".

31. La présente instance n'ayant pas généré de dépens, les conclusions présentées par les consorts G au titre de l'article précité ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond est condamné à verser à Mme L G une somme de 69 538,89 euros en réparation de ses préjudices propres. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 17 février 2020.

Article 2 : Le centre hospitalier de Bourges est condamné à verser à Mme L G une somme de 69 538,89 euros en réparation de ses préjudices. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 17 février 2020.

Article 3 : Le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond est condamné à verser à M. N G, à Mme F G et à Mme E G une somme de 3 250 euros chacun en réparation de leurs préjudices respectifs. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 17 février 2020.

Article 4 : Le centre hospitalier de Bourges est condamné à verser à M. N G, à Mme F G et à Mme E G une somme de 3 250 euros chacun en réparation de leurs préjudices respectifs. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 17 février 2020.

Article 5 : Le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond est condamné à verser à Mattéo G, Jules G et Kyra H une somme de 2 250 euros chacun. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 17 février 2020.

Article 6 : Le centre hospitalier de Bourges est condamné à verser à Mattéo G, Jules G et Kyra H une somme de 2 250 euros chacun. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 17 février 2020.

Article 7 : Le centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond et le centre hospitalier de Bourges verseront, chacun, une somme globale de 750 euros aux consorts G en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : Les conclusions du centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 10 : Le présent jugement sera notifié à Mme K G, à M. N G, à Mme F G, à Mme E G, au centre hospitalier de Saint-Amand-Montrond, au centre hospitalier de Bourges et à la caisse primaire d'assurance maladie de Loir-et-Cher.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.

Le rapporteur,

La présidente,

Virgile I

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Emilie DEPARDIEU

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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