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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2001158

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2001158

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2001158
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation4ème chambre
Avocat requérantVINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mars 2020 et 11 juin 2020, M. B D, représenté par Me Vinet, demande au tribunal :

1°) de condamner le département d'Indre-et-Loire à lui verser la somme totale de 3 270,10 euros en réparation des préjudices résultant des violences aggravées dont il a été victime dans la nuit du 18 au 19 octobre 2017, commises par un jeune mineur placé auprès de l'aide sociale à l'enfance ;

2°) de mettre à la charge du département d'Indre-et-Loire la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été agressé, durant la nuit du 18 au 19 octobre 2017, par deux individus mineurs dont un était placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département d'Indre-et-Loire ; les deux individus ont été reconnus coupables de faits de violence aggravée à son encontre par le tribunal pour enfants de A et leur responsabilité a été pleinement reconnue ;

- le département d'Indre-et-Loire engage sa responsabilité sans faute du fait de dommages aux tiers causés par un mineur dont il avait la garde ;

- du fait de son agression, il a exposé une somme de 1 265,44 euros au titre des frais d'hospitalisation non remboursés par la sécurité sociale ainsi qu'une somme de 28,84 euros en règlement d'une consultation au centre hospitalier de A ; il atteste également d'un préjudice moral devant être évalué à 5 000 euros ;

- le département d'Indre-et-Loire doit être condamné à lui verser une somme totale de 3 270,10 euros, représentant la moitié du montant total de ses préjudices.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mai 2020, le département d'Indre-et-Loire, représenté par Me Mongis, conclut au rejet de la requête et, subsidiairement, à la limitation de l'indemnisation mise à sa charge à hauteur de 262,42 euros.

Il fait valoir que :

- la requête de M. D est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas signée et qu'elle est dirigée contre une décision administrative rejetant sa demande indemnitaire ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,

- et les conclusions de Me Mongis, représentant le département d'Indre-et-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D a été victime, dans la nuit du 18 au 19 octobre 2017, de violences aggravées suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours commises, notamment, par deux individus mineurs placés respectivement au sein du service de l'aide sociale à l'enfance du département des Yvelines et au sein du service de l'aide sociale à l'enfance du département d'Indre-et-Loire. Ces actes ont occasionné, pour l'intéressé, une plaie superficielle de la face interne de la cuisse droite de trois centimètres environ. Par jugement rendu par le tribunal pour enfants de A, le 15 mai 2019, les deux individus ont été reconnus coupables des faits. Estimant la responsabilité du département d'Indre-et-Loire engagée du fait de l'action du mineur dont il assurait la garde au titre de l'aide sociale à l'enfance, M. D a adressé à cette collectivité une demande préalable d'indemnisation reçue le 18 novembre 2019. Du silence gardé par l'administration départementale est née une décision implicite de rejet le 18 janvier 2020. Parallèlement, M. D a adressé au département des Yvelines une demande de même nature par courrier du 13 novembre 2019. Par la requête ci-dessus analysée, M. D demande au tribunal de condamner le département d'Indre-et-Loire à lui verser la somme totale de 3 270,10 euros en réparation des préjudices consécutifs à l'agression dont il a été victime.

Sur les fins de non-recevoir :

2. En premier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles R. 414-1 et R. 611-8-4 du code de justice administrative, lorsqu'une partie adresse à un tribunal administratif un mémoire ou des pièces par l'intermédiaire de l'application informatique dénommée Télérecours, son identification selon les modalités prévues pour le fonctionnement de cette application vaut signature pour l'application des dispositions du code de justice administrative. La fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'absence de signature de la requête ne peut donc qu'être écartée.

3. En second lieu, le département d'Indre-et-Loire soutient que la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre la décision de refus implicite de la demande préalable d'indemnisation du 18 novembre 2019. Toutefois, il résulte des termes mêmes de la requête présentée par M. D que celle-ci a pour objet la condamnation du département à lui verser la somme de 3 270,10 euros. Elle présente, ainsi, un caractère indemnitaire. Par suite, la fin de non-recevoir ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du département d'Indre-et-Loire :

4. La décision par laquelle le juge des enfants confie la garde d'un mineur, dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative prise en vertu des articles 375 et suivants du code civil, à l'une des personnes mentionnées à l'article 375-3 du même code, transfère à la personne qui en est chargée la responsabilité d'organiser, diriger et contrôler la vie du mineur. En raison des pouvoirs dont la personne publique se trouve ainsi investie lorsque le mineur a été confié à un service ou un établissement qui relève de son autorité, sa responsabilité est engagée, même sans faute, pour les dommages causés aux tiers par ce mineur et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que le mineur ne se trouvait pas, au moment des faits, sous la surveillance effective du service ou de l'établissement qui en a la garde. Cette responsabilité n'est susceptible d'être atténuée ou supprimée que dans le cas où elle est imputable à un cas de force majeure ou à une faute de la victime.

5. Il résulte de l'instruction que M. D a été victime, dans la nuit du 18 au 19 octobre 2017 de violences aggravées suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours, commises notamment par deux individus mineurs. Il est constant que l'un d'eux faisait l'objet, au moment des faits, d'une mesure d'assistance éducative en milieu ouvert et était confié au département d'Indre-et-Loire. En outre, cet individu a été reconnu coupable de ces faits par jugement rendu par le tribunal pour enfants de A le 15 mai 2019, devenu définitif. Par suite, la responsabilité du département d'Indre-et-Loire, qui n'invoque ni la force majeure ni la faute de la victime, est engagée sans faute pour les dommages causés au requérant par le mineur placé auprès de lui et dont il avait la garde.

En ce qui concerne les préjudices :

6. En premier lieu, M. D soutient que l'agression dont il a été victime dans la nuit du 18 au 19 octobre 2017 l'a profondément affecté et qu'en conséquence, il a dû faire l'objet de deux hospitalisations en clinique psychiatrique entre le 2 novembre et le 18 décembre 2017 puis entre le 29 décembre 2017 et le 30 janvier 2018. Toutefois, si le requérant produit plusieurs arrêts de travail portant sur la période comprise entre le 30 octobre 2017 et le 28 février 2018, durant laquelle il était hospitalisé, ces documents sont insuffisants pour établir un lien direct et certain entre l'agression qu'il a subie dans la nuit du 18 au 19 octobre 2017 et les troubles psychiques ayant justifié, selon ses dires, son hospitalisation en clinique psychiatrique durant une période de deux mois et demi. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à solliciter l'indemnisation de la part des frais médicaux mis à sa charge à hauteur de 1 290,20 euros, concernant son hospitalisation pour une durée de deux mois au sein de la clinique Vontes du 2 novembre 2017 au 19 décembre 2017 puis du 29 décembre 2017 au 30 janvier 2018.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que la blessure à la jambe de l'intéressé, consistant en une plaie superficielle de trois centimètres à la cuisse, en lien avec les violences dont il a été victime durant la nuit du 18 au 19 octobre 2017, a nécessité son passage aux urgences du centre hospitalier régional universitaire de A. Il résulte de la facture produite par le requérant que ce dernier a versé à l'établissement une somme de 24,84 euros restant à sa charge. Par suite, le requérant, qui demande expressément que lui soit accordée la moitié de ce montant, est fondé à obtenir, à ce titre, une indemnisation à hauteur de 12,42 euros.

8. En troisième lieu, les violences dont a été victime M. D ont généré une souffrance morale chez l'intéressé. Ce dernier est donc fondé à se prévaloir d'un préjudice moral, dont il sera fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 000 euros. Par suite, le requérant, qui demande expressément que lui soit accordée la moitié du montant de ce préjudice, est fondé à en obtenir l'indemnisation à hauteur de 500 euros.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le département d'Indre-et-Loire doit être condamné à verser à M. D une somme de 512,42 euros en réparation des préjudices qu'il a subis du fait de l'agression dont il a été victime durant la nuit du 18 au 19 octobre 2017.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du département d'Indre-et-Loire le versement à l'intéressé de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Le département d'Indre-et-Loire est condamné à verser à M. D une somme de 512,42 euros en réparation des préjudices résultant des violences aggravées dont il a été victime dans la nuit du 18 au 19 octobre 2017.

Article 2 : Le département d'Indre-et-Loire versera à M. D la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au département d'Indre-et-Loire.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

Virgile C

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Agnès BRAUD

La République mande et ordonne à la préfète d'Indre-et-Loire, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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