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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2001462

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2001462

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2001462
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantLAMBARD & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

M une requête, enregistrée le 16 avril 2020 et des mémoires, enregistrés le 29 décembre 2021, le 27 janvier 2022, le 19 mai 2022 et le 22 juillet 2022, M. F D, représenté M Mme K D épouse G, agissant en sa qualité de tutrice de son père ainsi qu'en son nom personnel, M. I D, Mme L G, Mme B G, représentée M Mme K G et M. H G, ses parents et Mme E D, représentée M M. I D et Mme C A, ses parents, tous représentés M Van Teslaar Avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et son assureur, la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), à verser à M. F D la somme globale de 1 022 398,96 euros en réparation de l'intégralité de ses préjudices ;

2°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et son assureur, la SHAM, à verser à Mme K G la somme totale de 243 888,38 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices ;

3°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et la SHAM, son assureur, à verser à M. I D la somme globale de 141 192,29 euros en réparation de ses préjudices ;

4°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et son assureur à verser à Mmes E D, L G et Bianca G la somme de 15 000 euros chacune au titre de leur préjudice d'affection respectif ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bourges et de son assureur, la SHAM, la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de les condamner solidairement à supporter les entiers dépens ;

6°) à titre subsidiaire, de rejeter la demande de l'ONIAM tendant à l'organisation d'une nouvelle expertise et de condamner cet établissement à verser la somme de 1 022 398,96 euros à M. F D en réparation de l'intégralité de ses préjudices, la somme totale de 243 888,38 euros à Mme K G au titre de l'indemnisation de ses préjudices, la somme globale de 141 192,29 euros à M. I D en réparation de ses préjudices, la somme de 15 000 euros chacune à Mmes E D, L G et Bianca G au titre de leur préjudice d'affection respectif ;

7°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la responsabilité du centre hospitalier de Bourges doit être engagée ; la disparition, la perte ou la non-communication du dossier médical constitue une faute dans

l'organisation et le fonctionnement du service de nature à engager la responsabilité de l'établissement ; cette situation place en outre le patient ou ses ayants droit dans l'impossibilité d'accéder aux informations de santé et, le cas échéant, d'établir l'existence d'une faute dans sa prise en charge ; la charge de la preuve doit donc être inversée ;

- le centre hospitalier a commis une faute dans la prise en charge dès lors que les lésions liées au bas débit proviennent d'une réanimation prolongée, et donc non efficace, ou d'un défaut de surveillance ; aucun état antérieur n'est susceptible d'avoir influé ;

- M. D a subi des préjudices patrimoniaux (frais divers ; aide M une tierce personne) et des préjudices extrapatrimoniaux (déficit fonctionnel temporaire, souffrances endurées, déficit fonctionnel permanent, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel) ;

- ses enfants et petits-enfants ont subi des préjudices patrimoniaux et extrapatrimoniaux M ricochet ;

- à titre subsidiaire, l'indemnisation doit être assurée M l'ONIAM en application des dispositions de l'article L. 1142-1 alinéa 2 du code de la santé publique.

M des mémoires, enregistrés le 7 juillet 2020 et le 10 octobre 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, représentée M Me Lefebvre, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et son assureur, la SHAM, à lui verser la somme de 231 580,61 euros au titre des prestations déjà versées pour le compte de M. D et la somme de 63 483,97 euros au titre des frais futurs à échoir au fur et à mesure de leur engagement, sommes assorties des intérêts au taux légal à compter du 7 juillet 2020 pour la somme de 210 807,69 euros, puis à compter du 10 octobre 2022 pour la somme de 231 580,81 euros et à compter de leur engagement pour les frais futurs ;

2°) de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et son assureur, la SHAM, à lui verser la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;

3°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Bourges et de son assureur la SHAM, le versement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de les condamner solidairement à supporter les entiers dépens.

La caisse soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Bourges doit être engagée ainsi que l'a estimé la CCI dans son avis du 2 octobre 2018 ;

- elle a exposé des débours pour le compte de son assuré (dépenses de santé actuelles et futures comprenant les frais hospitaliers, médicaux et pharmaceutiques, les frais de transports et de franchise).

M un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021 et des mémoires enregistrés le 5 janvier 2022, le 8 mars 2022 et le 16 janvier 2023, le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), représentés M Me Derec, concluent au rejet de la requête des consorts D et au rejet des conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) du Val-de-Marne.

Le centre hospitalier et la SHAM soutiennent que :

- Mme B G et Mme E D, mineures, ne sont pas représentées ;

- les demandes de Mmes L G, Bianca G et Maëlle D sont irrecevables faute de liaison du contentieux ;

- aucun manquement fautif ne peut être reproché au centre hospitalier de Bourges ; s'agissant de la tenue du dossier médical, aucun élément ne permet de penser qu'une faute a été commise alors que l'état antérieur de M. D a pu évoluer pour son propre compte ; en toute hypothèse, le défaut ou la perte du dossier médical peut constituer une faute dans l'organisation du service mais ne peut en aucun cas conduire à présumer l'existence d'une telle faute et son lien de cause à effet avec le dommage ; très subsidiairement, l'indemnisation ne pourrait alors être calculée que sur la base d'une perte de chance, dont le taux devrait être déterminé M la probabilité que les lésions soient en relation avec une faute médicale ;

- la CPAM n'apporte aucun élément de nature à établir l'imputabilité de ses débours.

M un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2021 et des mémoires, enregistrés le 4 février 2022, le 6 mars 2022 et le 13 janvier 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté M Me Welsch, conclut, à titre principal, au rejet de la requête des consorts D et à sa mise hors de cause, à titre subsidiaire, à ce que soit ordonnée une expertise médicale contradictoire et, à titre infiniment subsidiaire au rejet de l'ensemble des demandes de M. F D ou en tout état de cause, à leur réduction à de plus justes proportions et au rejet des demandes de ses enfants et petits-enfants.

L'ONIAM soutient que :

- les préjudices de M. F D n'ouvrent pas droit à une indemnisation au titre de la solidarité nationale dès lors que la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Bourges est engagée et qu'en tout état de cause, ils ne peuvent être imputés de manière directe et certaine à un acte de diagnostic, de prévention ou de soins ;

- subsidiairement, en l'absence de certitude quant au mécanisme ayant conduit aux séquelles actuelles, une nouvelle mesure d'expertise est nécessaire, les opérations d'expertise diligentées M la CCI n'ayant pas été réalisées au contradictoire de l'ONIAM ;

- les préjudices revendiqués ne sont pas tous justifiés et doivent être ramenés à de plus justes proportions.

M un mémoire, enregistré le 9 décembre 2022, la société anonyme (SA) Pacifica, représentée M Me Rochard, demande au tribunal :

1°) de recevoir son intervention et son recours subrogatoire ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Bourges in solidum avec son assureur, la SHAM, à indemniser intégralement les préjudices subis M M. D en lien avec les fautes dans sa prise en charge du 6 février 2015 et à sa perte de chance de 100 % de ne pas avoir de séquelles ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Bourges à lui rembourser en sa qualité d'assureur subrogé, les sommes versées au titre du contrat " Garantie Accident de la Vie ", s'élevant à ce jour à 50 000 euros, outre les frais d'expertise judiciaire consignés à hauteur de 3 000 euros ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Bourges la somme de 3 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de le condamner aux entiers dépens de l'instance ;

5°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir.

La compagnie Pacifica soutient que :

- elle est subrogée dans les droits de M. D, son assuré, au titre des sommes qu'elle lui a versées en application d'un contrat " garantie des accidents de la vie " ;

- le centre hospitalier de Bourges doit être déclaré entièrement responsable dès lors qu'il a commis une faute à l'origine de l'intégralité des dommages subis M M. D.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des assurances ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. J,

- les conclusions de Mme Palis De Koninck, rapporteure publique,

- et les observations de Me Barata, substituant Me Derec, représentant le centre hospitalier de Bourges.

Une note en délibéré, présentée pour le centre hospitalier de Bourges M Me Derec, a été enregistrée au greffe du tribunal le 30 janvier 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 février 2015, M. F D a été admis aux urgences du centre hospitalier de Bourges en raison de poussées hypertensives et de douleurs thoraciques récurrentes et y a été hospitalisé dans le service de réanimation. Le bilan complet réalisé a mis en évidence un syndrome coronarien aigu avec manifestations cliniques. Une coronarographie a été rapidement décidée et réalisée le 6 février 2015. Au décours de cet examen, M. D a présenté des troubles de la conscience, un collapsus circulatoire et une perte urinaire qui ont justifié le démarrage d'une réanimation cardiorespiratoire avec massage cardiaque externe, intubation orotrachéale et ventilation mécanique en urgence. M la suite, M. D est resté sédaté pendant trois semaines et a présenté à son réveil, le 22 février 2015, des séquelles neurologiques marquées M des troubles cognitifs et des manifestations frontales. Le 5 mars 2015, il a été transféré dans le service de cardiologie et l'échocardiographie effectuée à son entrée a montré une hypokinésie apicale et inférieure. Il a été ensuite transféré en rééducation à la clinique de Belleville, le 7 avril 2015, et y a séjourné jusqu'au 3 avril 2016 avant d'être pris en charge au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Sens. Il a été placé sous la tutelle de sa fille, Mme G, M jugement du 12 septembre 2016.

2. Une demande d'indemnisation a été déposée auprès de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) le 18 février 2016 afin de solliciter une expertise pour déterminer l'existence d'une faute médicale ou d'un aléa thérapeutique. Un premier rapport établi à la suite de l'expertise réalisée le 23 mai 2016 a conclu au fait que les pièces du dossier médical ne permettaient pas d'établir une chronologie précise des circonstances de survenue de l'arrêt cardiaque et de sa prise en charge M l'équipe médicale. La CCI s'estimant insuffisamment informée, une seconde expertise a été réalisée le 22 janvier 2018. La CCI a rendu son avis le 2 octobre 2018 au terme duquel elle a considéré que le dommage dont il était recherché réparation ne pouvait être imputable qu'à l'acte de coronarographie réalisé le 6 février 2015 et que la réparation des préjudices incombait à l'assureur du centre hospitalier de Bourges. La société hospitalière d'assurances mutuelles (SHAM), assureur de l'hôpital, a refusé d'indemniser les préjudices de M. D et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) a, pour sa part, refusé de se substituer. M courrier du 18 décembre 2019, M. D a adressé une demande au centre hospitalier de Bourges aux fins de solliciter l'indemnisation des préjudices résultant de l'accident médical.

3. Enfin, dans le cadre d'une procédure judiciaire initiée M M. D à l'encontre de la société Pacifica en vue d'obtenir une indemnisation au titre du contrat " Garantie Accidents de la Vie " qu'il avait souscrit auprès de cette compagnie, une nouvelle expertise a été réalisée M un collège d'experts qui a rendu son rapport le 5 juillet 2022.

Sur les fins de non-recevoir opposées M le centre hospitalier de Bourges :

4. Aucune fin de non-recevoir tirée du défaut de décision préalable ne peut être opposée à un requérant ayant introduit devant le juge administratif un contentieux indemnitaire à une date où il n'avait présenté aucune demande en ce sens devant l'administration lorsqu'il a formé, postérieurement à l'introduction de son recours juridictionnel, une demande auprès de l'administration sur laquelle le silence gardé M celle-ci a fait naître une décision implicite de rejet avant que le juge de première instance ne statue.

5. Il résulte de l'instruction qu'en dernier lieu, M. F D, représenté M sa fille K G agissant en qualité de tutrice, M. I D, Mmes L et Bianca G et Mme E D, ces trois dernières étant représentées M leur représentant légal respectif, ont formé une demande indemnitaire le 5 novembre 2021. Cette demande ayant été rejetée M le silence gardé M l'établissement avant que le présent tribunal administratif ne statue, le centre hospitalier de Bourges n'est pas fondé à soutenir que la demande indemnitaire présentée pour le compte de Mmes L et Bianca G et de Mme E D serait irrecevable faute de liaison du contentieux. La fin de non-recevoir est M suite écartée.

6. En outre, M cette même réclamation, M. D représentée M sa fille agissant en qualité de tutrice, et Mmes B G et Maëlle D, toutes deux représentées M leurs représentants légaux, ont réclamé l'indemnisation de leurs préjudices respectifs. M suite, le centre hospitalier n'est pas fondé à soutenir que M. D et Mmes B G et Maëlle D ne disposaient pas de la capacité à agir. La fin de non-recevoir est écartée.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier de Bourges :

7. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () "

S'agissant de la carence dans la tenue du dossier médical :

8. Il résulte de l'instruction, et notamment des deux rapports d'expertise diligentés M la CCI et du rapport d'expertise établi dans le cadre du litige opposant M. D et la société Pacifica, que la prise en charge thérapeutique initiale de M. D a été conforme aux recommandations de bonnes pratiques, ainsi que l'indication de coronarographie dans les vingt-quatre heures suivant l'admission, que l'information bénéfice risque a été réalisée avant l'acte de coronarographie et que la technique et la réalisation de cet examen ont été conformes aux règles de l'art. Néanmoins, les experts indiquent dans le rapport du 23 mai 2016 ne pas avoir pu identifier la pathologie causale de l'arrêt circulatoire ou cardio-circulatoire de M. D et relèvent qu'aucun élément dans le dossier médical ne permet de rattacher la perte de connaissance et l'arrêt circulatoire à un processus physiopathologique identifié ou à une complication directe et certaine de l'acte de coronarographie. Ils déplorent, à cet égard, l'absence de documentation précise sur l'évènement. De même, les experts Bernard, Gomes et Gueguen indiquent dans leur rapport du 18 juin 2018 que le centre hospitalier a commis une faute en ce qui concerne la tenue du dossier médical, la traçabilité de la prise en charge en réanimation, l'absence de tenue de dossier médical et de compte rendu d'hospitalisation mais qu'ils ne peuvent déterminer précisément et avec certitude le mécanisme physiopathologique de l'arrêt cardiorespiratoire.

9. Les consorts D demandent au tribunal, en conséquence de cette carence fautive du centre hospitalier de Bourges dans la tenue du dossier médical pour ce qui concerne le suivi de la réanimation entreprise sur M. D, d'inverser la charge de la preuve et d'imposer au centre hospitalier de démontrer que les soins prodigués ont été appropriés. Cependant, l'incapacité d'un établissement de santé à communiquer aux experts judiciaires l'intégralité d'un dossier médical n'est pas, en tant que telle, de nature à établir l'existence de manquements fautifs dans la prise en charge du patient. Il appartient en revanche au juge de tenir compte de ce que le dossier médical est incomplet dans l'appréciation portée sur les éléments qui lui sont soumis pour apprécier l'existence des fautes reprochées à l'établissement dans la prise en charge du patient. M suite, la faute dans l'organisation du service constituée M l'absence de documentation médicale relative aux circonstances de l'arrêt circulatoire dont a été victime M. D ne saurait établir M elle-même ou faire présumer de l'existence d'une faute dans la prise en charge médicale de M. D M le centre hospitalier de Bourges.

S'agissant des autres fautes :

10. Les requérants soutiennent que le collapsus et l'arrêt cardio-respiratoire dont a été victime M. D résultent directement de l'examen de coronarographie qu'il venait de subir. S'il résulte de l'instruction que le moment de la survenue du collapsus et de l'arrêt cardio-respiratoire diffère selon les différents rapports d'expertise versés au dossier, certains experts estimant que l'accident circulatoire est survenu au cours de l'examen de coronarographie alors que d'autres estiment qu'il est survenu au décours de cet examen, pour autant, le moment de la survenue de l'accident circulatoire n'est pas en soi de nature à établir l'existence d'une faute du centre hospitalier dans la prise en charge de M. D.

11. Les requérants font valoir ensuite que les experts se sont étonnés de la modestie des doses d'adrénaline utilisées dans le cadre de la réanimation de M. D ainsi que de l'absence de réalisation de ventriculographie, et qu'ils ont estimé que la réalisation de l'IRM cérébrale avait été tardive. Ils soutiennent, ainsi, que les lésions liées à la durée de son bas débit cardiaque proviennent soit d'une réanimation prolongée et donc inefficace, soit d'un diagnostic posé tardivement et ayant retardé la prise en charge adaptée, soit encore d'un défaut de surveillance de la part de l'équipe hospitalière, qui a donc tardé à le réanimer.

12. Dans le premier rapport établi le 23 mai 2016, les experts notent que l'hypothèse d'un arrêt cardio-respiratoire prolongé ayant entrainé l'anoxie cérébrale doit être écartée dès lors que la récupération hémodynamique a été rapide après que les premières manœuvres de réanimation ont été réalisées et que l'IRM pratiquée a montré l'absence de lésions post anoxiques. Si ces experts n'ont pu rattacher l'arrêt circulatoire à un processus physiopathologique identifié ou à une complication directe et certaine de l'acte de coronarographie, ils évoquent, en revanche, au plan neurologique, l'existence d'une possible pathologie neurodégénérative.

13. M ailleurs, il résulte de l'expertise médicale du 22 janvier 2018 que les experts sur le plan cardiologique ont envisagé une dissociation électro-mécanique pour expliquer la survenue du collapsus, tout en relevant que seul ce dernier évènement peut expliquer, sur le plan neurologique, l'anoxie cérébrale dont a souffert le requérant, les images IRM n'ayant pas montré de traces ischémiques. Ils estiment, en outre, que l'accident médical est directement imputable à l'acte de coronarographie, étant survenu au décours immédiat de cet examen, mais reconnaissent ne pouvoir expliquer le mécanisme précis de l'accident et retiennent seulement une tenue non conforme du dossier médical.

14. Enfin, les experts désignés dans le cadre du litige opposant M. D à son assureur Pacifica ont estimé dans leur rapport du 5 juillet 2022 que l'état neurologique actuel de M. D est une encéphalopathie anoxique séquellaire secondaire à un bas débit cérébral prolongé qui résulte d'une vasoplégie intense M allergie aux produits de contraste utilisés lors de la coronarographie. Se fondant sur les rares documents médicaux disponibles, ils considèrent que les séquelles ne peuvent s'expliquer que M un bas débit prolongé qui a été mal réanimé puisqu'au vu des quelques éléments rapportés, M. D n'aurait pas dû conserver de séquelles neurologiques d'un tel évènement hémodynamique réversible, survenu en milieu hospitalier, a priori sous surveillance continue et en présence d'une équipe médicale complète. Ils en concluent, après avoir exclu l'incidence d'un éventuel état antérieur du requérant, que la réanimation, qu'elle ait été soit retardée soit mal exécutée, a quoi qu'il en soit été fautive et qu'elle est responsable à 100 % des séquelles neurologiques dont ce dernier reste atteint.

15. Au total, s'il résulte de l'instruction que la cause médicale de l'accident circulatoire est discutée entre les différents collèges d'experts, il apparait néanmoins que cet accident est survenu vraisemblablement dans les suites immédiates de la réalisation de la coronarographie. Il résulte également des différents rapports d'expertise qu'une réanimation adaptée pratiquée immédiatement après la survenue de l'accident aurait permis d'éviter à M. D les séquelles dont il demeure atteint. En l'espèce, la circonstance relevée M les différents experts que la réanimation entreprise, telle que retranscrite au dossier médical de M. D, a vite été efficace, n'est pas de nature à établir que cette réanimation a été rapidement effectuée après la survenance de l'accident circulatoire. A cet égard, l'importance des séquelles dont demeure atteint M. D et l'absence de tout document de suivi médical de l'intéressé dans les suites immédiates de la coronarographie sont de nature à établir que celui-ci n'a pas été placé sous la surveillance continue du personnel médical alors que son état de santé, marqué M la survenue la veille d'un infarctus, impliquait une surveillance rapprochée. Enfin, il résulte de l'instruction que si l'hypothèse d'une maladie neurodégénérative a pu être évoquée M les experts dans le rapport du 23 mai 2016, cette hypothèse a été M la suite écartée au vu des résultats des investigations médicales ultérieurement pratiquées. Les requérants sont donc fondés à soutenir que la responsabilité pour faute du centre hospitalier de Bourges dans la surveillance et la prise en charge de M. D après la coronarographie doit être engagée.

En ce qui concerne la mise en cause de l'ONIAM :

16. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé M décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. () ". En vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée M l'ONIAM.

17. Si les dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique citées au point précédent font obstacle à ce que l'ONIAM supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage en vertu du I du même article, elles n'excluent toute indemnisation M l'office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité. Dans l'hypothèse où un accident médical non fautif est à l'origine de conséquences dommageables mais où une faute commise M une personne mentionnée au I de l'article L. 1142-1 a fait perdre à la victime une chance d'échapper à l'accident ou de se soustraire à ses conséquences, le préjudice en lien direct avec cette faute est la perte de chance d'éviter le dommage corporel advenu et non le dommage corporel lui-même, lequel demeure tout entier en lien direct avec l'accident non fautif. M suite, un tel accident ouvre droit à réparation au titre de la solidarité nationale si ses conséquences remplissent les conditions posées au II de l'article L. 1142-1 et présentent notamment le caractère de gravité requis, l'indemnité due M l'ONIAM étant seulement réduite du montant de l'indemnité mise, le cas échéant, à la charge du responsable de la perte de chance, égale à une fraction du dommage corporel correspondant à l'ampleur de la chance perdue.

18. Il résulte de ce qui précède que l'indemnisation des dommages subis M M. D à la suite de sa prise en charge M le centre hospitalier de Bourges incombe totalement à la faute commise M cet établissement. L'ONIAM doit donc être mis hors de cause.

Sur la fraction du préjudice indemnisable :

19. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise M l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue. Il en va de même en cas d'infection nosocomiale.

20. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le centre hospitalier de Bourges a commis une faute dans la prise en charge de M. D ayant consisté en une prise en charge inadaptée de l'intéressé suite à la survenue d'un accident circulatoire. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise du 5 juillet 2022 réalisé dans le cadre du litige opposant M. D à son assureur Pacifica, que M. D n'aurait pas dû conserver de séquelles neurologiques de cet évènement survenu en milieu hospitalier a priori sous surveillance continue avec présence d'une équipe médicale complète. Ils concluent que la réanimation est responsable à 100 % des séquelles neurologiques. M suite, il y a lieu de retenir que le dommage subi est en lien direct avec la faute commise et qu'il y a lieu, dès lors, de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et son assureur, la SHAM, à réparer l'intégralité des préjudices subis M M. D et ses proches.

Sur l'indemnisation des préjudices de M. F D :

En ce qui concerne la date de consolidation :

21. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport des experts désignés M le tribunal judiciaire qui a été communiqué aux parties, que la date de consolidation a été fixée au 1er mai 2019, l'état neurologique de M. D s'étant aggravé jusqu'à cette date.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des préjudices patrimoniaux actuels :

Quant aux dépenses de santé :

22. En application des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, le juge saisi d'un recours de la victime d'un dommage corporel et du recours subrogatoire d'un organisme de sécurité sociale doit, pour chacun des postes de préjudices, déterminer le montant du préjudice en précisant la part qui a été réparée M des prestations de sécurité sociale et celle qui est demeurée à la charge de la victime. Il lui appartient ensuite de fixer l'indemnité mise à la charge de l'auteur du dommage au titre du poste de préjudice en tenant compte, s'il a été décidé, du partage de responsabilité avec la victime ou, le cas échéant, de ce que cette responsabilité n'est engagée que dans la limite d'une perte de chance pour la victime d'obtenir une amélioration ou d'éviter une aggravation de son état. Le juge doit allouer cette indemnité à la victime dans la limite de la part du poste de préjudice qui n'a pas été réparée M des prestations, le solde, s'il existe, étant alloué à l'organisme de sécurité sociale. Dans l'hypothèse où la victime, régulièrement appelée dans l'instance, n'a pas sollicité l'indemnisation d'un poste de préjudice au titre duquel la caisse demande le remboursement M le tiers responsable des prestations le réparant de manière incontestable, la caisse ne tient pas des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale une priorité qui lui permettrait à son tour, en faisant état du préjudice total subi M la victime, d'obtenir le remboursement de l'intégralité des prestations qu'elle a versées. Elle peut, en revanche, demander au juge, indépendamment de la priorité accordée à la victime, le remboursement de ses débours dans la limite de la part des conséquences dommageables de l'accident dont le tiers est directement responsable.

23. La caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne demande le remboursement des débours qu'elle a engagés, en lien avec les conséquences de la faute commise, au titre des frais hospitaliers, des frais médicaux, d'appareillage, de transport et des frais pharmaceutiques pour un montant évalué, dans le dernier état de ses écritures, à la somme totale de 203 656,32 euros. Ainsi, il y a lieu de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et son assureur à verser à la caisse cette somme, dont l'imputabilité est attestée M le médecin-conseil, en remboursement des dépenses de santé supportées au profit de son assuré.

Quant aux frais d'hébergement en EHPAD :

24. Aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'action sociale et des familles : " I. - Sont des établissements et services sociaux et médico-sociaux, au sens du présent code, les établissements et les services, dotés ou non d'une personnalité morale propre, énumérés ci-après : / ( ) 6° Les établissements et les services qui accueillent des personnes âgées ou qui leur apportent à domicile une assistance dans les actes quotidiens de la vie, des prestations de soins ou une aide à l'insertion sociale ; ( ) ". L'article L 314-2 du même code prévoit en particulier que les établissements et services mentionnés au I de l'article L 313-12 sont financés M " 1° Un forfait global relatif aux soins prenant en compte notamment le niveau de dépendance moyen et les besoins en soins requis des résidents () 2°: Un forfait global relatif à la dépendance prenant en compte le niveau de dépendance moyen des résidents () 3° Des tarifs journaliers afférents à un ensemble de prestations relatifs à l'hébergement, fixés M le président du conseil départemental () ". En application des dispositions combinées des articles L. 314-2 et R. 314-58 du même code, les établissements qui accueillent des personnes âgées sont financés M un forfait global soins relevant de l'assurance maladie, un forfait global dépendance pris en charge M le département et un forfait journalier d'hébergement pris en charge M le résident.

25. La caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne demande au tribunal de condamner le centre hospitalier, solidairement avec son assureur, à lui rembourser les frais correspondant au forfait journalier EHPAD qu'elle a acquittés depuis le 3 avril 2016 au profit de M. D. Il résulte de l'instruction que la caisse a exposé à ce titre la somme de 10 003,68 euros jusqu'au 31 décembre 2018, puis la somme de 17 920,80 jusqu'au 3 octobre 2022 et la somme de 1 689,90 euros jusqu'au 9 février 2023, date de mise à disposition du présent jugement. Il y a donc lieu de condamner solidairement le centre hospitalier de Bourges et la SHAM à verser à la caisse à ce titre la somme totale de 29 614,38 euros.

Quant aux frais divers :

26. M. D fait valoir qu'il a eu recours à l'assistance de plusieurs médecins conseils lors des différentes opérations d'expertise qui ont eu lieu devant la CCI pour un montant total de 6 928 euros et produit les notes d'honoraires correspondantes. Il y a lieu, M suite, de lui accorder la somme demandée à ce titre.

Quant à l'assistance M une tierce personne :

27. Lorsque le juge administratif indemnise, dans le chef de la victime d'un dommage corporel, la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, M référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues M l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié M les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée M un membre de la famille ou un proche de la victime. Si le juge n'est pas en mesure de déterminer, lorsqu'il se prononce, si la personne handicapée sera placée dans une institution spécialisée ou hébergée au domicile de sa famille, il lui appartient de lui accorder une rente trimestrielle couvrant les frais de son maintien au domicile familial, en précisant le mode de calcul de cette rente dont le montant doit dépendre du temps passé au domicile familial au cours du trimestre.

28. M ailleurs, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation M une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnisation allouée à la victime d'un dommage corporel au titre des frais d'assistance M une tierce personne le montant des prestations dont elle bénéficie M ailleurs et qui ont pour objet la prise en charge de tels frais. Il en est ainsi alors même que les dispositions en vigueur n'ouvrent pas à l'organisme qui sert ces prestations un recours subrogatoire contre l'auteur du dommage. La déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement au bénéficiaire s'il revient à meilleure fortune.

29. Enfin, en vertu de l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles, la prestation de compensation du handicap est destinée à compenser les frais de toute nature liés au handicap. Aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit la récupération de cette allocation en cas de retour de son bénéficiaire à meilleure fortune. Il suit de là que le montant de la prestation de compensation du handicap peut être déduit d'une rente ou indemnité allouée au titre de l'assistance M tierce personne.

30. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise, que l'état de santé de M. D nécessite l'assistance d'une tierce personne pour une aide active non médicalisée et pour une aide aux activités occupationnelles et justifie un placement en EHPAD. Il résulte de l'instruction que M. D est effectivement hébergé en EHPAD depuis le 4 avril 2016. Ainsi, l'intégralité de l'aide M tierce personne que son état de santé requiert est assurée M cet établissement de manière continue. Si les enfants de M. D font état de ce qu'ils accueillent leur père en fin de semaine et durant les vacances scolaires, l'aide M tierce personne qu'ils lui apportent à ces occasions ne résulte que de leur choix de l'accueillir en dehors de l'EHPAD où il réside et où il est normalement intégralement pris en charge. M suite, M. D ne saurait prétendre à l'indemnisation des frais nécessités M l'assistance d'une tierce personne dans ce cadre. Au surplus, si les experts ont pu évaluer l'aide M tierce personne de M. D lorsqu'il est accueilli M ses enfants, les requérants ne se prévalent que de leurs propres attestations pour établir la réalité et la fréquence de la prise en charge de leur père et ne fournissent aucun autre élément tel qu'une attestation de l'EHPAD où est hébergé ce dernier. Ces seuls éléments apparaissent dès lors insuffisants pour établir tant la réalité que la fréquence de cette prise en charge alors que le centre hospitalier conteste, dans ses dernières écritures, l'existence de ce préjudice. La demande tendant à l'indemnisation de ce poste de préjudice ne peut, M suite, qu'être rejetée.

S'agissant des préjudices patrimoniaux futurs :

Quant aux dépenses futures d'hébergement en EHPAD :

31. Eu égard aux dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale qui limitent le recours subrogatoire des caisses de sécurité sociale à l'encontre du responsable d'un accident corporel aux préjudices qu'elles ont pris en charge, le remboursement des prestations qu'une caisse sera amenée à verser à l'avenir, de manière certaine, prend normalement la forme du versement d'une rente et ne peut être mis à la charge du responsable sous la forme du versement immédiat d'un capital représentatif qu'avec son accord.

32. En l'espèce, le centre hospitalier de Bourges s'oppose à l'indemnisation des dépenses de santé futures qui seront exposées M la caisse primaire d'assurance maladie sous forme d'un capital représentatif. Il résulte de l'instruction que M. D restera hébergé en EHPAD de manière définitive. Il y a donc lieu d'accorder à la caisse une rente annuelle d'un montant de 4 781,50 euros au titre du forfait journalier EHPAD.

Quant à l'aide future M une tierce personne :

33. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 30, il ne pourra être fait droit à la demande présentée M M. D à ce titre.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux :

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

Quant au déficit fonctionnel temporaire :

34. M. D sollicite le versement d'une somme globale de 31 471,50 euros au titre de l'indemnisation des différentes périodes de déficit fonctionnel temporaire qu'il a subies. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'expertise du 5 juillet 2022, que M. D a connu une période de déficit fonctionnel total d'une durée de 429 jours et une période de déficit fonctionnel temporaire partiel de 95 % durant 998 jours jusqu'à la consolidation de son état de santé. Dans ces conditions, et en retenant un taux journalier d'indemnisation de 16,67 euros, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en fixant le montant de l'indemnisation mise solidairement à la charge du centre hospitalier de Bourges et de la SHAM, son assureur, à la somme globale de 23 000 euros pour l'ensemble des différentes périodes.

Quant aux souffrances endurées :

35. M. D a enduré des souffrances qui ont été évaluées à 4,5 sur une échelle de 0 à 7 M les experts. Il y a lieu d'accorder à l'intéressé une somme de 10 000 euros au titre de ce préjudice.

Quant au préjudice esthétique :

36. Le préjudice esthétique temporaire a été évalué à 5,5 sur 7 M les experts. Il y a lieu d'accorder une somme de 4 000 euros en réparation de ce préjudice.

S'agissant des préjudices extrapatrimoniaux permanents :

Quant déficit fonctionnel permanent :

37. M. D sollicite le versement d'une somme de 193 000 euros en réparation de son déficit fonctionnel permanent évalué à 90 %. Compte tenu de l'âge de M. D à la date de consolidation de son état de santé, le 1er mai 2019, soit soixante-neuf ans, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en l'évaluant à la somme de 175 000 euros.

Quant au préjudice esthétique permanent :

38. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice chiffré à 5 sur une échelle de 7 M les experts en allouant une somme de 13 000 euros.

Quant préjudice d'agrément :

39. M. D soutient qu'il ne peut plus pratiquer les activités de loisirs qu'il aimait telles que la restauration puis la conduite de véhicules anciens et de collection et qu'il ne peut plus se promener ni marcher, surtout en forêt, ni jardiner. Toutefois, les documents qu'il produit ne permettent pas d'établir la régularité de sa pratique de ces différentes activités. M suite, il n'y a pas lieu d'accorder à M. D une indemnisation au titre de son préjudice d'agrément.

Quant au préjudice sexuel :

40. M. D soutient ne plus pouvoir avoir de relations sexuelles en raison de son état de santé. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 3 000 euros.

41. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Bourges solidairement avec son assureur, la SHAM, à verser à M. D une somme globale de 234 928 euros en réparation de l'intégralité des préjudices subis M l'intéressé à la suite de sa prise en charge dans cet établissement, ainsi qu'une somme de 233 270,70 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne en remboursement des dépenses supportées au profit de son assuré, outre une rente annuelle au titre du forfait journalier EHPAD d'un montant de 4 781,50 euros.

En ce qui concerne la subrogation :

42. Aux termes de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, M leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ". Il résulte de ces dispositions que le versement M l'assureur de l'indemnité à laquelle il est tenu en vertu du contrat d'assurance le liant à son assuré le subroge, dès cet instant et à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de son assuré contre le tiers responsable du dommage. M suite, l'assureur a seul qualité pour agir et obtenir, s'il l'estime opportun, la réparation du préjudice qu'il a indemnisé.

43. Il résulte de l'instruction que la compagnie Pacifica justifie avoir versé à M. D une somme de 50 000 euros à titre provisionnel en exécution d'un contrat de " garantie des accidents de la vie ". Si la compagnie demande également le versement d'une somme de 3 000 euros mise à sa charge M le juge de la mise en état du tribunal judiciaire de Paris, cette demande ne résulte pas de la subrogation légale prévue à l'article L. 121-12 mais d'une somme mise à sa charge dans le cadre d'un litige l'opposant à M. D devant le juge judiciaire. Il s'ensuit que le centre hospitalier de Bourges doit être condamné à verser une somme de 50 000 euros à la compagnie Pacifica, subrogée légalement dans les droits de M. D.

En ce qui concerne les droits à indemnisation de M. D :

44. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 41 et 43 du présent jugement, M. D peut prétendre à une somme globale de 184 928 (234 928 - 50 000) euros en réparation de ses préjudices.

Sur les préjudices de M. I D :

En ce qui concerne les frais d'adaptation du logement :

45. M. I D sollicite l'indemnisation des frais d'adaptation de son logement pour lui permettre d'accueillir son père le week-end et lors des vacances. Cependant, outre ce qui a été dit aux points 30 et 33 du présent jugement, l'intéressé se borne à produire des devis pour des travaux qui présentent, dès lors, un caractère seulement éventuel. La demande formulée à ce titre ne peut qu'être rejetée.

En ce qui concerne le coût d'achat d'un véhicule :

46. M. I D soutient qu'il est contraint de procéder à l'acquisition d'un véhicule adapté au transport d'un fauteuil roulant afin de pouvoir véhiculer son père lorsqu'il le prend en charge. Cependant, M la pièce qu'il produit, M. D ne justifie ni du caractère adapté aux besoins de son père du véhicule en cause ni de la réalité de l'achat de ce dernier. La demande est M suite rejetée.

En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence :

47. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi M M. I D du fait de l'état de santé de son père en lui allouant la somme de 5 000 euros.

48. Si l'indemnisation des frais d'assistance M une tierce personne ne peut intervenir qu'au profit de la victime, les proches de la victime qui lui apportent une assistance peuvent prétendre à être indemnisés M le responsable du dommage au titre des préjudices qu'ils subissent de ce fait. Il sera fait, en l'espèce, une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence subis M le fils de M. D en lui allouant à ce titre une somme de 10 000 euros.

49. Au total, M. I D peut donc prétendre au versement d'une somme de 15 000 euros.

Sur les préjudices de Mme K G :

En ce qui concerne le coût d'acquisition d'un nouveau logement :

50. Mme G soutient qu'elle a été contrainte d'acquérir une nouvelle maison lui permettant d'accueillir son père le week-end et lors des vacances. Cependant, en ne produisant que des photographies de son ancienne et de sa nouvelle habitation ainsi que les échéanciers de remboursement de prêts immobiliers pour chacun de ces biens, la requérante ne met pas le tribunal à même d'apprécier la réalité et l'ampleur du préjudice dont elle fait état, ni au demeurant le lien de causalité entre celui-ci et la faute commise M le centre hospitalier de Bourges. Sa demande à ce titre est M suite rejetée.

En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence :

51. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi M Mme G du fait de l'état de santé de son père en lui allouant la somme de 5 000 euros.

52. Si l'indemnisation des frais d'assistance M une tierce personne ne peut intervenir qu'au profit de la victime, les proches de la victime qui lui apportent une assistance peuvent prétendre à être indemnisés M le responsable du dommage au titre des préjudices qu'ils subissent de ce fait. Il sera fait, en l'espèce, une juste appréciation des troubles dans les conditions d'existence subis M la fille de M. D en lui allouant à ce titre une somme de 10 000 euros.

53. Au total, Mme G peut donc prétendre au versement d'une somme de 15 000 euros.

Sur les préjudices de Mmes L G, Bianca G et Maëlle D :

54. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi M chacune des petites-filles de M. D du fait de l'état de santé de leur grand-père en fixant l'indemnité due à ce titre à la somme de 5 000 euros. Mmes L G, Bianca G et Maëlle D peuvent peut donc prétendre chacune à une somme de 5 000 euros au titre de ce chef de préjudice.

Sur les intérêts :

55. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

56. La caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne demande que les indemnités qui lui sont allouées soient assorties des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à cette demande d'intérêts à compter, comme elle le demande, du 7 juillet 2020, date de l'enregistrement au greffe de ses premières écritures.

Sur l'indemnité forfaitaire de gestion :

57. L'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses d'assurance maladie exerçant leur recours subrogatoire de recouvrer une indemnité forfaitaire de gestion égale au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans des limites fixées M arrêté. L'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 fixe les montants minimum et maximum de cette indemnité forfaitaire de gestion à respectivement 115 euros et 1 162 euros.

58. Eu égard au montant des sommes accordées à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Bourges solidairement avec la SHAM à lui verser la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Sur les frais liés au litige :

59. D'une part, il y a lieu de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Bourges et de son assureur une somme de 1 500 euros à verser aux consorts D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

60. Il y a lieu de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Bourges et de la SHAM une somme de 1 500 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne en application des mêmes dispositions.

61. Il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Bourges une somme de 1 500 euros à verser à la compagnie Pacifica en application des mêmes dispositions.

62. D'autre part, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".

63. Les consorts D ne démontrent pas avoir exposé des dépens dans cette instance. M suite, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

Sur la demande tendant à l'exécution provisoire du jugement :

64. De telles conclusions sont sans objet dès lors que les jugements sont exécutoires de plein droit en application de l'article L. 11 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est mis hors de cause.

Article 2 : Le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser une somme de 184 928 euros à M. F D en réparation de ses préjudices.

Article 3 : Le centre hospitalier de Bourges est condamné à verser une somme de 50 000 euros à la société Pacifica en sa qualité de subrogée dans les droits de M. F D.

Article 4 : Le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser une somme de 15 000 euros à M. I D en réparation de ses préjudices.

Article 5 : Le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser une somme de 15 000 euros à Mme K G en réparation de ses préjudices.

Article 6 : Le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser une somme de 5 000 euros chacune à Mmes L G, Bianca G et Maëlle D en réparation de leur préjudice respectif.

Article 7 : Le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser une somme de 233 270,70 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne. Cette somme sera majorée des intérêts au taux légal à compter du 7 juillet 2020.

Article 8 : Le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser une rente annuelle de 4 781,50 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne.

Article 9 : Le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles sont solidairement condamnés à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne la somme de 1 162 euros en application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

Article 10 : Le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles verseront solidairement une somme de 1 500 euros aux consorts D en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 11 : Le centre hospitalier de Bourges versera une somme de 1 500 euros à la compagnie Pacifica en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 12 : Le centre hospitalier de Bourges et la société hospitalière d'assurances mutuelles verseront solidairement une somme de 1 500 euros à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 13 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 14 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Mme K D épouse G, à M. I D, à Mme L G, à Mme B G, à Mme E D, à la compagnie Pacifica, à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-de-Marne, au centre hospitalier de Bourges, à la société hospitalière d'assurances mutuelles et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouault-Chalier, présidente,

M. Viéville, premier conseiller,

M. Nehring, conseiller.

Rendu public M mise à disposition au greffe le 9 février 2023.

Le rapporteur,

Sébastien VIEVILLE

La présidente,

Patricia ROUAULT-CHALIER

La greffière,

Nadine REUBRECHT

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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