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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2001540

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2001540

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2001540
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCPA PIELBERG-KOLENC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 avril 2020, Mme D C, représentée par la SCP KPL Avocats, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser à titre de dommages et intérêts les sommes de 10 000 euros et 5 000 euros en réparation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence subis en raison de faits de harcèlement moral dont elle estime avoir été la victime ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le harcèlement moral :

- elle fait l'objet de pressions permanentes dans l'exercice de ses missions de psychologue depuis l'année 2012 de la part du rectorat de l'académie d'Orléans-Tours ; elle a été convoquée à de nombreuses reprises afin de s'expliquer sans être pour autant écoutée ; sa demande de mis en œuvre d'une enquête administrative sur l'ensemble de son travail n'a jamais abouti ; ses difficultés ont fait l'objet d'une large publicité du rectorat auprès des écoles et du RASED ;

- elle a également fait l'objet de plusieurs mesures pouvant être qualifiées de sanctions disciplinaires déguisées consistant en une " mise au placard " tant par sa hiérarchie que par ses collègues enseignantes du RASED, par une mise à l'écart des réunions de travail du RASED ;

- elle s'est vu refuser à la rentrée scolaire 2019 l'accès au grade de la hors-classe des psychologues de l'éducation nationale ;

- elle a été mutée dans l'intérêt du service en 2014 et elle a fait l'objet de pressions insistantes en 2019 de la part de la rectrice pour solliciter une nouvelle mutation ;

- elle a été convoquée le 4 novembre 2019 à un entretien ayant manifestement pour but de l'intimider ;

- au regard de l'ensemble de ces éléments, elle démontre avoir été victime d'une dégradation de ses conditions de travail ;

En ce qui concerne les préjudices :

- la publicité donnée à ces difficultés a porté atteinte à sa dignité et altéré la relation de confiance qu'elle souhaitait établir avec ses interlocuteurs ; ces agissements répétés ont eu pour conséquence une dégradation de son état de santé ;

- sa carrière a également été impactée par ce harcèlement moral.

Par un mémoire enregistré le 18 octobre 2021, la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en l'absence de recours formé à l'encontre d'une décision préalable conformément aux dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 3 mars 2022, l'instruction a fait l'objet d'une clôture immédiate.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,

- et les observations de Me Kolenc, représentant Mme C, et de M. B, représentant la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, recrutée en 2009 par le ministère de l'éducation nationale en qualité de psychologue scolaire, a été affectée sur la circonscription de Tours-Sud à compter de l'année 2012 puis sur le secteur d'Amboise à compter du 1er septembre 2014 à la suite d'une décision de mutation dans l'intérêt du service. Estimant avoir été victime d'agissements de harcèlement moral, elle a adressé à la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours une réclamation indemnitaire le 2 janvier 2020. Le silence gardé par l'administration pendant plus deux mois a fait naître une décision implicite de rejet de cette demande. Par sa requête, Mme C demande l'indemnisation des préjudices qu'elle prétend avoir subis à la suite de ces faits.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 alors applicable : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

3. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

5. Mme C soutient avoir été victime, dans un climat conflictuel avec sa direction, de pressions, d'intimidations, de mises à l'écart volontaires des réunions de travail des équipes de travail et de sanctions disciplinaires déguisées illustrées, sans motif légitime, par une mutation dans l'intérêt du service en 2014 et un refus d'inscription au tableau d'avancement à la hors-classe en 2019. Elle indique que ces agissements répétés depuis 2012 imputables à sa hiérarchie ont entraîné un retentissement psychologique important.

6. Appréciés de manière globale, les éléments de faits avancés par Mme C sont susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. En réponse, l'administration produit, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement.

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment de courriels émanant de l'équipe enseignante du RASED, de notes et de comptes-rendus de l'inspecteur d'académie que, si Mme C a fait l'objet de nombreuses convocations pour des entretiens avec sa hiérarchie, ces entretiens, y compris celui du 4 novembre 2019 ayant abouti à la notification d'un rappel à l'ordre, ont toujours eu pour objet d'examiner des difficultés liées à la posture de l'intéressée à la suite de signalements récurrents régularisés par l'équipe enseignante ou la direction des établissements au sein desquels la requérante a exercé ses missions. Il ne résulte pas de l'instruction et notamment pas des comptes rendus produits que Mme C n'aurait pas pu s'exprimer au cours de ces entretiens. Par suite, ces circonstances ne sont pas de nature à révéler l'existence d'un harcèlement moral dont elle aurait été la victime.

8. En deuxième lieu, à supposer même qu'ainsi qu'elle le soutient Mme C a été la victime d'une diffusion d'informations relatives à ses difficultés au-delà du seul cadre des personnels concernés et notamment auprès d'écoles et du RASED, pour regrettable que soit cette divulgation contraire à l'obligation de discrétion professionnelle et de confidentialité, il ne résulte pas de l'instruction que ces faits, au demeurant restés isolés, seraient imputables à sa hiérarchie. Par suite, ces circonstances ne sont pas non plus de nature à révéler l'existence d'agissements de harcèlement moral à l'encontre de Mme C.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que tant à l'occasion de l'exercice de ses missions au sein de la circonscription de Tours-Sud en 2013 que de celles exercées au sein de la circonscription d'Amboise, Mme C a été, de manière récurrente, écartée sur la demande de l'inspecteur de circonscription de réunions de travail hebdomadaires des enseignants du RASED puis de réunions de synthèse. Cependant, il résulte également de l'instruction que ces décisions arrêtées à titre temporaire ont toujours été motivées par la nécessité de maintenir une organisation convenable du service dans l'intérêt des enfants pris en charge et ainsi assurer sa continuité dans un contexte de rupture de communication et de confiance entre l'intéressée et l'équipe pédagogique des établissements considérés. Dans ces conditions, ces décisions, qui n'excèdent pas l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, ne sont pas davantage de nature à établir l'existence d'agissements constitutifs d'un harcèlement moral imputable à sa hiérarchie dont Mme C aurait été la victime.

10. En quatrième lieu, il ne résulte pas de l'instruction et notamment pas du compte rendu d'entretien du 3 avril 2019 que la mutation dont Mme C a fait l'objet en 2014 et la proposition de mutation adressée à l'intéressée en 2019 auraient poursuivi un but étranger à l'intérêt du service, alors notamment que s'inscrivant dans un contexte professionnel dégradé, elles offraient également à la requérante l'opportunité de prendre un nouveau départ dans un environnement de travail différent. Par ailleurs, s'agissant de la mutation remontant à 2014, dont au demeurant il n'est ni soutenu, ni établi qu'elle ne tiendrait pas compte de l'expérience et des compétences propres de l'intéressée, il n'est pas contesté que cette nouvelle affectation n'a entraîné aucune perte de rémunération et de responsabilité pour la requérante, de sorte que celle-ci n'a pas davantage fait l'objet d'un déclassement constitutif d'une sanction. Ainsi, les mesures en litige, prises dans l'intérêt du service, ne constituaient pas des sanctions disciplinaires déguisées. Ces agissements ne sont donc pas davantage susceptibles de révéler l'existence d'un harcèlement moral.

11. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que le refus du 14 juin 2019 d'inscrire Mme C sur le tableau d'avancement à la hors-classe est fondé sur le comportement de l'agent, dont la posture professionnelle s'est révélée, sans amélioration significative depuis un premier rappel à l'ordre de la part de sa hiérarchie le 3 avril 2016, génératrice de souffrances professionnelles pour certains de ses collègues et de perturbations pour les familles des élèves. Par les pièces qu'elle produit, Mme C n'établit pas l'inexactitude de ces faits au titre de la période considérée. Alors même qu'elle a été prise en raison de l'appréciation portée par la rectrice sur le comportement de Mme C, cette décision, qui au demeurant ne correspond pas une radiation du tableau d'avancement ne peut être regardée comme constituant une sanction déguisée. Dès lors, elle ne révèle aucun harcèlement moral à l'encontre de l'agent.

12. Les agissements dénoncés par Mme C, pris ensemble ou isolément, n'étant pas constitutifs de harcèlement moral, l'administration n'a commis aucune faute en s'abstenant de prendre des mesures pour y mettre fin.

13. En l'absence de tels agissements, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie d'Orléans-Tours.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

Emmanuel A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSA

La greffière,

Lucie BARRUET

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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