jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2001557 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCPA PIELBERG-KOLENC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 avril 2020 et le 13 août 2021, Mme F C, M. E C et Mme B A, agissant en qualité d'héritiers de M. G C, représentés par la SCP KPL Avocats, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 28 février 2020 par laquelle le maire de Meusnes a refusé de prendre en charge les travaux prescrits par son arrêté du 17 juillet 2014 ;
2°) de condamner la commune de Meusnes à leur verser la somme de 10 000 euros en réparation des troubles dans les conditions d'existence et de 10 000 euros en réparation de leur préjudice moral ;
3°) d'enjoindre au maire de Meusnes de prendre en charge les travaux prescrits par son arrêté du 17 juillet 2014 ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Meusnes la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils agissent en qualité d'héritiers de M. G C, décédé le 14 janvier 2017 et propriétaire des parcelles cadastrées A 213, A 214, A 1417 et A 202, sises sur le territoire de la commune de Meusnes ; les parcelles A 1417 et A 202 ont été acquises pour permettre un accès direct à la voie publique ;
- les parcelles A 1417 et A 202 sont traversées en plusieurs endroits par un fossé collecteur communal ; le maire de la commune a accordé le 17 juillet 2014 une permission de voirie à M. G C, en vue de réaliser des aménagements du fossé ;
- il est apparu que l'implantation de l'ouvrage public était irrégulière dès lors que si le préfet avait, par arrêté du 10 avril 1981, déclaré d'utilité publique les travaux d'aménagement du fossé dans le cadre de l'opération de ressuyage des terres dans le lit majeur du Cher approuvée par délibération du conseil municipal du 8 janvier 1981, la convention devant être signée avec les propriétaires des terrains n'a pu être produite par la commune et n'est pas inscrite au registre de la publicité foncière, ce qu'a d'ailleurs reconnu la commune par un courrier du 2 février 2016 ;
- leur réclamation indemnitaire du 27 décembre 2019 a été implicitement rejetée le 28 février 2020 ; ils ont la qualité de tiers par rapport à l'ouvrage public ; à supposer qu'ils soient qualifiés d'usagers du fossé, il appartient à la commune d'établir l'entretien de l'ouvrage ;
- le fossé ne permet pas un accès libre à leur propriété ; ils sont obligés de passer par des propriétés voisines ; le préjudice est également constitué par la présence même du fossé, qui ne permet pas l'exploitation agricole du terrain ; ils subissent ainsi des troubles dans les conditions d'existence, ainsi qu'un préjudice moral ;
- ils ne demandent pas la remise des lieux en l'état ; la commune a commis une faute ne procédant pas à la prise en charge des travaux prescrits par l'arrêté du maire du 17 juillet 2014 ;
- il n'entre pas dans la compétence du juge administratif de faire application des règles du code civil ;
- si la compétence exploitation, entretien et aménagement d'ouvrages hydrauliques existants a été transférée à la communauté de communes, la commune peut voir sa responsabilité engagée en qualité de propriétaire de l'ouvrage et reste responsable de l'emprise irrégulière;
- aucun accord verbal du précédent propriétaire des parcelles n'est intervenu ;
- l'acquéreur du terrain a acquis les droits du précédent propriétaire de contester toute atteinte à sa propriété.
Par un mémoire enregistré le 3 juin 2021, la commune de Meusnes, représentée par
Me Collart, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'ouvrage existait depuis six années lorsque M. G C a fait l'acquisition des parcelles par acte du 7 février 1987 ; cet acte n'est au demeurant pas produit ;
- les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir, dès lors qu'ils n'établissent pas être propriétaires des parcelles ;
- la collectivité est propriétaire de l'ouvrage par l'effet de la prescription acquisitive de l'article 690 du code civil ;
- la requête est mal dirigée, l'ouvrage étant exploité et géré par la communauté de communes Val de Cher Controis, ainsi que le mentionnent les statuts de l'établissement public, applicables au 1er janvier 2018 et l'article L. 211-7 du code de l'environnement ;
- la procédure suivie pour implanter l'ouvrage a été régulière et n'a pas été contestée ; un accord non écrit a été donné par le propriétaire de l'époque, ainsi qu'en atteste sa fille le 29 novembre 2017 ;
- le dommage allégué ne présente pas un caractère accidentel ;
- le dommage permanent allégué ne présente ni un caractère anormal ni un caractère spécial ;
- les requérants ne sont pas empêchés d'accéder à leurs parcelles, lesquelles ne peuvent faire l'objet d'un aménagement en raison de leur classement en zone N dans le plan local d'urbanisme intercommunal devant entrer en vigueur lors de l'été 2021 ;
- la réalité des préjudices allégués n'est pas établie, ni leur montant ;
- la demande d'injonction ne peut aboutir, la commune n'ayant commis aucune abstention fautive.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de Mme Dumand, rapporteure publique,
- les observations de Me Rollet, représentant les consorts C et de Me Vally représentant le commune de Meusnes.
Considérant ce qui suit :
1. M. G C a reçu, suivant donation-partage en date du 4 décembre 1982, la propriété des parcelles A 213, A 214 et A 1760, sises commune de Meusnes. Il a acquis, le 7 février 1987, les parcelles cadastrées A 1417 et A 202 afin de bénéficier d'un accès direct à la route. Ces deux parcelles sont traversées par un fossé collecteur, destiné à assurer l'écoulement des eaux pluviales. Par un courrier du 2 juin 2014, M. C a demandé au maire de Meusnes des informations sur la possibilité de construire une buse pour franchir le fossé. Par un arrêté du 17 juillet 2014, le maire de Meusnes a autorisé le requérant à réaliser des travaux
" d'aménagement d'accès avec franchissement de fossé ". Par un nouveau courrier du 16 juin 2015, M. C a demandé à la commune de réaliser les travaux nécessaires pour combler la partie du fossé traversant les parcelles litigieuses. M. C a alors assigné la commune devant le tribunal judiciaire aux fins de faire réaliser les travaux. La juridiction judiciaire s'est déclarée incompétente, en l'absence de voie de fait. Les héritiers de M. C, décédé en 2017, ont présenté une demande préalable indemnitaire le 27 décembre 2019, enjoignant la commune d'avoir à leur payer une somme forfaitaire de 20 000 euros, au titre du trouble dans les conditions d'existence et du préjudice moral. Selon la réclamation préalable, le trouble causé dans les conditions d'existence est caractérisé, d'une part, par l'impossibilité d'accéder librement aux terres, cet accès ne pouvant être réalisé qu'en traversant les terres de propriétaires voisins, et d'autre part, par l'impossibilité d'aménager librement les terres.
2. Une collectivité maître d'ouvrage est responsable même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont elle a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement, elle est également responsable des dommages accidentels causés à des tiers par l'exécution de travaux publics. Dans les deux cas, elle ne peut dégager sa responsabilité à l'égard des victimes que si elle établit que les dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Lorsqu'il est soutenu qu'une partie s'est exposée en toute connaissance de cause au risque dont la réalisation a causé les dommages dont elle demande réparation au titre de la présence ou du fonctionnement d'un ouvrage public, il appartient au juge d'apprécier s'il résulte de l'instruction, d'une part, que des éléments révélant l'existence d'un tel risque existaient à la date à laquelle cette partie est réputée s'y être exposée et, d'autre part, que la partie en cause avait connaissance de ces éléments et était à cette date en mesure d'en déduire qu'elle s'exposait à un tel risque, lié à la présence ou au fonctionnement d'un ouvrage public, qu'il ait été d'ores et déjà constitué ou raisonnablement prévisible. Enfin, pour obtenir réparation des préjudices qu'ils subissent sur le fondement de la responsabilité sans faute, les administrés, qui ont la qualité de tiers par rapport à un ouvrage public, doivent établir le caractère grave et spécial du dommage qu'ils invoquent et qui présente, en l'espèce, un caractère permanent.
3. Il résulte de l'instruction que la création du fossé litigieux a été décidée dans le cadre du projet de ressuyage des terres dans le lit majeur du Cher, approuvé par le conseil municipal de Meusnes par une délibération du 8 janvier 1981 et déclaré d'utilité publique par un arrêté du préfet de Loir-et-Cher du 18 avril 1981, après une enquête d'utilité publique prescrite par un arrêté du 4 février 1981. Ainsi que le soutient la commune de Meusnes, cet ouvrage était entièrement construit lors de l'achat des parcelles par M. C en 1987. Ainsi, à supposer même que la construction de cet ouvrage ait pu s'effectuer sans que soit recueillie la signature de la convention avec les propriétaires des terres traversées, prévue par la délibération du 8 janvier 1981, M. G C avait nécessairement connaissance de l'impossibilité d'accéder librement à ses terres et de pouvoir les aménager librement lors de leur acquisition. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à demander l'indemnisation d'un préjudice lié à la présence de l'ouvrage public.
4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation et d'injonction de la requête doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu de statuer sur leur recevabilité.
Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Meusnes, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande les requérants. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre la somme de 1 500 euros à la charge des héritiers de M. C sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F C, M. E C et Mme B A est rejetée.
Article 2 : Mme F C, M. E C et Mme B A verseront à la commune de Meusnes une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F C, M. E C et Mme B A et à la commune de Meusnes.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Delamarre, présidente,
M. Jaosidy, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
Jean-Luc D
La présidente,
Anne-Laure DELAMARRELa greffière,
Aurore MARTIN
La République mande et ordonne au préfet de Loir-et-Cher, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026