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AccueilJurisprudence administrativeN° TA45-2001588

Tribunal Administratif d'Orléans — Décision N° TA45-2001588

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Orléans
SectionTribunal Administratif d'Orléans
N° DossierTA45-2001588
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCPA BILLEBEAU - MARINACCE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 6 mai 2020 sous le n° 2001588, la société SADE, représentée par Me Billebeau, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes du Bonnevalais, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme de 54 112,92 euros sur les sommes qui lui sont dues dans le cadre du solde du marché des travaux d'interconnexion et d'alimentation en eau potable de l'entité Sud-Est de la communauté de communes du Bonnevalais ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Bonnevalais la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les intérêts moratoires lui sont dus, conformément aux dispositions du décret n° 2013-269 du 29 mars 2013.

Par un mémoire enregistré le 3 juin 2022, la communauté de communes du Bonnevalais, représentée par Me Puyenchet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société SADE la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le moyen soulevé n'est pas fondé mais qu'elle a procédé au paiement de la somme de 63 459,25 euros le 12 mai 2022.

Par ordonnance du 7 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juin 2022.

II. Par une requête enregistrée le 6 mai 2020 sous le n° 2001589, la société SADE, représentée par Me Billebeau, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes du Bonnevalais à lui verser la somme de 54 112,92 euros au titre des intérêts moratoires dus dans le cadre du solde du marché des travaux d'interconnexion et d'alimentation en eau potable de l'entité Sud-Est de la communauté de communes du Bonnevalais ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes du Bonnevalais la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les intérêts moratoires lui sont dus, conformément aux dispositions du décret n° 2013-269 du 29 mars 2013.

Par un mémoire enregistré le 3 juin 2022, la communauté de communes du Bonnevalais, représentée par Me Puyenchet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société SADE la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le moyen soulevé n'est pas fondé mais qu'elle a procédé au paiement de la somme de 63 459,25 euros le 12 mai 2022.

Par ordonnance du 7 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juin 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015 ;

- la loi n° 2013-100 du 28 janvier 2013 ;

- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par acte d'engagement signé le 31 juillet 2017, un groupement conjoint d'entreprises dont la société SADE est le mandataire, s'est vu attribuer un marché public portant sur des " Travaux d'interconnexion et d'alimentation en eau potable de l'entité Sud-Est de la communauté de communes du Bonnevalais ". La société Hydratec a été désignée comme maître d'œuvre. Le chantier a commencé le 27 juillet 2017. Le 15 juillet 2019, la société SADE, en tant que mandataire, a adressé son projet de décompte final à la communauté de communes du Bonnevalais intégrant les avenants en plus-value, les révisions de prix et les intérêts moratoires, portant le décompte à 2 182 472,70 euros TTC. Par courrier du 3 octobre 2019, la communauté de communes du Bonnevalais a accusé réception du projet de décompte final mais a demandé à la société SADE de lui retourner le document signé des trois parties. Le 8 novembre 2019, la société SADE a notifié son projet de décompte général, accompagné d'un mémoire en réclamation. Par courrier du 20 décembre 2019, la communauté de communes l'a informée qu'elle refusait de payer les intérêts moratoires évalués par la société SADE à hauteur de 54 112,952 euros. Par la requête n° 2001588, la société SADE demande au tribunal de condamner la communauté de communes du Bonnevalais, sur le fondement des dispositions de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, à lui verser, à titre de provision, la somme de 54 112,92 euros sur les sommes qui lui sont dues dans le cadre du solde du marché. Par la requête n° 2001589, elle demande au tribunal de condamner la communauté de communes du Bonnevalais à lui verser cette même somme.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2001588 et n° 2001589, présentent à juger des mêmes questions relatives à un même marché et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions de la requête n° 2001589 :

3. Aux termes de l'article 39 de la loi du 28 janvier 2013 portant diverses dispositions d'adaptation de la législation au droit de l'Union européenne, en matière économique et financière : " Le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires à compter du jour suivant l'expiration du délai de paiement ou l'échéance prévue au contrat. / Ces intérêts moratoires sont versés au créancier par le pouvoir adjudicateur. / () Le taux des intérêts moratoires est fixé par décret ".

4. Aux termes de l'article 1er du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique, applicable au litige : " Le délai de paiement prévu au premier alinéa de l'article 37 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée est fixé à trente jours pour les pouvoirs adjudicateurs, y compris lorsqu'ils agissent en tant qu'entité adjudicatrice. () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " I. - Le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur ou, si le contrat le prévoit, par le maître d'œuvre ou toute autre personne habilitée à cet effet.

Toutefois : () 2° Pour le paiement du solde des marchés de travaux soumis au code des marchés publics, le délai de paiement court à compter de la date de réception par le maître de l'ouvrage du décompte général et définitif établi dans les conditions fixées par le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ; () ". Aux termes de l'article 7 du même décret : " Lorsque les sommes dues en principal ne sont pas mises en paiement à l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement, le créancier a droit, sans qu'il ait à les demander, au versement des intérêts moratoires et de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévus aux articles 39 et 40 de la loi du 28 janvier 2013 susvisée ". Aux termes de l'article 8 du même décret : " I. - Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage.

Les intérêts moratoires courent à compter du jour suivant l'échéance prévue au contrat ou à l'expiration du délai de paiement jusqu'à la date de mise en paiement du principal incluse.

Les intérêts moratoires appliqués aux acomptes ou au solde sont calculés sur le montant total de l'acompte ou du solde toutes taxes comprises, diminué de la retenue de garantie, et après application des clauses d'actualisation, de révision et de pénalisation. () ". Aux termes de l'article 10 du même décret : " Les intérêts moratoires et l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement sont payés dans un délai de quarante-cinq jours suivant la mise en paiement du principal ".

5. En outre, aux termes de l'article 3.5.6 du cahier des clauses administratives particulières applicables au litige : " Les projets de décompte sont présentés dans les conditions prévues à l'article 13 du CCAG. Le règlement des travaux se fait par des acomptes mensuels et un solde. Le paiement des sommes dues est effectué dans un délai global maximum de 30 jours conformément aux dispositions de l'article 183 du décret n°2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics. Les conditions de mise en œuvre du délai maximum de paiement sont celles énoncées dans le décret modifié n°2013-269 du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique. Le taux des intérêts moratoires prévu par le décret n°2013-269 du 29 mars 2013 précité est égal au taux d'intérêt de la principale facilité de refinancement appliquée par la Banque centrale européenne à son opération de refinancement principal la plus récente effectuée avant le premier jour de calendrier du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de sept points ".

6. Enfin, aux termes de l'article 4 du décret précité : " Le délai de paiement ne peut être suspendu qu'une fois par le pouvoir adjudicateur, s'il constate que la demande de paiement ne comporte pas l'ensemble des pièces et des mentions prévues par la loi ou par le contrat ou que celles-ci sont erronées ou incohérentes. Pour les pouvoirs adjudicateurs dotés d'un comptable public, cette suspension ne peut intervenir qu'avant l'ordonnancement de la dépense. / La suspension du délai de paiement fait l'objet d'une notification au créancier par tout moyen permettant d'attester une date certaine de réception. Cette notification précise les raisons imputables au créancier qui s'opposent au paiement, ainsi que les pièces à fournir ou à compléter. A compter de la réception de la totalité de ces éléments, un nouveau délai de paiement est ouvert. Il est de trente jours ou égal au solde restant à courir à la date de réception de la notification de la suspension si ce solde est supérieur à trente jours ".

7. La société SADE soutient que les intérêts moratoires à hauteur de 54 112,92 euros sont dus au groupement conjoint dont elle est le mandataire, en raison de retards de paiement quasi-systématiques allant, selon les situations, de 39 jours à 154 jours.

8. Par courrier du 20 décembre 2019, la communauté de communes du Bonnevalais a justifié son refus de lui verser ces intérêts moratoires en raison, d'une part, des erreurs de report et de calcul du groupement conjoint lors de la présentation de ses factures, d'autre part, du refus du groupement conjoint de coopérer afin de les modifier, obligeant le maître d'œuvre et le maître d'ouvrage à les rectifier par eux-mêmes pour que les paiements puissent être réalisés. Les erreurs de report et de calcul ainsi que le refus du groupement de coopérer invoqués résultent de l'instruction de même que la circonstance que le comptable public a régulièrement demandé des compléments afin de procéder au paiement tandis que les situations 1, 2 et 3 ont été rejetées plusieurs fois, retardant le paiement des différentes situations et notamment de la situation 4.

9. Toutefois, la communauté de communes du Bonnevalais ne justifie pas avoir suspendu les délais de paiement pour chaque situation contestée, conformément à l'article 4 du décret précité. Par suite, à défaut de respect de cette formalité, les intérêts moratoires sont dus.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la société SADE est fondée à demander la condamnation de la communauté de communes à lui verser la somme de 54 112,92 euros conformément aux articles du décret précité, déduction des sommes déjà versées à ce titre le 12 mai 2022, ainsi que le fait valoir le défendeur dans le dernier état de ses écritures.

Sur les conclusions de la requête n° 2001588 tendant au versement d'une provision :

11. Le présent jugement statuant au fond sur les réclamations pécuniaires de la société SADE, les conclusions de la requête n° 2001588 tendant au versement d'une provision, présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la communauté de communes du Bonnevalais la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société SADE et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 2001588.

Article 2 : La communauté de communes du Bonnevalais est condamnée à verser à la société SADE la somme de 54 112,92 euros au titre des intérêts moratoires dus dans le cadre du marché des travaux d'interconnexion et d'alimentation en eau potable de l'entité Sud-Est de la communauté de communes du Bonnevalais, déduction des sommes qu'elle a déjà versées à ce titre.

Article 3 : La communauté de communes du Bonnevalais versera à la société SADE la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société SADE et à la communauté de communes du Bonnevalais.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,

Mme Vincent, première conseillère,

M. Joos, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La rapporteure,

Laurence A

La présidente,

Anne LEFEBVRE-SOPPELSALa greffière,

Sarah LEROY

La République mande et ordonne à la préfète d'Eure-et-Loir en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2001588

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