jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Orléans |
| Section | Tribunal Administratif d'Orléans |
| N° Dossier | TA45-2001809 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL AVOCAT LOIRE CONSEIL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 8 juin 2020, le 27 octobre 2021 et le 20 mai 2022 et un mémoire déposé le 26 septembre 2022, la chambre de commerce et d'industrie territoriale du Loiret (CCITL), représentée par Me Duchesne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner la société Hansen à lui verser la somme de 50 084,40 euros toutes taxes comprises (TTC) à réactualiser par référence à l'indice BT 01 (tous corps d'état) de la construction applicable au jour de dépôt du rapport d'expertise judiciaire et jusqu'à la date d'enregistrement de la requête devant la présente juridiction, et assortie des intérêts au taux légal à compter de la même date d'enregistrement de la requête ;
2°) de condamner la société Hansen à lui verser la somme de 11 300,70 euros TTC au titre des frais d'expertise taxés, ainsi que la somme de 720 euros TTC au titre des frais de sapiteur taxés ;
3°) de condamner la société Hansen à lui verser la somme de 531,88 euros TTC au titre des frais d'établissement du procès-verbal de constat d'huissier ;
4°) d'ordonner la capitalisation des intérêts échus ;
5°) de mettre à la charge de la société Hansen une somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
6°) de condamner la société Hansen à lui verser à titre d'astreinte une somme de 100 euros par jour de retard dans le règlement des sommes dues passé un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable car pour apprécier l'existence d'un pouvoir d'ester en justice, seule doit être prise en considération l'autorisation donnée au président de représenter la personne morale ; au demeurant, la capacité à agir est régularisable ; en l'espèce, le pouvoir requis est établi au moyen d'une délibération de la CCITL du 11 février 2015 qui contient l'autorisation donnée par l'assemblée générale à son président pour agir en justice et dont les effets ont été prorogés à la suite de la réélection de son président ; au surplus, elle établit au moyen d'un extrait des délibérations en date du 29 novembre 2021 l'existence d'une autorisation donnée par l'assemblée de la CCITL à son président actuel d'ester en justice ; ce pouvoir a déjà admis aux termes du jugement du 29 septembre 2016 du tribunal administratif d'Orléans confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 30 mars 2018, lui-même confirmé par un décision du conseil d'Etat du 22 février 2019 ; la contestation ainsi émise en défense se heurte donc à l'autorité de la chose jugée ;
- l'ouvrage dont les désordres sont susceptibles d'engager la responsabilité des constructeurs s'entend au sens des dispositions de l'article 1792-2 du code civil de tous travaux faisant appel aux techniques habituelles du bâtiment ; le législateur n'exige pas que cet ouvrage soit fixé au sol et la notion de construction ne se limite pas à la seule emprise terrestre ; les exclusions de l'obligation d'assurances visées par l'article L. 243-1-1 du code des assurances sont étrangères à la qualification d'ouvrage ainsi définie ; une maison flottante possède la qualité de construction ; en l'espèce, les travaux en litige, qui satisfont l'ensemble de ces critères alternatifs, portent sur l'entier bâtiment à usage de bureau et d'accueil ; ce bâtiment est immobilisé sur le plan d'eau et n'a donc aucunement vocation à la navigation ni sur les eaux fluviales, ni sur le plan d'eau, raison pour laquelle il ne dispose ni d'un certificat d'établissement flottant, ni d'un titre de navigation ; il est arrimé de manière définitive et pérenne à la fois au fond du bassin et aux berges du plan d'eau ; de plus, il ne dispose d'aucune motorisation ; il ne constitue pas un simple embarcadère flottant mais a vocation à accueillir le public, les usagers et clients, à leur offrir différentes facilités, à loger le personnel de la société Locaboat et à lui permettre d'exploiter son activité commerciale ; au surplus, la qualification d'ouvrage a déjà été retenue aux termes de la décision du tribunal administratif d'Orléans du 29 septembre 2016 et cette décision a désormais autorité de chose jugée ;
- la responsabilité décennale des constructeurs peut être engagée alors même que tous les désordres ne se sont pas révélés dans toute leur étendue et leurs conséquences avant l'expiration du délai de dix ans ;
- les dégradations des sols des pièces utilisées par la société Locaboat, qui portent atteinte à sécurité des personnes, rendent l'ouvrage impropre à sa destination et portent atteinte à sa solidité, dès lors que le défaut d'étanchéité relevé par l'expert produira un effet de pourrissement de la structure ;
- les dégradations constatées au niveau du carrelage du local technique et de la douche publique, d'une part, et les déformations des châssis de portes, d'autre part, qui constituent une gêne dans l'exploitation de la construction, portent une atteinte actuelle à la destination de l'ouvrage ;
- la gîte affectant l'ensemble du bâtiment porte atteinte non seulement à la solidité de l'ouvrage, mais également à sa destination ;
- les responsabilités quant aux désordres incombent aux intervenants à l'acte de construction et notamment à la société Hansen, qui a commis, ainsi que le révèle le rapport d'expertise, tout à la fois des erreurs de conception et d'exécution, ainsi que des erreurs ou manquements de contrôle et d'analyse ; la responsabilité du maître d'ouvrage ne peut, quant à elle, valablement être recherchée dès lors, d'une part, qu'elle n'a pas été retenue par l'expert et, d'autre part, qu'elle a déjà été écartée par l'arrêt précité de la cour administrative d'appel de Nantes qui est revêtu de l'autorité de chose jugée sur ce point ;
- si la responsabilité décennale des constructeurs ne pouvait être retenue à l'égard de la société Hansen, elle devrait alors être retenue sur le fondement de la responsabilité contractuelle de droit commun ;
- les travaux de réparation s'élèvent au titre de la reprise des sols de l'édifice à 3 553 euros hors-taxe (HT), au titre de la reprise de la cloison à 1 090 euros HT, au titre de la reprise des joints du local technique à 325 euros HT, au titre des dalles de sol de la réserve à 270 euros HT, au titre des portes extérieures à 28 449 euros HT, au titre de la mise en jeu du châssis d'entrée à 5 500 euros HT et au titre de la pose d'un trop-plein sur la couverture à 2 550 euros HT ;
- une simple révision des menuiseries extérieures ne peut être retenue, celle-ci étant, ainsi qu'en convient l'expert, aléatoire et non pérenne ;
- les coûts des reprises visés par l'expert aux termes de son rapport étant HT et dès lors qu'elle ne peut récupérer la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ces coûts doivent donc être majorés de la TVA.
Par des mémoires enregistrés le 25 juin 2021, le 28 janvier 202 et le 25 août 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Hansen, représentée par Me Grassin, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la CCITL une somme de 6 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable car en application des alinéa 1 et 2 de l'article L. 712-1 du code de commerce et des articles R. 431-1 à R. 431-9 du code de justice administrative, le président d'une CCI doit justifier de sa qualité pour engager cet établissement à ester en justice ; or, en l'espèce, le représentant légal de la CCITL n'établit pas avoir été régulièrement habilité par son organe délibérant, en l'occurrence l'assemblée générale, pour introduire la présente action ; le pouvoir de représentation dont se prévaut la CCITL n'est pas valide puisqu'il se réfère à un mandat achevé avant l'introduction de la requête et qu'il n'est pas établi qu'il ait été prorogé dans ses effets, faute de production de l'autorisation contenue dans la délibération de la CCITL à compter du mois de novembre 2016 ; quant à la délibération du 29 novembre 2021, qui demeure muette sur son effet rétroactif, elle ne peut s'appliquer que pour l'avenir ;
- la mise en œuvre de la garantie décennale visée par les articles 1792 du code civil et L. 111-13 du code de la construction et de l'habitation suppose l'existence d'un ouvrage, qui implique lui-même une fixité au sol, celle-ci se caractérisant soit par des fondations, soit par des travaux d'implantation dans le sol ; un bâtiment flottant ne peut pas être qualifié d'ouvrage ; les dispositions de l'article L. 243-1-1 (I) du code des assurances excluent d'ailleurs les ouvrages fluviaux de l'obligation d'assurance décennale ; en l'espèce, l'établissement flottant en litige doit disposer d'un titre de navigation conformément aux dispositions des articles L. 4274-4 et D. 4221-5 du code des transports ; le bâtiment en litige est navigable et donc déplaçable ; il ne peut donc pas être considéré comme un immeuble ou un bâtiment fixé au sol ; au surplus, il n'a pas pour finalité d'être occupé de manière pérenne pour s'y installer et y vivre ;
- les normes résultant des documents techniques unifiés (DTU) sont inapplicables au clos et au couvert de la structure en litige, qui constitue un bâtiment flottant à usage d'établissement recevant du public régi par des réglementations spécifiques et notamment celles résultant de l'annexe II de l'arrêté du 17 mars 1998, de la norme EN14504 et de l'annexe de l'arrêté du 30 décembre 2008 ;
- s'agissant des désordres affectant les sols du bâtiment en litige, ils ne compromettent pas la solidité du bâtiment et ne le rendent pas impropre à sa destination ; par ailleurs, alors que pour engager la responsabilité des constructeurs, il doit être démontré l'existence d'un désordre durant le temps d'épreuve quand bien même toutes ses conséquences se manifesteraient à l'expiration de ce délai, cette condition n'est présentement pas satisfaite ;
- s'agissant des désordres au niveau du sol du local technique, ils n'ont jamais été constatés ;
- s'agissant des désordres au niveau des portes extérieures, ils remontent à plus de dix ans ;
- s'agissant de la gîte de la construction : elle a disparu et la garantie décennale ne peut être invoquée pour des dommages qui se révéleraient à l'expiration du délai d'épreuve ; en tout état de cause, elle est exclusivement imputable à la faute de la CCITL, dès lors que ce désordre résulte d'une solidarisation du ponton béton recevant le bâtiment flottant aux pontons plaisance aluminium, à laquelle elle s'était opposée au long du chantier, que ces travaux étaient hors-marché et qu'elle a été finalement été contrainte de les réaliser au risque de ne pas être réglée de son marché ;
- la responsabilité contractuelle de droit commun invoquée à titre subsidiaire se heurte à la prescription quinquennale visée à l'article 2224 du code civil, la réception de l'ouvrage étant intervenue au mois de février 2012 ;
- en ce qui concerne la réparation, les sommes proposées par l'expert sont démesurées et aucun devis complémentaire ne vient les corroborer.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- les ordonnances n° 1602064 et 1700399 du 20 juillet 2017, par lesquelles le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise, ainsi que les frais de la mission de sapiteur.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les conclusions de Mme Best-De Gand, rapporteure publique,
- et les observations de Me Randelli, représentant la société Hansen.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte d'engagement du 21 décembre 2006, la chambre de commerce et d'industrie territoriale du Loiret (CCITL) a confié au groupement constitué de la société Hyl, paysagiste, de la société OTH Centre, devenue Egis Bâtiment Centre Ouest, bureau d'études techniques, et de M. C B, architecte mandataire, la maîtrise d'œuvre de travaux d'aménagement d'une base nautique de location de bateaux de plaisance située lieudit " Les Prés Gris " à Briare-Le-Canal (Loiret) comprenant la construction d'une base flottante et de pontons, ainsi qu'un parc d'atterrage permettant l'exploitation de vingt-cinq box pour bateaux de plaisance. Par acte d'engagement du 9 août 2010, les lots n° 2 " Pontons " et 3 " Clos couvert ", ont été confiés à la société Hansen. Ces travaux ont été soumis au contrôle technique de la société Bureau Véritas. Les travaux ont fait l'objet d'une réception tacite à la fin du mois de février 2012.
2. A la suite de la survenance de premiers désordres affectant les pontons, par une ordonnance du 13 janvier 2015, le juge des référés du tribunal administratif d'Orléans a prescrit une mesure d'expertise. L'expert a déposé son rapport le 21 octobre 2015. Par un jugement n° 1504184 du 29 septembre 2016, le tribunal a condamné solidairement les sociétés Egis Bâtiment Centre Ouest, Hansen et Bureau Véritas, ainsi que M. B au paiement de la somme de 158 760 euros TTC en réparation de ces désordres et mis à la charge définitive et solidaire de ces quatre parties la somme de 16 582,68 euros TTC au titre des dépens. Par un arrêt n° 16NT 03595 du 30 mars 2018, la cour administrative d'appel de Nantes statuant sur l'appel formé par la société Hansen à l'encontre de ce jugement, a rejeté ce recours. Cet arrêt est devenu définitif à la suite de la non admission du pourvoi en cassation par une décision n° 420422 du Conseil d'Etat du 22 février 2019.
3. Constatant ensuite la survenance de nouveaux désordres affectant la base flottante, par deux ordonnances du 6 septembre 2016 et 2 mars 2017, le président du tribunal a prescrit une seconde mesure d'expertise. Par une ordonnance du 8 décembre 2016, ce même magistrat a désigné un sapiteur. L'expert a déposé son rapport le 6 avril 2017. La CCITL demande au tribunal de condamner la société Hansen à l'indemniser des préjudices subis à raison de ces nouveaux désordres.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
4. Aux termes de l'article L. 712-1 du code de commerce relatif à l'administration des établissements du réseau des chambres de commerce et d'industrie : " Dans chaque établissement public du réseau, l'assemblée générale des membres élus détermine les orientations et le programme d'action de l'établissement. A cette fin, elle délibère sur toutes les affaires relatives à l'objet de celui-ci () / Le président est le représentant légal de l'établissement ".
5. Si la délibération en date du 11 février 2015 par laquelle l'assemblée délibérante de la CCITL donnait délégation au président " pour la durée de son mandat " pour ester en justice au nom de la CCI, produite à l'appui de la requête, n'était pas de nature à habiliter régulièrement le président pour ce faire compte tenu du renouvellement de ses membres en 2016, la CCITL a ensuite produit une délibération en date du 29 novembre 2021 donnant à son président une délégation générale pour ester en justice. Cette production a régularisé l'action engagée par le président de la CCITL dans le cadre de la présente instance. Par suite, la fin de non-recevoir opposée sur ce point par la société Hansen doit être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les responsabilités sur le fondement de la garantie décennale :
6. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.
S'agissant de la nature de la construction :
7. Il résulte de l'instruction et notamment du premier rapport d'expertise judiciaire déposé le 19 octobre 2015 que la base flottante mise en œuvre est reliée, d'une part, par un dispositif de chaînes attachées à des corps-morts coulés au fond du plan d'eau et, d'autre part, par une ligne principale de pontons d'une longueur de 119 mètres, elle-même reliée perpendiculairement à la berge par une liaison rigide de pontons. Par l'effet de cette incorporation définitive au sol, convenue entre les parties, cette construction originairement " mobile " doit être regardée comme constituant désormais un bâtiment et par suite, un ouvrage entrant dans le champ d'application de la garantie décennale, sans qu'ait d'incidence la circonstance que cet établissement flottant serait ou non exclu de l'obligation d'assurance décennale au regard des dispositions du I de l'article L. 243-1-1 code des assurances, ou disposerait ou non d'un titre de navigation au regard des dispositions des articles L. 4274-4 et D. 4221-5 du code des transports, ce qui au demeurant n'est pas le cas en l'espèce.
S'agissant des désordres affectant les sols des pièces utilisées par la société Locaboat Plaisance :
8. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que le revêtement de sol de la cuisine du personnel de la base flottante se décolle, que le sol sous le revêtement s'affaisse, que le sol en bois est lui-même détrempé sur une surface de 25 x 25 centimètres environ, qu'il se délite au voisinage de la façade du bâtiment, qu'il s'affaisse en forme de faille au nord et que ses joints sont fissurés à la jonction entre le carrelage et la plinthe de douche. Il résulte également de ce même rapport qu'eu égard à leur nature, ces désordres, qui se sont aggravés au cours des opérations d'expertise et qui ont pour notamment pour origine l'existence d'une contrepente dans la douche renvoyant l'eau vers la cuisine, sont de nature à provoquer des accidents pour ses utilisateurs. Ils sont donc de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination.
9. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que ces désordres, qui ont pour cause un défaut de réalisation de l'ouvrage, sont imputables à la société Hansen, constructeur titulaire du lot en litige, qui a volontairement modifié la conception du bâtiment et les prescriptions convenues sans apporter de justifications, malgré les demandes de l'architecte et du bureau de contrôle et n'a pas réalisé une cloison de l'espace de douche jointive avec la paroi extérieure. Dès lors, à supposer même que les prescriptions des articles 14.6 et 14.6.1 du DTU 31.2 ne soient pas applicables à l'établissement flottant en litige, la CCITL est fondée à rechercher la responsabilité décennale de la société Hansen au titre de ces désordres.
S'agissant des désordres affectant les joints de carrelage du local technique et dans la douche publique :
10. S'il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que les joints en ciment des carreaux du local technique et de la douche publique sont dégradés et présentent des fissurations, ces désordres se situent au-dessus de l'isolation et de la structure et n'affectent pas cette dernière en raison de la présence d'une membrane d'étanchéité. Ils ne sont donc pas de nature à compromettre la solidité de l'édifice. Par ailleurs, si ce même rapport fait état d'une " gêne dans l'exploitation de la construction " engendrée par ces fissurations, sans autre précision quant à sa consistance et son importance, il ne résulte pas de l'instruction que ces désordres seront, au-delà d'une simple éventualité évoquée par l'expert, nécessairement, et dans un délai prévisible, de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination. Dès lors, la CCITL n'est pas fondée à rechercher la responsabilité décennale de la société Hansen au titre de ces désordres.
S'agissant des désordres affectant le sol du local technique :
11. Si la requérante soutient que le sol du local technique se soulève les jours de forte chaleur, il ne résulte pas de l'instruction et notamment pas du rapport d'expertise judiciaire que ces désordres soient établis. Par suite, la CCITL n'est pas davantage fondée à rechercher la responsabilité décennale de la société Hansen au titre de ces désordres.
S'agissant des désordres affectant les portes extérieures :
12. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que les châssis des menuiseries extérieures de la base flottante sont déformés et frottent, selon les hypothèses, sur l'imposte ou le plafond de la structure, lors de l'ouverture. Il résulte de ce même rapport que ces difficultés d'ouverture apparues pour la première fois en 2013 ont déjà engendré la condamnation d'une porte, ainsi qu'un bris de vitre. Par suite, nonobstant l'avis négatif émis par l'expert sur ce point, de tels désordres doivent être regardés comme rendant l'ouvrage impropre à sa destination.
13. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que ces désordres, qui ont pour cause une déformation de la structure du bâtiment et une inadaptation des châssis au poids des vitrages, sont également imputables à la société Hansen, constructeur du lot en litige, qui n'a jamais fourni les justifications demandées par le bureau de contrôle et l'architecte, relatives à la stabilité et au contreventement de l'ouvrage, ni adressé de compte rendu de chantier propre à révéler l'existence de ce vice, et qui a unilatéralement modifié le dossier de conception des travaux en remplaçant les vitrages convenus par des vitrages non feuilletés plus légers et les châssis acier par des châssis aluminium plus déformables. Dès lors, la CCITL est fondée à rechercher la responsabilité décennale de la société Hansen au titre de ce désordre.
S'agissant des désordres associés à la gîte de la construction :
14. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que la base flottante est affectée d'une gîte anormale de nature à provoquer des ruptures dans les liaisons ou des déformations irréversibles de la structure. Ainsi que le relève l'expert, de tels désordres en procurant un dysfonctionnement de la construction sont de nature à affecter la solidité de l'ouvrage.
15. S'il ne résulte pas de l'instruction et notamment pas du rapport de l'expert que la gîte anormale de la base flottante a une cause précisément identifiée, celle-ci pouvant tout aussi bien s'expliquer par la solidarisation de la base au ponton, une inégale répartition des charges appliquées à la construction sur les flotteurs ou bien encore la présence d'une quantité d'eaux pluviales excessive sur le toit de la construction, cette seule circonstance ne suffit pas à établir que les désordres ne sont en aucune manière imputables à la société Hansen, constructeur qui s'était vu confier l'exécution des travaux d'édification de la base. Dans ces conditions, sa responsabilité décennale est engagée concernant ces désordres alors même, au demeurant, qu'il aurait été remédié depuis lors auxdits désordres.
En ce qui concerne les responsabilités sur le fondement de la responsabilité contractuelle :
16. La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage et qu'elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage.
17. Ainsi qu'il a été dit au point 1, les travaux confiés à la société Hansen ont fait l'objet d'une réception tacite de la part de la CCITL courant 2012 postérieurement à l'établissement le 24 février 2012 d'un procès-verbal des opérations préalables de réception. En conséquence, la requérante n'est pas fondée à rechercher, à titre subsidiaire, la responsabilité de la société Hansen pour des fautes commises par cette dernière à l'origine des désordres non pris en charge au titre de la garantie décennale affectant les joints de carrelage du local technique et dans la douche publique, ainsi que ceux affectant le sol du local technique.
En ce qui concerne la réparation :
S'agissant du préjudice matériel :
18. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que le coût de reprise des désordres affectant les sols des pièces utilisées par la société Locaboat Plaisance, impliquant également la reprise de la cloison de la douche s'établit à la somme de 4 643 euros HT (3 553 + 1 090) soit 5 571,60 euros TTC. Par suite, la requérante est fondée à demander la condamnation de la société Hansen à lui verser cette somme en réparation de ces désordres.
19. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le coût de reprise des désordres affectant les portes extérieures, impliquant le remplacement des portes, la mise en place d'un encadrement en U, le remplacement des portes actuelles par des portes plus petites et la mise en jeu du châssis coulissant de l'entrée, s'établit à la somme de 33 949 euros HT (28 449 + 5 500) soit 40 738,80 euros TTC. Par suite, la CCITL est fondée à demander la condamnation de la société Hansen à lui verser cette somme en réparation de ces désordres.
20. En troisième lieu, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le coût de reprise des désordres associés à la gîte de construction impliquant la mise en place de trop pleins sur la couverture, s'établit à la somme de 2 550 euros HT soit 3 060 euros TTC. Par suite, la CCITL est fondée à demander la condamnation de la société Hansen à lui verser cette somme en réparation de ces désordres.
21. En quatrième lieu, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit aux points 10 et 11, les désordres affectant les joints de carrelage du local technique et dans la douche publique, ainsi que ceux affectant le sol du local technique ne revêtent pas un caractère décennal, la CCITL n'est pas fondée à solliciter la condamnation de la défenderesse à réparer le préjudice financier subi correspondant tant au coût de reprise des joints du local technique, d'un montant de 390 euros TTC qu'au coût de reprise des dalles de sol de la réserve, d'un montant de 324 euros TTC.
22. En dernier lieu, si la CCITL demande l'actualisation de la somme allouée sur la base de l'indice BT 01 du coût de la construction, le coût des travaux de réfection doit être évalué à la date où leur cause ayant pris fin et leur étendue étant connue, il pouvait être procédé aux travaux destinés à les réparer et il n'en va autrement que si ces travaux sont retardés pour une cause indépendante de la volonté de la victime. En l'espèce, cette date est celle du 6 avril 2017, à laquelle l'expert a déposé son rapport, lequel définit avec une précision suffisante la nature et l'étendue des travaux nécessaires. La CCITL ne justifie ni même n'allègue s'être trouvée dans l'impossibilité technique ou financière de faire effectuer les travaux à cette période. Sa demande d'actualisation ne peut donc, en l'état de l'instruction, être accueillie.
S'agissant du préjudice financier :
23. Il résulte de l'instruction que des frais d'établissement d'un procès-verbal de constat d'huissier en date du 9 mai 2016 d'un montant de 531,88 euros TTC ont été supportés par la CCITL. Ce constat, produit au dossier, a été utile à cette dernière pour apprécier les circonstances de la survenance des dommages et leur consistance. Ils doivent donc être inclus dans le montant du préjudice financier réparable. Par suite, la requérante est fondée à demander la condamnation de la société Hansen à lui verser la somme précitée en réparation de son préjudice financier.
S'agissant des intérêts, de la capitalisation des intérêts et de l'astreinte :
24. En premier lieu, la CCITL a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mise à la charge de la société Hansen qui lui est due à compter du 8 juin 2020, date d'enregistrement de sa requête.
25. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1343-2 du code civil : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande prend toutefois effet au plus tôt à la date à laquelle elle est enregistrée et pourvu qu'à cette date il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande. La CCITL a demandé la capitalisation des intérêts le 8 juin 2020. A cette date, les intérêts n'étaient pas dus pour au moins une année entière. Il y a lieu, par suite, de faire droit à cette demande au 8 juin 2021, la capitalisation s'accomplissant ensuite à chaque échéance annuelle ultérieure.
26. En dernier lieu, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir les condamnations précitées d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux dépens :
27. Par deux ordonnances du 20 juillet 2017, le président du tribunal a taxé et liquidé les frais et honoraires de l'expertise et de la mission de sapiteur à la somme respective de 11 300,70 euros TTC et 720 euros TTC. Il y a lieu de mettre ces sommes à la charge définitive de la société Hansen.
Sur les frais liés au litige :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CCITL, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Hansen demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la société Hansen la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la CCITL et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La société Hansen est condamnée à verser à la CCITL la somme de 49 902,28 euros TTC en réparation des désordres affectant la base flottante. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 8 juin 2020. Les intérêts seront capitalisés à compter du 8 juin 2021 et le cas échéant à chaque échéance annuelle ultérieure.
Article 2 : Les dépens, d'un montant total de 12 020,70 euros TTC, sont mis à la charge définitive de la société Hansen.
Article 3 : La société Hansen versera à la CCITL la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la chambre de commerce et d'industrie territoriale du Loiret et à la société Hansen.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Lefebvre-Soppelsa, présidente,
M. Joos, premier conseiller,
Mme Bertrand, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
Le rapporteur,
Emmanuel A
La présidente,
Anne LEFEBVRE-SOPPELSA
La greffière,
Nadine PENNETIER-MOINET
La République mande et ordonne à la préfète du Loiret en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026